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Des enfants de 3 et 5 ans dans un train reliant Paris à Lyon, le 25 décembre 2025.
Crédit : Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Des espaces publics sans enfants. Dans un avis publié ce lundi 6 juillet, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) revient sur la tendance des espaces "no kids", ces lieux où les enfants ne sont pas les bienvenus au nom du calme et de la sérénité des adultes. Ce phénomène s'est à l'origine développé dans le secteur touristique, particulièrement hôtelier : l'université de Montpellier dénombre dans un article 1.600 hôtels dans le monde recensés comme "adults only" en 2023.
La tendance s'est ensuite élargie à d'autres secteurs, comme les restaurants, à tel point qu'en juin 2025, 54% des Français se disaient favorables au développement de lieux réservés aux adultes, selon un sondage Odoxa. Le phénomène avait atteint son paroxysme en janvier dernier, lorsque la SNCF avait annoncé le lancement de sa classe affaires Optimum dans laquelle les enfants "ne sont pas acceptés", indiquaient les conditions d'accès, depuis modifiées.
En parallèle de l'avis rendu par la CNCDH, la haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El-Haïry, a une nouvelle fois appelé à interdire ces espaces sans enfants, affirmant ce lundi sur RMC que "ça tombe sous le coup de la loi" et que "si c'est nécessaire, s'il faut clarifier la loi, alors on la clarifiera".
Mais en théorie, refuser l'accès à certains lieux publics aux enfants est déjà interdit, puisque cela peut constituer une discrimination. En effet, selon le code pénal, "constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques" sur le fondement de différents critères, comme "leur origine, leur sexe, leur situation familiale" ou encore "leur apparence physique (...) leur identité de genre, leur âge". La discrimination est ainsi passible de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende.
Dans un billet pour l'Observatoire des Mutations Institutionnelles et Juridiques, Delphine Tharaud, professeure de droit privé à l'université de Limoges, estime que "les espaces 'no kids' ouvrent un questionnement juridique assez novateur sur le plan du motif utilisé" car dans le cas de restaurants, d'hôtel ou même de wagon de train réservés aux adultes, il s'agit "d’une prestation de service qui ne présente pas a priori de particularité justifiant l’exclusion de mineurs", contrairement par exemple à "des aspects sanitaires qui peuvent expliquer l’exclusion des animaux domestiques en dehors des chiens guides".
La professeure de droit va même jusqu'à avancer que ces espaces "no kids" peuvent constituer, par extension, une forme de discrimination envers les parents : "Au sens où le motif discriminatoire porté par l’enfant, l’âge, rejaillit sur les parents qui sont, par voie de conséquence, eux-mêmes exclus des lieux concernés".
Dans la pratique, des lieux privés, comme les mariages sans enfants, échappent à ces règles. La SNCF, elle, a notamment joué sur le fait que son espace sans enfants n'est pas conçu spécifiquement pour être sans enfants, mais plutôt pour répondre à un besoin spécifique : celui d'une classe business proposant "des espaces dédiés à l'activité professionnelle", expliquait le patron de la SNCF, Jean Castex, en janvier dernier, avançant que les trains disposent également "d'espaces nurseries" et d'espaces "famille".
La SNCF s'était ainsi justifiée en expliquant que les places Optimum ne représentent que 8% des places proposées à la vente, alors même que le nombre d'enfants voyageant par rapport au nombre d'enfants ayant voyagé sur le réseau en 2025 était "en très forte progression" par rapport à l'année précédente, se maintenant ainsi techniquement à l'abri d'accusations de discrimination.
La CNCDH s'inquiète malgré tout d'une tendance à voir les enfants "comme des personnes à surveiller, contrôler, récompenser ou punir plutôt que comme des êtres dont la dignité serait égale à celle des adultes", souligne-t-elle dans son rapport. Le terme d'"infantisme" est même désormais utilisé pour évoquer ce penchant à refuser la présence d'enfants dans l'espace public. La CNCDH s'inquiète de voir que "la présence des enfants dans l'espace public s'est considérablement réduite depuis une quarantaine d'années" et appelle, à travers plusieurs recommandations, à interdire les espaces sans enfants "lorsqu'ils ne sont pas justifiés par la nécessité de protéger l'enfant".
La députée LIOT Constance de Pélichy a déjà déposé en février une proposition de loi visant à interdire les espaces excluant les plus jeunes.
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