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Mini-krach boursier : sommes-nous au bord d'une crise comme celle de 2008 ?

ÉDITO - Lundi 5 février, l'indice Dow Jones a clôturé en baisse de 4,60% à la Bouse de New York. Les places financières asiatiques lui ont largement emboîté le pas dans les heures suivantes. Plusieurs facteurs laissent penser qu'on change d'époque, note Martial You.

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Mini-krach boursier : sommes-nous au bord d'une crise comme celle de 2008 ? Crédit Image : JOHANNES EISELE / AFP | Crédit Média : RTLnet | Date :
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L'Eco and You - Martial You
Martial You et Loïc Farge

Une chute spectaculaire. Lundi 5 février, la télévision américaine retransmettait la descente tout schuss. On raconte que les passants s'arrêtaient devant les vitrines pour s'enquérir de la situation sur les écrans.

En moins d'une heure, le Dow Jones a perdu jusqu'à 1.500 points. La panique boursière, c'est un peu une poussée de fièvre. C'est inhérent aux marchés financiers, on sait que ça peut arriver à tout moment. Mais à la différence d'une maladie comme le paludisme, c'est contagieux. Cela va donc se répercuter sur les places mondiales.

On savait que tous les ingrédients étaient réunis pour que l'euphorie un peu artificielle de ces derniers mois s'arrête sans doute brutalement. À Davos, il y a quelques jours, Donald Trump fanfaronnait en disant que depuis son élection à la Maison Blanche les marchés financiers avaient pris 50%.

Les marchés sont à un moment où Nitro rencontre Glycérine

Martial You
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C'était sans doute un peu exagéré. Mais c'est vrai que sur la seule année 2017, la Bourse américaine avait pris entre 20 et 30% selon les indices. Elle a battu record sur record. Comme on dit sur les marchés, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Il fallait bien que ça s'arrête.

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Pourquoi maintenant, alors que l'Amérique est quasiment au plein emploi, que le marché immobilier repart là-bas, que les résultats des géants de l'Internet (les fameux GAFA) sont exceptionnels ? Précisément parce que tout va bien.

C'est là que les marchés ont des doutes en général sur la suite. Dans ces cas-là, il suffit d'une secousse ou d'une étincelle pour qu'ils corrigent. Ils sont à un moment où Nitro rencontre Glycérine.

L'élément déclencheur : la hausse des salaires

L'élément déclencheur, c'est la hausse des salaires aux États-Unis. Elle est inévitable avec une inflation qui va toucher les 2% et une hausse des prix de l'immobilier. Mais c'est le signal pour les Bourses que l'économie réelle reprend ses droits et qu'on approche de la fin de l'argent pas cher.

À la suite de la crise de 2009, les banques centrales européennes et américaines ont baissé leurs taux d'intérêt et ont émis de la monnaie qui valait très peu d'argent pour maintenir les investissements des entreprises et des États. Il était peu cher de s'endetter. C'était une situation exceptionnelle pour un moment exceptionnel.

Aujourd'hui, les économies semblent s'être stabilisées. La Banque centrale américaine va donc revenir à des niveaux de taux d'intérêt plus classiques. Ça veut dire des dettes plus lourdes pour les États et des emprunts plus chers pour les particuliers.

C’est théoriquement supportable si vous avez une économie qui fonctionne et qui progresse. Mais il y a un moment délicat (c'est celui que nous vivons) : le moment où commence le sevrage de cet argent bon marché.

Un nouveau séisme à venir ?

C'est un peu tôt pour le dire. Disons qu'il y a plusieurs facteurs qui laissent penser qu'on change d'époque. D'abord, il y a un changement à la tête de la Banque centrale américaine. Janet Yellen, démocrate, nommée par Barack Obama, passe la main à Jérôme Powell, un avocat d'affaires qui va sans doute prolonger la politique engagée, car il était déjà à la FED. Mais continuer, ça veut dire remonter les taux au cours des prochains mois.
 
Et l'argent pas cher est une drogue dure pour les marchés. Il va falloir être prudent. Car à Davos, les responsables du FMI l'ont dit : on n'est pas si éloigné que ça d'une nouvelle crise économique.
 
Ajoutez à cela une hausse des prix du pétrole. On sait qu'aux États-Unis, tous les mouvements de fond sur l'or noir sont plus sensibles qu'ailleurs, car l'économie est très dépendante du pétrole avec les transports de marchandises, mais aussi les centrales qui produisent l'électricité.

Le nouveau patron de la FED et Donald Trump vont devoir faire preuve de doigté pour ne pas accélérer la panique boursière.

Quelles conséquences pour les économies d'Europe ?

Là aussi, c’est difficile de jouer les Cassandres. Mais disons que le risque d'une remontée des taux est assez peu anticipé dans nos budgets. Il va falloir quelques mois avant que la Banque centrale européenne ne suive le mouvement américain. Mais elle va aussi remonter ses taux.

Pour des pays encore très endettés comme la France, les conséquences au niveau du Budget risquent d'être lourdes.

Autre inquiétude, soulevée à Davos : les États-Unis sont aujourd'hui tentés de laisser leur monnaie (le dollar) à un niveau assez bas. C'est bon pour leur économie, car ça profite aux produits "made in USA", ça rend les produits étrangers plus chers et ça favorise les exportations.

Dans la logique du slogan "America First", c'est bon. Mais c'est très mauvais pour l'Europe.

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