3 min de lecture Hong Kong

Du Poitou à Hong-Kong, le trafic de civelles fait perdre la tête aux pêcheurs

Les Asiatiques raffolent de ces petites anguilles qui pullulent dans les eaux françaises mais sont interdites à l'exportation.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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Du Poitou à Hong-Kong, le trafic de civelles fait perdre la tête aux pêcheurs Crédit Image : JS EVRARD/SIPA | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par Louis Chahuneau

Ce n’est pas de la drogue et pourtant ça se trafique, de la Vendée jusqu’à Hong Kong, et ça rapporte plus que la coke. Il s’agit de la civelle, le bébé de l’anguille. Et c’est un grand reportage dans la revue XXI.

Pour vous donner une idée, en 1975, la civelle se vendait 5 euros le kilos, aujourd’hui cela va de 100 à 500 euros. Et en Asie, le même kilo se négocie dix fois plus cher. Autant que le caviar. Un gros trafiquant peut gagner plusieurs millions d’euros par an. Bref, c’est l’un des trafics d’espèces protégées les plus lucratifs du monde. Entre 1 milliard et 3 milliards d’euros par an. 

C’est cher, parce que c’est rare. C’est devenu rare. Jusque dans les années 60, l’anguille était plutôt une espèce envahissante. La civelle, c’était un plat de pauvres, on en faisait même de la colle ou de l’engrais. Mais en 30 ans, les stocks européens ont chuté de 95%. Depuis 2010, l’export est interdit, et c’est ça le problème. Car en Asie, on raffole de l’anguille. Du coup, le marché parallèle explose.

Un petit monde pas rose du tout

Avec ses 6.000 kilomètres de côtes, la France est l’un des principaux refuge des alevins d’anguille, et c'est donc l’épicentre du trafic. Chez nous, il y a un peu plus de 500 pêcheurs de civelle agréés par l’État. Le marché légal en Europe, c’est moins de 70 tonnes par an.

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Mais le trafic, c’est 100 tonnes, c’est en tout cas ce que disent les associations. Pour les pêcheurs agréés, la vie est dure. Avec les quotas, les périodes sans pêche, Mickaël gagne 2.500 euros net par mois. Il est aujourd'hui président des civeliers des Pays de la Loire. "C'est ce qui m'a permis de ne pas frauder, dit-il. Sinon, la tentation aurait été grande. Va dire à un pêcheur d’arrêter de pêcher alors qu’il y a de la civelle partout !” Certains basculent du côté obscur. C’est risqué. Depuis 2016, la vente d’espèces protégées, c’est deux ans ferme, 7 ans si c’est en bande organisée. 

Au bas de l’échelle, il y a les braconniers. "Souvent des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts, dit un gendarme. En deux ou trois mois, ils peuvent gagner plus qu’en une année entière". C’est un petit monde pas rose du tout. "Les pneus crevés, les pare-brise pétés, c’est le quotidien, dit un pêcheur, parfois même les coups de fusil en l’air".

Go-fast, menaces et valises aménagées

Au-dessus, on trouve les intermédiaires : des collecteurs clandestins ou même des mareyeurs qui grugent, à coup de fausses factures et de comptes offshore. Là aussi, difficile de résister: "Quand un mareyeur refuse de prendre de la civelle braconnée à un pêcheur, généralement il le perd, dit le gendarme, et au  bout d’un moment, il n’a plus de fournisseurs".

La pression s’exerce aussi dans l’autre sens: Mickaël, le pêcheur, refuse de fournir des alevins de contrebande mais il le paye. "Un mareyeur m’a dit ‘attention, on sait où tes enfants vont à l’école”. 

Comme pour la drogue, on organise des go-fast, des centaines de kilos de civelles braconnés passent du Poitou à l’Espagne, dans le coffre de grosses cylindrées. On recrute des mules, souvent des chinois, pour transporter au bout du monde des valises spéciales, avec des poches remplies d’eau et d'oxygène sous pression qui permettent de garder les poissons vivants. Une bonne partie des cargaisons ferait escale à Hong Kong, c’est une plaque tournante du trafic d’espèces protégées.

Les coups de filet des policiers de l'environnement ont fini par faire vaciller la civelle connection. Mais les têtes de réseau européennes ne sont pas encore tombées. Dans les ports, l’ambiance est détestable. Ceux qui magouillent, ceux qui balancent : “Ce qui rend dingo, c’est l’argent, dit un mareyeur. Quand un pêcheur peut se faire 10.000 euros en une soirée, ça rend fou. Et ça rend aussi fou son voisin, qui l’a vu faire. 10.000 euros ! Avec un petit tamis à 50 balles !”. La Civelle Connection, grand reportage à lire dans la revue XXI.

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