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La Guyane, oubliée de la campagne

Le mouvement social d'une ampleur inédite met en lumière les manques de la politique du gouvernement envers le département.

Amandine Begot La Revue de Presse La rédaction de RTL
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Adeline François : la Guyane, oubliée de la campagne Crédit Image : Maxime Villalonga | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Adeline François
Adeline François
Journaliste RTL

Cagoules, tee-shirts et pantalons noirs, carrures imposantes : depuis sa première apparition il y a deux mois à Cayenne, le collectif des "500 frères" contre la délinquance fait sensation. Mais qui sont les "500 frères" ? En réalité, explique ce matin le Huffington Post, "il s'agit d'une centaine de personnes réunies dans ce collectif créé après le meurtre d’un habitant d’un quartier populaire. Les "500 frères" proposent leur propre solution contre l’insécurité record qui frappe la Guyane". 

Leur porte-parole, interrogé par le site Vice News, explique que son neveu de 12 ans a été tué par une balle perdue. Il met en avant sa connaissance de la Guyane, une société de type "Far West" avec une ruée vers l'or et des armes en grande quantité. Il y a beaucoup de chasseurs et de pêcheurs en Guyane. "L'arme est inscrite dans la culture guyanaise, rares sont les jeunes Guyanais qui n'ont jamais vu un calibre 38", dit-il, avant d'ajouter "nous ne sommes pas une milice, nous manifestons sans armes, avec comme seul accessoire notre cagoule pour attirer l’attention. Si nous n'étions pas choquants, personne n'entendrait parler de nous". La peur fait avancer l'homme...

Ce n'est pas une milice mais, depuis quelques jours, le collectif est aussi montré du doigt pour ses actions radicales : intimidation des commerçants qui ne baisseraient pas le rideau pendant la grève, fermeture à clef de la mairie de Cayenne. Les "500 frères" pointent aussi une immigration non contrôlée venue du Brésil et du Surinam. Ils souhaitent l'expulsion des ressortissants de ces pays. L'ouverture de la Guyane a permis l'assimilation des codes d'ultra-violence sud-américains, notamment la circulation massive d'armes. "Un voleur mort, c'est un voleur qui ne vole plus", dit encore le porte-parole des 500 frères. "Aujourd'hui, on fait tout pour empêcher une guerre civile. On est tous pères de famille, on n'en a pas envie", dit-il. "Mais si les voyous veulent la guerre, on la fera".
 
A 7000 km d'eux, la presse parisienne prend la mesure de la contestation alors que débute aujourd'hui  une grève générale. "La crise en Guyane dans une impasse", titre Libération. "La Guyane gangrenée par la violence" titre Le Figaro. "La Guyane s'échauffe et débraye" selon Le Parisien. Lire l'édito de Pierre Fréhel dans Le Républicain Lorrain. Cette grève, écrit-il, est bien davantage q'une avertissement. "La Guyane, ce département ultramarin que peu de français métropolitains seraient capable de situer sur une carte de la planète. La Guyane, c'est la France des oubliés, cette France lointaine qui n'intéresse la France de Paris qu'à l'occasion des campagnes électorales".

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Il n'y a pas que la Guyane qui a été oubliée dans cette campagne

C'est un peu le thème du jour dans la presse. En une de L'Opinion, "Le vote ouvrier, le vote oublié". "Gauche et droite sont devenues muettes face à une classe ouvrière déboussolée, pour le plus grand profit électoral du FN", écrit le journal qui publie les résultats d'un rapport de la fondation Jean Jaurès sur ce sujet qui montre que chez les ouvriers, l'angoisse économique se double d'une angoisse identitaire et culturelle.
 
Le Parisien-Aujourd'hui en France met en une un autre sujet oublié et qui est pourtant primordial pour 77% des Français : la perte d'autonomie. "Qui va s'occuper de nos anciens ?" titre le journal. D'ici à 2060, les 75 ans et plus vont passer de 6 à 8.5 millions. Et tout le monde n'aura pas la chance de vieillir avec la forme éblouissante de Robert Marchand, le champion cycliste centenaire, note le journal. 

D'autant que, et ça c'est nouveau, près de la moitié des Français n'envisagent pas de s'occuper de leurs aînés. "Ce n'est pas de l'égoïsme", dit un expert, "c'est juste que les familles ont changé, elles sont plus éclatées, prises en étau entre leurs jeunes à soutenir et leurs parents vieillissants. C'est maintenant qu'il faut  repenser les logements, l'urbanisme, les transports, la formation des auxiliaires de vie... pas en 2030".

Autre thème de campagne ce matin

"La culture, l'oubliée de la campagne" en une de Libération, qui estime que les questions culturelles sont balayées des débats, mais surtout que les propositions dans les programmes des candidats ne sont pas à la hauteur des enjeux. Entre les fondations privées qui font de l'ombre aux musées, le numérique qui chamboule le financement du cinéma, la photo qui se cherche un avenir... Mais dans une campagne embourbée dans les affaires, pas étonnant que personne ne parle de ce qu'il serait bon d'initier pour renforcer la création et la rendre plus accessible.
 
On ne sait pas si cela rend la culture plus accessible, mais le Salon du Livre referme ses portes aujourd'hui à Paris. Et si vous voulez rire un peu, lisez le compte rendu qu'en fait Pierre Vavasseur dans Aujourd'hui en France. Il y était hier, non pas pour faire un reportage, mais pour dédicacer son dernier livre. Il était tout fier, il avait mis une cravate et apporté 5 stylos pour ne pas tomber en panne d'encre. Titre de l'article : "J'ai vendu 4 livres". Il avait bien senti que ça commençait mal quand il a vu que sa table de dédicace était installée juste à coté de celle de l'auteur du livre "Cartographie de l'oubli".

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2017-03-27 09:51:00
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