1. Accueil
  2. Actu
  3. Société
  4. Musée Chaplin's World : vers la "disneysation" de Charlot ?
3 min de lecture

Musée Chaplin's World : vers la "disneysation" de Charlot ?

REPLAY - Le 16 avril en Suisse, sera inauguré un musée interactif dans l'enceinte du manoir où le cinéaste a vécu les vingt-cinq dernières années de sa vie.

Le splendide Manoir de Ban, dernière demeure de Charlie Chaplin en Suisse
Le splendide Manoir de Ban, dernière demeure de Charlie Chaplin en Suisse
Crédit : SIPA / FABRICE COFFRINI
Musée Chaplin's World : vers la "disneysation" de Charlot ?
03:58
Loïc Farge
Loïc Farge

C'est dans le splendide Manoir de Ban, qui surplombe le lac Léman et les alpes suisses, que Charlot est mort le soir de Noël 1977. C’est là, à Corsier-sur-Vevey, que Charlie Chaplin, citoyen britannique, soupçonné de sympathie communiste, a trouvé refuge quand l’Amérique maccarthyste a annulé son visa. C’est là qu’il a vécu avec sa dernière femme Oona et ses huit enfants, dont Eugène, âgé de 62 ans aujourd'hui. Eugène Chaplin a été le premier à naître dans cet exil suisse. Il est le dernier à avoir occupé le manoir qu’il a eu bien du mal à quitter avant que les travaux de transformation ne commencent.

"C'est difficile. Il y a tellement de souvenirs, c'était la maison familiale (...) Quand les travaux ont commencé, on m'a demandé plusieurs fois de venir voir, mais je n'y suis pas allé", explique-t-il. "Dans le jardin, il y a des arbres que ma mère a plantés. Je n'avais pas envie de voir une partie de cela être enlevé. J'y suis finalement allé il y a quinze jours, j'avoue que c'est bien fait", concède Eugène Chaplin.

Décor authentique

La famille Chaplin, réputée dans le monde du cinéma pour être l’un des plus protectrices de l’œuvre d’un artiste, s’est résolue à vendre le manoir à deux promoteurs en 2004. À condition qu'ils en fassent un lieu dédié au cinéaste, et que la famille conserve un droit de regard sur le projet. Le contrat stipulait que la demeure historique de 500 mètres carrés devait rester telle quelle. Elle a été restaurée, mais rien n’a bougé.

Marlon Brando ou Sophia Loren ont séjourné ici dans exactement le même décor : le piano où Charlie Chaplin a composé la musique de ses derniers films, la table de salle à manger où il fallait arriver à 18h45 précises. Charlot était un "tyran familial", écrivent ses biographes. Il n’était pas aussi "maniaque que dans sa vie professionnelle", corrige son fils Eugène. Dans ce décor authentique, des écrans ont été ajoutés dans la maison pour projeter des films amateurs de la famille.

À lire aussi

Mais le manoir seul n’aurait sans doute pas fait venir assez de visiteurs. Un bâtiment tout neuf, baptisé "Le Studio", a donc été construit juste à côté pour proposer au visiteur une "immersion" dans l’univers non plus de Chaplin, mais plutôt de Charlot. Là, vous pourrez entrer dans le salon de barbier du Dictateur refait à l’identique. Vous pourrez tanguer dans la cabane en bois de la Ruée vers l’or qui va se dérober sous vos pieds. Vous pourrez vous filmer dans les rouages en mouvement des Temps modernes.

300.000 visiteurs espérés chaque année

Pour animer les lieux, s’ajoutent trente personnages de cire du musée Grévin. D'ailleurs le Chaplin’s World a confié sa scénographie à la société Grévin qui se développe à l’international. Au début, Eugène Chaplin n’était pas convaincu. "Quand j'ai su que c'était Grévin qui allait le faire, j'avais des doutes parce que je connais les musées de cire un peu partout. Je me suis dit : 'Dans quoi on va s'aventurer ?' Mais ils se sont adaptés, je suis convaincu que tout le monde aura du plaisir", dit-il.

Le canton suisse l’espère aussi, car il a agrandi les routes pour faire venir les cars de touristes. Le Chaplin’s World compte sur 300.000 visiteurs chaque année. Sans compter ceux qui vont organiser des séminaires ou des mariages dans les lieux.  Si vous voulez vous mariez dans le musée, c’est possible pour 8.000 euros, sans le traiteur. C’est l’industrie du tourisme de masse qui va finalement rattraper Charlie Chaplin quarante ans après sa mort.

Est-ce qu’on va réussir à éviter la "disneysation" ?, s’inquiète Francis Bordat, un des meilleurs spécialistes du cinéaste, qui espère que la visite donnera surtout envie aux visiteurs de voir les films, l'œuvre géniale de Charlie Chaplin.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/