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La fracture cultuelle se creuse dans les quartiers nord de Marseille

LES FRACTURES FRANÇAISES (2/5) - Dans la cité Malpassé, où vivent de nombreux jeunes Français de confession musulmane, on note un conflit profond - presque un divorce - entre citoyenneté et pratique religieuse.

Une vue des quartiers nord de Marseille
Une vue des quartiers nord de Marseille
Crédit : AFP / Archives, Gérard Julien
La fracture cultuelle se creuse dans les quartiers nord de Marseille
03:50
Thomas Prouteau & Loïc Farge

Othman et Philippe ont 25 et 30 ans. Ils sont nés ici, dans les immenses HLM qui se détachent sur le ciel bleu azur. Tous deux fréquentent assidûment la salle de prière du quartier, un des plus pauvres de Marseille.

En parallèle, ils animent le Football club Malpassé, une structure qu'ils ont créée pour éviter aux plus jeunes la tentation de la délinquance. Ils se revendiquent français et ne portent aucun signe religieux. Pourtant, leur réflexe après les attentats a été viscéral : pas question de manifester.
"On condamne le plus clairement possible, mais en tant que musulman je ne serai jamais Charlie, car Charlie a insulté mon prophète", explique Othman. "On nous parle de marche républicaine, alors que nous nous sentons exclus", poursuit-il. Un sentiment largement partagé.

La citoyenneté remise en cause

Dans le quartier, l'islam est devenu majoritaire. Presque une norme. Philippe, métis africain né chrétien, a rencontré un imam à l'âge de 12 ans. Il a lu et fait ses choix, comme il dit. Il s'est finalement converti.

Aujourd'hui, il prie cinq fois par jour. Sa femme porte le hidjab, qu'elle enlève au travail. "Il y a une chose que l'on n'arrive toujours pas à comprendre : comment se fait-il que le voile gêne les autres ? C'est quand même très grave. Cela intrigue d'avoir deux France", lance-t-il.

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La fracture semble s'aggraver. Depuis les attentats, Philippe estime que les critiques de l'islam sont violentes et injustifiées. Il se sent attaqué, jusqu'à remettre en cause sa citoyenneté.

"Moi je suis français, mais je me dis que je n'ai plus ma place ici", avoue-t-il. "J'aimerais que mes enfants grandissent comme moi. Mais je crois que ce sera impossible. Pour éviter cet affrontement, je préfère partir", confie-t-il.

Moi je suis français, mais je me dis que je n'ai plus ma place ici

Philippe, habitant du quartier Malpassé

Rien à voir avec un départ au jihad, unanimement condamné. Mais Philippe envisage de tout quitter pour un pays musulman. Cette rupture désespère Fatima Moustefaoui, médiatrice et figure de Malpassé.

"J'ai même entendu mes neveux, qui lisent le Coran en français, parce qu'ils ne lisent pas l'arabe, se poser cette question : est-ce que l'avenir est en France ?", lâche-t-elle. "Cela me désole parce que je me dis que la France a perdu quelque chose".

Le paradoxe, c'est que tous rêvent encore d'un "vivre ensemble" dans le quartier, mais sans concession sur la religion. À l'école, une institutrice explique que les jours de l'Aïd, il n'y a aucun élève.

Bousculer la laïcité

Ces témoignages permettent de mesurer la profondeur de la fracture. Est-elle réductible ? Les avis sont diamétralement opposés. Stéphane Ravier, maire Front national du secteur, juge que c'est aux musulmans d'abandonner une partie d'eux-mêmes, pas à la République.

Au contraire, pour la sénatrice socialiste marseillaise Samia Ghali, le communautarisme des quartiers doit être regardé dans les yeux et pris à bras le corps, quitte à bousculer la laïcité.

Plus la société rejettera la communauté musulmane, plus elle se radicalisera

Samia Ghali, sénatrice PS des Bouches-du-Rhône

"On ne pose pas les bonnes questions. Il faut développer des écoles privées, religieuses ou musulmanes, comme la République permet de le faire. Du coup, ce serait encadré de fait, si on ne veut pas un développement plus dangereux des écoles coraniques aux mains de je ne sais qui", explique l'élue.

"Il peut y avoir des dérives dès la petite enfance. Plus la société rejettera la communauté musulmane, plus elle se radicalisera", prévient Samia Ghali.

Des écoles religieuses : une proposition qui fait polémique. Mais sur l'enjeu, tout le monde s'accorde, même dans les cités les plus pauvres : chaque Français musulman doit se sentir pleinement citoyen.

Une semaine pour comprendre les fractures françaises

Toute cette semaine, RTL propose une série de reportages pour faire un état des lieux des clivages qui existent au sein de la société française et qui ont éclaté au grand jour après les attentats contre Charlie Hebdo et la supérette casher de la porte de Vincennes.

La France aujourd'hui s'interroge douloureusement : comment trois enfants de la République ont-ils pu prendre les armes contre leurs propres compatriotes ?
RTL a choisi d'écouter et de donner la parole aux Français pour décrypter les fractures qui divisent notre pays et font craindre pour sa cohésion : crispations identitaires, chômage, échec scolaire, ghettoïsation ethnique et religieuse.

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