3 min de lecture

"Nous étions dans la peur constante" : sous emprise d'une congrégation religieuse pendant 20 ans, elle témoigne sur RTL

A ses 20 ans, Aurélie intègre une congrégation religieuse. Pendant presque deux décennies, elle vit sous l'emprise d'une mère supérieure toute puissante. Au micro de Faustine Bollaert, elle revient sur les méthodes employées par sa gourou et explique comment elle a finalement réussi à partir du couvent.

Sous emprise pendant 20 ans dans la congrégation des Bénédictines du Sacré-Cœur, Aurélie explique dans "Un jour, une vie" comment elle s'est retrouvée piégée par la mère supérieure

Aurélie, a passé 20 ans sous l'emprise des Bénédictines du Sacré-Cœur

00:23:36

Alban Tardy

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

"Rien qu'en l'entendant, j'en ai des frissons". C'est la réaction qu'a systématiquement Aurélie lorsqu'on évoque le nom de celle qui a été sa mère supérieure durant presque 20 ans, Marie-Agnès. Pendant pratiquement deux décennies, la croyante a vécu sous l'emprise totale d'une femme surpuissante et sans scrupule, maltraitant toutes les sœurs du couvent et usant de manipulation et de pression psychologique : "Nous étions dans la peur constante", assure-t-elle à Faustine Bollaert. 

Cette communauté des sœurs bénédictines du Sacré-cœur, Aurélie l'intègre dans sa vingtaine, alors qu'elle est moralement au plus bas : "J'ai fait une année d'hypokhâgne dans un établissement parisien prestigieux, où la pression était très forte. Sans m'en rendre compte, j'ai fait une dépression pendant le premier trimestre", confie-t-elle. Fragilisée par ses études, la jeune femme se rapproche peu à peu d'une congrégation religieuse sur les conseils d'une amie, avant de l'intégrer totalement le 16 août 1995. Armée de sa grande foi en Dieu, Aurélie obéit aux ordres mais découvre rapidement une atmosphère plus que malsaine au sein du couvent... 

"Elle gérait la congrégation comme une cheffe d'entreprise. Sa stratégie, c'était de nous mettre sous emprise le plus tôt possible", explique celle qui est aujourd'hui maman d'une petite fille. Aurélie se rappelle très bien de la mère supérieure de l'organisation : "C'était une femme imposante, elle avait du charisme, une autorité, un regard très perçant avec lequel elle vous fixait et vous tenait dans ses serres". Marie-Agnès, qu'Aurélie appelle désormais 'MMA', utilise la fidélité des jeunes femmes envers Dieu pour les éloigner de leurs proches et les faire vivre à sa manière : "Elle nous disait 'il faut que vous n'ayez plus envie de voir vos familles et que vos familles ne vous reconnaisse plus' (...) Nous étions gavées alimentairement, j'avais pris 15 kg. Nous devions nous resservir et certaines d'entre nous allaient vomir", se remémore l'invitée de Un jour, une vie.  

Nos familles pouvaient venir nous voir, mais en fait, ils venaient voir un pantin

Aurélie, restée sous emprise pendant 20 ans dans une congrégation religieuse

Isolée et maltraitée psychologiquement, Aurélie continue pourtant d'obéir aux ordres de la mère supérieure, se transformant peu à peu en une autre personne : "Nos familles pouvaient venir nous voir, mais en fait, ils venaient voir un pantin (...) Ils ont essayé de me 'réveiller' avant mon entrée, mais c'était déjà trop tard, j'étais déjà prise dans ses filets", assure-t-elle. La jeune femme finit par ne même plus penser par elle-même et devient complètement dépossédée de son propre corps : "Pas de pensée propre, il fallait penser congrégation, aucun esprit critique n'était permis", se souvient Aurélie.  

Totalement contrôlées par "MMA", les sœurs se dévouent au point d'en oublier leurs libertés fondamentales : "Nous ne nous appartenions plus, il n'y avait aucun temps personnel. On appelait nos chambres 'des cellules' (...) Je peux parler d'univers concentrationnaire. Nous nous surveillions aussi personnellement les unes les autres", affirme la maman. Embrigadée au plus haut point, Aurélie finit même par devenir un pilier de la congrégation : "J'ai été nommée 'maîtres des novices' en 2009. J'ai reproduit ce qui avait été fait sur moi, parce que je ne connaissais que ça", regrette-t-elle. 

Après 19 ans sous l'emprise de sa mère supérieure, Aurélie a finalement le déclic : "J'ai appris qu'une de mes sœurs aînées, que j'estimais beaucoup, disait qu'elle allait quitter la congrégation. Et là, ça a été le déclic. Il faut comprendre que quand on est dans un système d'emprise, on a besoin que ça vienne de l'intérieur". Après avoir échangé avec elle, Aurélie se rend compte qu'elle aussi a besoin de sortir du couvent. Après une discussion avec son père jésuite, la quarantenaire décide finalement de quitter définitivement tout ordre : "Il m'a dit 'il n'y a eu aucun discernement, vous n'étiez pas libre, on vous avait transformé en petite djihadiste". S'étant désormais reconvertie, Aurélie mène aujourd'hui une vie heureuse avec sa fille Lucie.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée