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Liquidation de Logo : dans le Jura, l’industrie de la lunette se meurt

ÉDITO - Lâchée par LVMH, la dernière grande manufacture de lunettes de France basée à Morez a été placée en liquidation judiciaire "avec effet immédiat".

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François Lenglet : dans le Jura, l'industrie de la lunette se meurt Crédit Image : AFP / Sébastien Bozon | Crédit Média : RTL.fr | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

Alors que le salon du Made in France s'ouvre ce vendredi 18 novembre, un nouveau fabricant français de lunettes est sur le point de disparaître. L'entreprise jurassienne Logo et ses 170 emplois ont été mis en  liquidation par le tribunal de commerce il y a trois jours. Les magistrats n'ont pu que constater la faillite de cette PME fondée en 1896, qui n'a plus ni perspective ni trésorerie. C'est une nouvelle faillite dans l'industrie de la lunetterie française, qui ne compte plus que 1.500 salariés. C'était près de trois fois plus dans les années 1980. La fabrication des montures s'est massivement déplacée en Italie et en Chine, au détriment de la France.

L'événement déclencheur, ça a été le retrait des licences de fabrications des montures Tag Heuer par LVMH, le propriétaire de la marque, qui permettait à l'entreprise logo de fabriquer 40.000 montures par mois. Car il y avait un repreneur pour Logo, qui se proposait de sauver 34 emplois de l'entreprise, mais à condition que les licences de fabrication soient maintenues. Le propriétaire, l'industriel du luxe LVMH, a refusé.

Un paradoxe

Qu'est-ce qui a motivé ce refus ? Les questions de prix, probablement aussi la lassitude de LVMH devant les difficultés récurrentes de l'entreprise (qui datent de plusieurs années). Le fait est que le groupe de luxe français a, du coup, signé l'arrêt de mort des ateliers.

La concurrence chinoise est pour beaucoup dans les difficultés de nos industriels de la lunette. Les Chinois fabriquent une monture pour 25 à 30% du prix français seulement. La vallée jurassienne, qui s'était spécialisée depuis deux siècles dans cette belle industrie de précision, n'a pas pu (ou su, peut-être) résister.

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Le paradoxe, c'est que certaines décisions de bonne gestion de la Sécurité sociale et de nos mutuelles, comme la limitation des remboursements sur le prix d'une monture, ont contribué à faire tomber les fabricants français, parce qu'elle a incité les consommateurs a privilégier les prix bas.

Les Italiens résistent

Les Italiens réussissent, eux. Comment font-ils ? L'industrie de la lunette italienne réalise 13 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Le numéro un mondial est d'ailleurs un Italien : Luxoticca. C'est une entreprise familiale qui a vendu pour 9 milliards d'euros de lunettes. C'est le propriétaire de Ray Ban et de Persol, par exemple, et le fabricant des lunettes Chanel, Versace ou Armani.

Il a utilisé deux leviers non seulement pour survivre, mais pour se développer. D'abord la montée en gamme, en acquérant des marque qui se vendent cher et qui peuvent être fabriqués en Europe. Ensuite la mondialisation, non seulement pour vendre, mais pour installer des usines dans les pays à faible coût de main d'oeuvre. Au total, les Italiens fabriquent 25% moins cher que nous.

Les Français ont fait cela. La quarantaine d'entreprises qui ont survécu à la tornade de la concurrence le font. Logo elle-même avait mis en place une sous-traitante en Indonésie. Mais bien souvent, contrairement aux industriels allemands et italiens du Nord, nous l'avons fait trop peu et trop tard.

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