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Facebook, Instagram : Rousseau et Platon auraient-ils été accros aux réseaux sociaux ?

PODCAST - Les réseaux sociaux nous connectent à nous-mêmes et à nos passions. Est ce qu'ils nous connectent réellement aux autres ?

Facebook est le premier réseau social mondial avec plus de 2 milliards d'utilisateurs
Facebook est le premier réseau social mondial avec plus de 2 milliards d'utilisateurs
Crédit : AFP
INÉDIT - Peut-on être authentique sur les réseaux sociaux ?
09:10
Marie-Pierre Haddad

réseaux sociaux nous permettent de communiquer avec des personnes que l’on n’a jamais rencontrées, de saliver devant des photos de plats délicieux, de voyager depuis notre canapé, de nous informer quasi en temps réel sur l'actualité des uns et des autres, de jalouser fessier rebondi ou des abdominaux costauds. 

Mais parfois, on se demande si ça n'était pas mieux avant. Avant, quand il n'y avait pas la course à la plus belle vie, à la plus belle photo, au plus grand nombre de likes, de commentaires et de followers. Nous sommes déjà narcissiques et tout cela ne nous aide pas. 

Si les réseaux sociaux nous ont permis de nouer des liens avec des millions d'internautes, cette vie virtuelle était réelle. Pouvons-nous être authentiques sur les réseaux sociaux ? Et les philosophes ? Auraient-il eu un compte Instagram ? 

Les philosophe des Lumières et le progrès technique

Les philosophes dénoncent depuis l'Antiquité l'ego des hommes. Mais selon le professeur en philosophie Gilles Vervisch, les philosophes des Lumières auraient été présents sur les réseaux sociaux, "en particulier Diderot, Rousseau, ou même Condorcet". "Les philosophes des Lumières croyaient beaucoup dans le progrès de la technique, qui amène un progrès moral et un progrès politique", explique-t-il.

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Dans Le rêve de d'Alembert, Diderot décrit le réseau du vivant en opposant une vie en réseau où tout le monde est connecté sans qu'il y ait de centre, notamment de centres de pouvoir. C'est la démocratie contrairement à l'absolutisme et à la monarchie. "Condorcet pense que les connaissances doivent être davantage diffusées pour que le peuple soit plus libre. Aujourd'hui, les réseaux sociaux, en particulier Internet en général avec la diffusion de l'information, sont un progrès. Le savoir et le pouvoir ne sont plus réservés à une élite", détaille Gilles Vervisch. 

Quant à Diderot, il est "très optimiste sur le progrès de l'humanité grâce au progrès technique qui a amené un progrès de l'humanité en général", souligne le philosophe.

Pascal et "le moi haïssable"

Qu'auraient pensé les philosophes de notre narcissisme exacerbé par les réseaux sociaux ? "Est ce que cette technique a exacerbé notre narcissisme ? Est ce qu'elle a inventé un narcissisme moderne ? Est ce que c'est depuis toujours dans la nature humaine ?", s'interroge Gilles Vervisch. "La réponse est un peu pour moi ambivalente. Il y a peut être un individualisme ou un narcissisme moderne qui datent peut être du XVIIIème siècle avec l'émergence de la société de consommation", ajoute-t-il. 

Dès le XVIIème siècle, Pascal écrivait : 'Le moi est haïssable, il se contemple lui-même et ce qu'il demande aux autres, c'est de lui donner une image, quand bien même serait elle illusoire, une bonne image de lui-même'. Tout ce côté selfie, 'miroir, mon beau miroir' remonte aux contes de fées ancestraux. Ce narcissisme n'est pas nouveau. Et effectivement, les réseaux sociaux ne font que les l’étendre", explique le professeur de philosophie.  

On croit être libéré des lois, de la nature et des lois physiques

Gilles Vervisch

Est ce que les réseaux sociaux nous connectent vraiment aux autres ? "Tout le monde sait que quand on met ses photos sur Instagram, on ne va pas mettre la photo de soi où l'on est déprimé. On s'invente", selon Gilles Vervisch.

Le contrôle qui en découle est ainsi illusoire. Les réseaux sociaux "sont des algorithmes qui contrôlent la manière dont les autres vont nous voir", explique le professeur en philosophie. Et d'ajouter : "Ceux qui pensent être libres de leur contenu, sont complètement manipulés par des stratégies commerciales. On croit être libéré des lois, de la nature et des lois physiques. Mais on se retrouve soumis à des lois de l'informatique et des algorithmes qui font apparaître ou pas notre profil sur les réseaux sociaux. Finalement, on contrôle pas grand chose".

L'allégorie de la caverne de Platon

Les philosophes nous pousseraient à quitter ce monde virtuel pour passer dans le monde réel. "C'est l'allégorie de la caverne de Platon, qui a donné le scénario de Matrix et tant d'autres films sur la réalité illusoire des prisonniers dans une caverne depuis leur enfance, qui se font face à un mur. Ils ignorent qu'ils sont dans un monde illusoire parce que la réalité à l'extérieur de la caverne leur tourne le dos. Le monde virtuel, ça consisterait quasiment à creuser encore dans la paroi pour perdre encore un degré dans le monde virtuel. Il faut se détourner du monde virtuel", analyse Gilles Vervisch.

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