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Simone Veil : comment Les Survivants, groupe anti-IVG, ont récupéré sa mort

Le mouvement "pro-vie", sous couvert d'hommage, propose un exposé bien arrêté sur l'avortement dans ce qu'il présente comme un web-documentaire.

Simone Veil à Bobigny le 25 janvier 2011
Simone Veil à Bobigny le 25 janvier 2011 Crédit : BORIS HORVAT / AFP
Benjamin Pierret
Benjamin Pierret

Une cause pour défendre l'exact opposé. Ce mercredi 5 juillet, un site baptisé "simoneveil.com" secoue les réseaux sociaux. Cinq jour après le décès de l'ancienne ministre, et alors qu'un hommage national lui était rendu aux Invalides, le site propose une interprétation toute personnelle du combat que Simone Veil a mené en 1974 pour le droit à l'avortement.

Présenté comme un web-documentaire, il propose de découvrir "la vérité sur Simone Veil", une "femme trahie dans ses intentions". Selon la plateforme, elle aurait défendu l'IVG comme une exception ultime, tandis qu'il serait aujourd'hui "promu", notamment par le planning familial. 

Ce site, présenté comme un hommage à l'ancienne membre du Conseil constitutionnel (un grand "Forever" accueille le visiteur dès la première page) est l'œuvre des Survivants, un mouvement anti-IVG. Une origine indiquée uniquement par leur logo et un lien vers leur site, tout en bas de la page. Et c'est un coup de communication bien ficelé qui a permis au groupe d'attirer l'attention sur le site. 

Énigmatiques e-mails et textos

Une journaliste de LCI a révélé sur Twitter que le mouvement a plusieurs fois contacté des journalistes pour promouvoir leur site : le 3 juillet d'abord, par mail, pour céder les droits du visuel de la page d'accueil. Une certaine "Juliette", qui se présente dans ce message comme une "graphiste free lance", propose de télécharger l'image et de l'utiliser, sans préciser qu'il s'agit d'une opération des Survivants.

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Puis, deux jours plus tard, les mêmes journalistes reçoivent un texto redirigeant vers le site, "produit par les Survivants démontrant que la loi Veil n'existe plus." Visiblement fiers de leur coup, c'est avec un smiley taquin qu'ils ont annoncé la mascarade sur Twitter. 

Entre "pédagogie" et idéologie

Émile Duport, leader des Survivants, s’est confié à L'Obs sur cette opération prévue de longue date : "On a créé ce site il y a environ six mois pour préempter toutes les requêtes Google." Ainsi, le nom de domaine était déjà déposé en septembre 2016. Il explique également à l'hebdomadaire que l'objectif est d'effectuer un "travail de pédagogie", plus que de défendre un point de vue "pro-vie". 

Pourtant, le message du site semble évident : à grands renforts de chiffres (dont les sources sont parfois floues), la plateforme évoque les idées suicidaires d'une portion des femmes qui ont avorté, s'attardant sur la jeunesse d'une partie d'entre elles, et condamnant les aides mises à leur disposition. Un "webdoc", présenté de fait comme un produit journalistique, au parti pris pourtant clair. 

La ministre de la Santé monte au créneau

Du côté d'Osez le féminisme !, on dénonce, dans un communiqué de presse, "un site manipulant l’information sur l’IVG" et "salissant par la même occasion la mémoire de Simone Veil et l’histoire de son combat." L'association, qui rappelle que "47 000 femmes meurent chaque année dans le monde des suites d’un avortement clandestin", fustige que Les Survivants "détournent impunément le combat de toute une vie, et abreuvent internet de leur récupération abjecte, le jour même de l’hommage national" à Simone Veil.

Dès lors, Osez le féminisme! "condamne cet acte et demande aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités". "Nous exigeons que les Survivants soient punis et empêchés dans leurs actions", ajoute l'association, rappelant qu'"une loi étendant le délit d’entrave à l’IVG aux sites internet a justement été adoptée fin 2016".

Invitée, ce jeudi 6 juillet au matin, de RTL, la nouvelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn a elle aussi évoqué le cas du site internet simoneveil.com, affirmant ressentir "du mépris" pour le groupe à l'origine de sa création. "Je crois que face à une très grande dame, on s'aperçoit de la bassesse de certains qui sont capables de retourner à leur avantage son nom. Son nom va être beaucoup utilisé, maintenant, je le crains. Pour des causes qui ne sont pas forcément des causes qu'elle aurait défendues. Je le regrette et il faudra la protéger", a-t-elle estimé.

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