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Bonheur : Schopenhauer aurait-il cédé à la tendance du développement personnel ?

PODCAST - Alignement intérieur, hygiène de vie, méditation... Le développement personnel peut-il permettre d'atteindre le bonheur ? Sommes-nous réellement les seuls artisans de notre bonheur ? Au fait, qu'en disent les philosophes ?

Méditations et prière sont au programme des retraites spirituelles.
Méditations et prière sont au programme des retraites spirituelles.
Crédit : Unsplash/Ben White
INÉDIT - Le bonheur est-il une chimère ?
07:35
Marie-Pierre Haddad

Suis-je vraiment heureux ? Voilà une question que l'on s'est tous posé au moins une fois et qui, lorsque la réponse par la négative est devenue criante, nous a conduits à faire des choix. Rupture amoureuse, changement professionnel, déménagement... Notre vie est guidée par cette quête du bonheur.

La notion du bonheur en 2021 nous interroge quand même, car il est devenu une mode. Le bonheur. Selon les réseaux sociaux, il se situe tantôt dans un alignement intérieur, tantôt dans une hygiène de vie irréprochable, tantôt dans une grosse cylindrée à Dubaï. 

Et il n'y a qu'à regarder la place du rayon bien-être en librairie pour se rendre compte que le développement personnel fait un tabac. Alors, cette course au bonheur est-elle saine ? Ces injonctions à aller bien en toutes circonstances, même après seize mois de crise sanitaire, nous aident-elles vraiment ? Sommes-nous réellement les seuls artisans de notre bonheur ? Au fait, qu'en disent les philosophes ? 

Une "illusion dangeureuse" ?

Pour répondre à toutes ces questions, il faut distinguer la notion de plaisir, de celle de la joie. Selon la professeure de philosophie Marianne Chaillan, "le plaisir est un bien être essentiellement d'ordre corporel. Par exemple, il intervient quand on mange une pizza ou quand on boit une bière au bord de la plage. On a du plaisir". Quant à la joie, elle a pour point commun avec le plaisir d'être éphémère, souligne-t-elle. 

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Par opposition à ces deux premiers termes, le bonheur correspond à un bien-être physique ou psychique qui, lui, dure longtemps. Mais comment connaître un bien-être qui soit à la fois total et qui dure dans le temps ? "Nous cherchons à être heureux. La quête du bonheur nous fait avancer. Il y a un côté positif dans cette aspiration au bonheur. Mais si on s'attache à définir ce qu'est le bonheur et qu'on y croit, alors ça peut devenir une illusion dangereuse", souligne la professeure en philosophie.

Schopenhauer estime que le bonheur est un plaisir qui va dégénérer et laisser place à une déchéance irrémédiable. Ce qui fait écho pour Marianne Chaillan à la chanson de Stromae Formidable : "Il nous dit que, bien sûr qu'il y a du formidable. Mais que ce formidable va devenir 'for-minable'. Le bonheur est ainsi une illusion".

Le bovarysme, expliqué par Flaubert

Flaubert aussi a essayé de mieux comprendre cette notion de bonheur. Dans le livre Madame Bovary, il évoque la maladie du bonheur, "le bovarisme". "C'est croire que le bonheur existe. Emma Bovary va épouser un homme en pensant qu'il va lui apporter le bonheur. Mais elle finit par prendre un premier amant. Puis un autre. Et n'arrivant jamais à atteindre le bonheur, elle se suicide, rappelle Marianne Chaillan. Quand on croit que le bonheur existe, tout ce que nous expérimentons paraît toujours en défaut par rapport à cet idéal-là". 

Courir après le bonheur, c'est mépriser ce que vous tenez aujourd'hui dans vos mains

Marianne Chaillan

À travers ce livre, Flaubert écrit pour nous réveiller et pour nous dire qu'il ne sert à rien de courir après le bonheur. "Parce que courir après le bonheur, c'est mépriser ce que vous tenez aujourd'hui dans vos mains. Apprenez à regarder ce que vous avez dans les mains au lieu de fantasmer ce que vous pourriez avoir", explique la philosophe. 

Les philosophes auraient très peu adhéré au concept de développement personnel. "Ils nous invitent à savoir renoncer à une illusion. En y renonçant à cet idéal toxique, il est possible de mieux se convertir, à la jouissance, au présent, à la joie", résume Marianne Chaillan.

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