4 min de lecture Société

Lallab : 3 questions pour comprendre la polémique autour de l'association

ÉCLAIRAGE - L'association, voulant faire "entendre la voix des femmes musulmanes", est au cœur d'une polémique née sur les réseaux sociaux.

La page d'accueil du site de l'association Lallab
La page d'accueil du site de l'association Lallab Crédit : Capture d'écran
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

#JeSuisCharlie incompatible avec #JeSoutiensLallab ? Jeudi 23 août, un tweet de Manuel Valls a illustré la polémique qui agite les réseaux sociaux autour de l'association Lallab. Créée pour défendre les femmes musulmanes, elle a fait l'objet d'une pétition de soutien grandement relayée par les internautes et dont l'un des signataires n'est autre que le candidat socialiste à la dernière présidentielle, Benoît Hamon. "Stop au cyberharcèlement islamophobe contre l'association Lallab", lance ce texte paru sur le site de Libération.

En parallèle, des voix s'élèvent pour blâmer la nature de cette association. C'est notamment le cas de l'essayiste Céline Pina, fondatrice du mouvement Viv(r)e la République, qui accuse Lallab, dans les colonnes du Figaro, d'être "proche des frères musulmans et des indigénistes" et de prôner "un féminisme islamiste".

1. Qu'est-ce que Lallab ?

Lallab se présente comme un magazine en ligne et une association ayant pour but de "faire entendre les voix des femmes musulmanes pour lutter contre les oppressions racistes et sexistes". La lutte contre les discriminations, notamment de "genre", de "race" et de "religion", se trouve au cœur de sa lutte féministe. Elle revendique notamment le fait que les femmes puissent porter "le voile par choix", selon les propos d'une bénévole, Attika Trabelsi, qui avait eu un échange remarqué avec Manuel Valls dans L'Émission politique de France 2.

Outre le magazine en ligne, proposant notamment des portraits, Lallab organise des ateliers de sensibilisation dans des lycées, met en place des "échanges (dé)constructifs" en créant des "espaces de réflexions et de rencontres ouverts", et oeuvre en tant que boîte de production pour des documentaires courts et des longs-métrages. La structure s'appuie notamment sur 200 bénévoles répartis sur toute la France, rapportait Le Monde.

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Derrière cette initiative née en 2015, il y a deux jeunes cofondatrices : Sarah Zouak et Justine Devillaine, toutes deux entrepreneures sociales et réalisatrices de documentaires. La première est notamment allée dans cinq pays à la rencontre de vingt-cinq femmes musulmanes engagées pour l'émancipation des femmes. "J’en ai tout simplement marre que les gens parlent à notre place", s'agaçait-elle en octobre 2016 à Clique.tv.

La seconde l'a accompagnée dans cette série documentaire et a écrit un mémoire sur les femmes dans les révolutions arabes. En juin 2016, sur un blog de Mediapart, elle disait : "Il est important de comprendre qu’en France, aujourd’hui, les femmes musulmanes sont mises dans une position particulièrement vulnérable : elles sont jugées de tous côtés, notamment par des personnes qui se définissent comme féministes, elles sont discriminées à l’école mais aussi sur le marché de l’emploi, et sont aussi souvent victimes d’agressions".

2. D'où vient la polémique ?

Début août, Lallab avait déposé une annonce pour trois missions de service civique, permettant à de jeunes volontaires, âgés entre 16 et 25 ans, de prendre part à des opérations rémunérées environ 500 euros par l'État. L'association proposait alors d'aider à "produire un environnement, des ressources et des outils favorisant la liberté de chaque femme musulmane à définir son identité et son parcours de vie". Dans le détail, l'objectif annoncé était "de contribuer à l’accompagnement des bénévoles, à l’organisation et à la proposition de différents formats d’événements".

Cette annonce fait rapidement l'objet de vives critiques sur les réseaux sociaux. Certaines viennent de militants d'extrême droite. D'autres du Printemps Républicain, un mouvement de gauche voulant promouvoir la laïcité, comme le montre ci-dessous un tweet de son secrétaire général.

Peu après, le 17 août 2017, ces annonces sont suspendues sans préavis par le site gouvernemental de l'agence du service civique. "La mission proposée ne répond pas aux principes fondamentaux du Service Civique", argumente l'organisme. De nombreux internautes s'indignent alors, considérant que l'association fait l'objet d'une discrimination liée à son soutien aux femmes musulmanes.

Auprès de Libération, l'agence publique s'en défend avant de rétropédaler : "Ce sont des missions qui nous semblaient être très proches de missions que pourraient réaliser des salariés. On est vigilants. C’est sur ce point-là qu’il y a divergence. L’annonce est suffisamment détaillée pour que ça ressemble à une fiche de poste un peu classique".

Le 19 août, Lallab publie un communiqué pour dénoncer une "campagne de désinformation et de cyberharcèlement". Elle s'émeut de cette polémique qui "cherche à mettre en péril [ses] ambitions et actions". Elle rappelle que ce n'est pas la première fois qu'elle se retrouve avec des bâtons dans les roues. En avril 2016, dans un post publié sur Cheek Magazine, les cofondatrices déploraient un refus d'ouverture de compte en banque pour leur association "elle-même victime de discrimination".

3. Qui soutient Lallab ?

Les débats reprennent de plus belle le 23 août, avec l'apparition du hashtag #JeSoutiensLallab parmi les sujets les plus tendances de Twitter en France. Cette mobilisation numérique est liée à la publication, dans Libération, d'une tribune de soutien à l'association. "Le succès de cette jeune association féministe et antiraciste lui vaut de devoir répondre à nouveau à une campagne de désinformation, et à ses militantes de subir un épuisant cyberharcèlement nourri d’islamophobie et de sexisme. Cet acharnement doit cesser", écrivent les signataires de ce texte, parmi lesquels figurent Benoît Hamon, l'association Act Up Paris ou encore l'écrivaine Rokhaya Diallo.

Ces soutiens ne manquent pas de s'en prendre aux "membres de l’extrême droite et de groupes identitaires". Mais elle attaque aussi tout particulièrement le Printemps Républicain : "En plus de reposer sur une compréhension erronée de la loi de 1905, cette supposée intransigeance est en réalité une intolérance, voire une paranoïa, qui s’exerce à l’égard d’une seule religion : l’islam. Cette vision les rend complices de l’extrême droite, les amène à hurler avec elle, et à défendre une vision raciste et sexiste de la société". 

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