4 min de lecture Société

Migrants : un collectif de citoyens dénonce la situation en fermant son local

À la porte de la Chapelle à Paris la situation des réfugiés empire de jour en jour selon le collectif de citoyens bénévoles Solidarité Migrants Wilson, qui a décidé de fermer ses portes pour le mois d'août afin d'interpeller les autorités.

La situation des migrants à Paris est de pire en pire selon plusieurs collectifs et associations d'aide aux migrants (photo d'illustration)
La situation des migrants à Paris est de pire en pire selon plusieurs collectifs et associations d'aide aux migrants (photo d'illustration) Crédit : JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

"On s'est retrouvés avec des enfants en bas de chez nous qui avaient faim et froid", raconte Clarisse Bouthier à RTL.fr. La bénévole est là depuis le début, soit une vingtaine de mois, pour venir en aide aux migrants qui sont arrivés en bas de chez elle à porte de la Chapelle, à Paris. 

Comme elle, d'autres voisins - puis des milliers de personnes - se sont mobilisées pour rendre la vie des réfugiés un peu moins dramatique, mais la situation ne fait qu'empirer. Avec le collectif de citoyens, Solidarité Migrants Wilson, Clarisse Bouthier alerte régulièrement sur la situation "pire que pire".

Dans un message publié sur sa page Facebook le 25 juillet dernier, le collectif prévient qu'en août, il fermera les portes de son local, pas pour des raisons de coupure estivale, mais bien pour protester contre la dégradation des conditions de vie. Des conditions qui se sont aggravées depuis mai, et l'évacuation du campement du "Millénaire", porte de la Villette. Mais aussi depuis la fermeture d'un centre pour toxicomanes situé porte de la Chapelle.

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Des toxicomanes qui s'ajoutent aux migrants

Avec ce démantèlement, se sont ajoutés aux migrants des toxicomanes aux portes du collectif et les relations entre les deux sont tendues. Le collectif rapporte alors des comportements violents et agressifs de la part des drogués au crack, "tous les jours", et aussi envers les bénévoles. 

"C'est une population fragile laissée à l'abandon", se désole Clarisse Bouthier. "Les personnes exilées, notamment les très nombreux mineurs isolés, sont laissées à la merci des drogués et des trafiquants de toutes sortes", ajoute le communiqué.

Des points d'eau qui disparaissent

De plus, après l'évacuation du camp du "Millénaire", l'eau a été coupée, d'après Clarisse Bouthier. "Notre collectif a alerté dès juin" sur cette question, se souvient-elle. La mairie a ensuite été "harcelée de messages sur Twitter, Facebook et par mails" pour que l'eau soit rétablie. Ce qui s'est finalement passé, mais dans des conditions toujours extrêmement précaires. Avant d'être finalement installé devant le local du collectif, le point d'eau avait d'abord été disposé "à la déchetterie puis en bas de la 'colline du crack'" par la mairie de Paris. 

Puis il manque aussi des toilettes, des vraies. Car comme le fait remarquer la citoyenne engagée, des urinoirs ne suffisent pas aux familles et aux femmes, ou même pour se soulager vraiment. "Les conditions d’hygiène sont extrêmement préoccupantes. De très nombreux réfugiés sont malades, blessés de guerre, il leur est très compliqué de se faire soigner. Des gens meurent de manque de soin ou se suicident", ajoute encore le communiqué. 

Heureusement pour les migrants, Clarisse Bouthier "constate chaque jour la solidarité citoyenne" et des "dizaine de milliers de personnes qui viennent de tout Paris, de toutes les banlieues, arrivent avec de l'eau et de l'aide". 

La mairie, contactée par RTL.fr, assure alors qu'elle va "essayer de répondre à la demande" mais "ça peut mettre du temps". Elle assure en revanche avoir mis à disposition des rampes d'eau "installées dans les XVIIIe et XIXe arrondissements, venant compléter le réseau des points d’eau accessibles à tous". 

"Pour ce qui est de l’accès à l’hygiène, plusieurs urinoirs et cabines de toilettes ont également été installés à proximité des campements, en complément de l’offre de bains-douches municipaux", ajoute encore la mairie qui insiste sur le fait de traiter la situation dans l'urgence et que "c'est au-delà de ses compétences".

Un harcèlement policier dénoncé

Clarisse Bouthier répond : "Si ce n'est pas la compétence de la mairie, ce n'est pas notre compétence non plus, mais on le fait quand même". D'autant que "tous les acteurs de terrain le constatent : il y a une dégradation psychologique" chez ces personnes. 

"Le matin, nous retrouvons des adultes, des femmes et des enfants seuls, des familles dormant à même le sol, raconte le collectif dans son message. Les migrants nous confient être réveillés la nuit par des policiers, frappés et gazés", développe le communiqué. Une accusation répétée depuis deux ans par différentes associations d'aide aux migrants, comme Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, le Secours catholique, l'Auberge des migrants... 

Clarisse Bouthier estime qu'au total, "des dizaines de milliers de couvertures et autres partent dans les bennes" et "la nouveauté, c'est de leur confisquer leurs chaussures". "Les gens sont dans un état pitoyable", se désole-t-elle. Un courrier a été envoyé à la mairie de Paris le 30 juillet pour la faire réagir et notamment demander en urgence des toilettes, mais aussi de quoi manger et boire. 

Des citoyens toujours mobilisés en août

En attendant, pendant le mois d'août, l'activité ne sera pas complètement arrêtée malgré la fermeture du local. "On va appeler les gens qui le souhaiter à aider et renforcer les petits déjeuners citoyens", raconte Clarisse Bouthier qui prévoit un "point sur la situation en septembre" pour décider de la suite.

De plus, la mairie a demandé à l’association Aurore d'assurer la distribution du petit déjeuner le matin pendant le mois d'août, au moins. La Ville de Paris, qui insiste sur le fait que c'est "un problème des XVIIIe et XIXe arrondissements et pas un problème parisien", fera un point avec les associations et les bénévoles à la rentrée sur les besoins.

Mais tous ont un ennemi commun : le fonctionnement du règlement de Dublin qui laisse les réfugiés dans des situations d'attente très longues, 18 mois. "Et la loi Asile et immigration ne résout pas du tout la question", regrette ainsi la personne interrogée à la mairie.

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2018-07-31 20:23:00
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