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"Ce n'est pas faisable" : les proviseurs jugent impossible d'organiser dans l'urgence le "temps de démocratie interne" voulu par Lecornu

Face à la mobilisation lycéenne, le gouvernement veut suspendre les cours une demi-journée d'ici la fin de la semaine pour organiser un "temps de démocratie interne" dans les établissements. Mais les proviseurs jugent la mesure impossible à mettre en place dans l'urgence et estiment qu'elle ne répond pas aux problèmes de fond dénoncés par les élèves, du manque de moyens à l'absence de professeurs.

Des lycéens en pleine manifestation le 6 octobre 2026

Crédit : Kiran RIDLEY / AFP

AFP & Hermine Le Clech

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Après une mobilisation massive des lycéens, mardi 6 octobre, avec entre 266.000 et 450.000 manifestants dans toute la France. La journée de manifestation est restée globalement calme, malgré 488 nouvelles interpellations. En huit jours, le mouvement a déjà conduit à plus de 6.500 arrestations, un chiffre jamais atteint, même pendant les "gilets jaunes".

Pour tenter d'apaiser la colère, Sébastien Lecornu a demandé aux chefs d'établissement de suspendre les cours une demi-journée d'ici la fin de la semaine afin d'organiser dans les lycées un "temps de démocratie interne" pour permettre aux élèves d'exprimer leurs préoccupations. 

Devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une "banalisation complète des emplois du temps" "dès demain matin, dès jeudi, dès vendredi", afin de laisser à "chaque équipe de direction, à chaque proviseur" un temps d'échange avec les élèves. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a ensuite précisé qu'il s'agissait d'une "demi-journée banalisée dans tous les établissements de France" pour ceux qui peuvent rouvrir.

Une mesure jugée impossible à organiser dans l'urgence

Sur le terrain, les chefs d'établissement contestent la faisabilité de cette annonce. Audrey Chanonat, du SNPDEN, principal syndicat des proviseurs, résume leur position sur RTL : "Ce n'est pas faisable, très clairement. On ne peut pas faire une annonce le mardi soir pour nous demander de mettre en place le mercredi matin. C'est ignorer complètement le fonctionnement d'un établissement. Ça ne se fait pas sur un claquement de doigts."

"On préfère prendre le temps nécessaire plutôt que mal faire. Donc, dans beaucoup de lycées, notre mot d'ordre, nous, ça a été de dire qu'on fera les temps d'échange, mais à un moment donné, il faut nous laisser le temps d'organiser", ajoute-t-elle. La proviseur insiste : "Écoutez, 1200 lycéens, ce n'est pas les mettre en rang dans leur cours et leur demander de lever le doigt. Ce n'est pas ça du tout, évidemment".

Une réponse "pas à la hauteur de la crise"

Dans un communiqué, le SNPDEN-UNSA indique refuser de "mettre en place une annonce totalement improvisée et ambiguë (...) il ne s'agit pas de refuser la démocratie scolaire mais de la faire vivre en dehors de l'agenda politique", déclare le syndicat. 

Agnès Andersen, secrétaire générale du syndicat ID-FO, interrogée par l'AFP, juge la demande "irrespectueuse" envers les proviseurs. "Nos collègues sont épuisés, ont été exposés, ont subi de graves violences ces derniers jours. Quand est-ce que les collègues vont préparer cela ? C'est assez hors sol de nous demander de banaliser une journée", réagit-elle. Elle poursuit : "L'équipe de direction se retrouve seule et va réunir l'ensemble des délégués ? Ça demande à être préparé, il y a beaucoup d'élèves dans les lycées". Avant de conclure : "On va demander aux élèves d'écrire ? Tout ça n'est pas à la hauteur de la crise que nous traversons et irrespectueux de notre profession".

Ce que prévoit le ministère de l'Éducation nationale

Dans un courrier adressé mardi aux recteurs, Edouard Geffray demande d'organiser "une reprise des enseignements dans les meilleures conditions, tout en offrant aux élèves un espace pour exprimer leurs préoccupations" et leurs "attentes". Dans les établissements les plus perturbés, il recommande une reprise "progressive", "en commençant par les classes de terminale".


Le ministre propose une reprise en "deux temps" : un premier moment "destiné aux équipes de direction et aux personnels, afin de leur permettre de se retrouver" et de "préparer collectivement" la suite, puis un second consacré à "l'échange avec les élèves". Le ministère veut ainsi "réaffirmer auprès des élèves l'importance de la représentation démocratique", les inviter "à porter leurs propositions dans les espaces de dialogue du lycée" et "à participer à la consultation nationale" ouverte en ligne jusqu'au 23 octobre.

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