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Le TGV est-il menacé après l'accident en Alsace ?

REPLAY - L'accident d'un train d'essai, qui a fait onze morts le 14 novembre en Alsace, porte profondément atteinte à la SNCF, notamment dans l'exportation du TGV.

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Le TGV est-il menacé après l'accident en Alsace ? Crédit Média : Rémi Sulmont | Durée : | Date : La page de l'émission
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Rémi Sulmont et Loïc Farge

Le 14 novembre, onze personnes sont mortes en raison d’un freinage tardif d'une rame d'essai de la LGV Est-européenne à Eckwersheim, en Alsace. La SNCF devait inaugurer le nouveau tronçon à grande vitesse le 3 avril prochain. Il n’y a désormais plus de date. L'entreprise n’a pas échappé à l’accident ferroviaire, mais elle a évité une catastrophe médiatique. Le déraillement est survenue quelques heures après les attentats de Paris. Les photos de la rame de TGV démembrée, en partie noyée, le nez sortant d'un canal, les essieux décrochés baignant dans la boue, les plongeurs à la recherche des corps, n’ont pas fait le tour du monde. Ces images ne se sont pas imprimées dans l’opinion. Et pourtant, il s’agit là du plus grave accident de l’histoire du train à grande vitesse depuis son lancement en 1981.

Revoir toute la sécurité à la SNCF ?

Le drame de Brétigny-sur-Orge (7 morts en juillet 2013) avait donné lieu à une couverture médiatique exceptionnelle. En temps normal, toutes les questions auraient été posées, par les syndicats, par les médias, par les politiques. Y compris celle du départ de son dirigeant, Guillaume Pépy, affirme Gilles Dansart, patron de Mobilettre, un des meilleurs spécialistes du ferroviaire en France.

"Si l'accident du TGV avait eu lieu hors contexte d'attentats dramatiques pour la France, il est très probable que le gouvernement aurait sanctionné le président de la SNCF, en le faisant démissionner pour montrer qu'il voulait reprendre les choses en main", dit -il. "Le gouvernement a choisi de ne pas déstabiliser les entreprises publiques qui ont un rôle important dans la sécurité des passagers. Il est probable que se posera la question de la façon dont la SNCF est dirigée, peut-être au printemps", poursuit-il.

Il risque d’y avoir dans l’avenir d’autres accidents, alertent les experts et les syndicats

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Au cabinet du ministère des Transports, que nous avons contacté, on affirme que la question du départ du PDG ne se pose pas. Guillaume Pépy insiste, lui, sur le fait qu'un tel accident ne peut pas arriver sur un TGV commercial, car il existe des limiteurs de vitesse qui, sur une rame d'essai, sont désactivés.

La sécurité à la SNCF doit-elle revue de fond en comble ? Voilà la question fondamentale. Il risque d’y avoir dans l’avenir d’autres accidents, alertent les experts et les syndicats. Pas forcément sur les TGV, prioritairement entretenus, mais sur le réseau classique. La SNCF est dans une série noire. Il y a eu Brétigny en 2013. Il y a eu Denguin, près de Pau, en 2014 (40 blessés). Récemment, il y a eu un TER fou qui a perdu ses freins après avoir percuté deux vaches.

La culture de la sécurité de la SNCF s’est affaiblie au fil des années. En cause : la qualité des infrastructures sur les réseaux hors TGV, dans lesquels on a sous investi, le manque d’entretien des machines, mais aussi un certain relâchement du personnel.

L'excellence française ferroviaire atteinte

L’accident du TGV en Alsace semble entrer dans cette dernière catégorie. Il y avait à bord des enfants de cheminots. Au moment du drame, il y avait sept personnes au lieu de quatre maximum dans la cabine. C’est probablement le brouhaha du bavardage qui a empêché le freinage en temps voulu. "Pourquoi des essais sur une rame sont désormais considérés comme une journée touristique à Eurodisney ?", demande le député Gilles Savary qui appelle à un sursaut, mais sans changer le président de la SNCF.

Avec cet accident, la crédibilité de la SNCF, qui vend son savoir-faire en dehors de la France, est atteinte à l’étranger. Même si l’enquête s’oriente vers une erreur humaine (un freinage qui aurait dû être effectué un kilomètre plus tôt), c’est l’excellence française ferroviaire symbolisée par la grande vitesse qui a été inventée par la France qui est atteinte. Alstom, qui fabrique le TGV et que nous avons joint, insiste sur le fait qu’aucune défaillance de son matériel n’a été notée, ce qui tout à fait juste.

Altsom n’est pas inquiète pour ses marchés à l’étranger. Mais c’est la marque SNCF elle-même qui risque d’avoir des soucis. Pas pour le TGV, qui a bien du mal à se vendre à l’étranger, mais pour les autres appels d’offres sur les trains de banlieues à l’étranger, sur des marchés qui sont censés être les nouveaux gisements de croissance de la SNCF.

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2015-11-23 11:12:49
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