5 min de lecture Attentats à Paris

Attentats à Paris : enquête, état d'urgence... Six mois après le 13 novembre, la France panse lentement ses plaies

ÉCLAIRAGE - Le 13 novembre dernier, la France était frappée par des attaques terroristes sans précédent. Depuis, Salah Abdeslam a été arrêté, l'état d'urgence a été prolongé et les familles des victimes attendent des réponses à leurs questions.

Rassemblement de plusieurs centaines de personnes devant le Bataclan, le 15 novembre
Rassemblement de plusieurs centaines de personnes devant le Bataclan, le 15 novembre
104761573555224952563
Clémence Bauduin
Journaliste

État d'urgence, Molenbeek, Abdeslam... En six mois, des mots et des noms se sont introduits dans les discussions, les préoccupations et les débats de l'opinion publique. Le 13 novembre au soir, la France était attaquée par trois commandos jihadistes à Paris et Saint-Denis, qui ont provoqué la mort de 130 personnes et fait plus de 300 blessées

L'enquête ouverte dans la foulée du drame a mis au jour un réseau de terroristes tentaculaire, partagé entre la France et la Belgique. Les interpellations et les auditions continuent de livrer leurs secrets mais la menace ne diminue pas pour autant et l'état d'urgence est toujours de mise à l'approche de plusieurs événements importants sur le territoire français. Les familles des victimes des attentats attendent, elles, le procès d'Abdeslam et la reconnaissance de leurs droits.

Une enquête qui met au jour un réseau colossal

Après six mois d’enquête, de nombreuses questions restent en suspens. Elles s'articulent autour de l'organisation des attentats : comment la tuerie de 130 personnes, en différents points de l'Île-de-France, a-t-elle été possible ? L’enquête a très vite mis au jour le rôle décisif d’Abdelhamid Abaaoud, présenté comme le "cerveau" présumé des attaques. Il a été tué dans l’assaut du RAID donné le 18 novembre à Saint-Denis. Cette intervention a également permis d’identifier plusieurs logisticiens impliqués de près ou de loin dans les attaques.

À lire aussi
Le restaurant Casa nostra, cible des attentats, a rouvert le 5 février 2016 Attentats à Paris
"Fausse victime" du 13 novembre : un an de prison ferme pour le gérant du Casa Nostra

L'enquête a connu une nouvelle avancée le 18 mars avec l’arrestation de Salah Abdeslam, en fuite pendant 127 jours. Celui qui était présenté comme l’ennemi public n°1, traqué par les polices françaises et belges, a été arrêté à Molenbeek, point névralgique, outre-Quiévrain, d'un réseau terroriste. Au lendemain de sa capture, le dixième homme des commandos de Paris a été placé sous mandat d’arrêt par le juge d’instruction et inculpé pour "meurtres terroristes" par le parquet belge. Au cours d’une audition, l’homme a fait savoir qu’il comptait "se faire sauter au stade de France" le 13 novembre. Il a été transféré en France à la prison de Fleury-Mérogis, le 27 avril.

Provenance des armes, Abou Ahmad, recrutement : les questions en suspens

Une autre date importante pour les avancées de l’enquête est celle du 8 avril, jour de l’arrestation de Mohamed Abrini. Cet ami d’enfance de Salah Abdeslam a été identifié comme étant l'"homme au chapeau" filmé par les caméras de l’aéroport de Zaventem le 22 mars. Il accompagnait alors les auteurs de l’attentat commis quelques minutes plus tard dans l’un des terminaux de l’aéroport. Mais Mohamed Abrini aurait également joué un rôle dans les attentats de Paris. Il a été filmé l’avant-veille du 13 novembre par les caméras d’une station-service de l’Oise, en compagnie de Salah Abdeslam. Son rôle précis reste à déterminer. Incarcéré à la prison de Bruges (Belgique), il intéresse les enquêtes française et belge.

L’arrestation de Salah Abdeslam et celle de son complice ont porté un coup de pied dans la fourmilière terroriste et la coopération franco-belge a permis de mettre au jour une nébuleuse djihadiste considérable. Pour autant, la question du recrutement des hommes et de l’approvisionnement en armes reste sans réponses concrètes. Un mystérieux "Abu Ahmad" - seul son nom d’emprunt au sein de Daesh est connu des enquêteurs - est soupçonné d'avoir recruté deux des kamikazes du Stade de France depuis la Syrie. Il aurait également encouragé deux djihadistes à participer aux attentats de Paris, avant que ces derniers soient interceptés en décembre en Autriche.

Confusion autour de l'état d'urgence

Dès le 13 novembre au soir, François Hollande décrète l'état d'urgence. La procédure doit alors permettre aux autorités "d'interdire la circulation des personnes" et d'instituer "des zones de protection ou de sécurité". L'état d'urgence a été prolongé à plusieurs reprises. Cette semaine encore, le Sénat a voté son maintien jusque fin juillet. Une quarantaine de mesures de police administrative y sont maintenues, comme la fermeture de certains lieux de réunion, mais d'autres ont disparu.

"En termes d'efficacité, je pense que l’état d’urgence ne sert plus depuis son prolongement en janvier. Il a d’autres fonctions mais je demeure convaincu que les mesures qui peuvent être prises dans le cadre de l’état d’urgence ne sont plus utiles", estime Serge Slama, maître de conférence en droit public à l'Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. "L'état d'urgence doit rester temporaire. Il a vocation à n’exister que s’il y a un péril imminent, or ce n’est plus le cas aujourd'hui au sens de la loi de 1955" qui établit son rôle, explique le professeur.

Pourquoi donc l'état d'urgence est-il prolongé ? "L'état d'urgence remplit une fonction politique évidente, répond Serge Slama. Il est difficile pour l'exécutif de l’arrêter avec un risque terroriste persistant, tandis qu'approchent l'Euro 2016 et le Tour de France. Si demain il y a un attentat, il en sera comptable politiquement et on lui reprochera de ne pas avoir maintenu cette mesure, poursuit le maître de conférence. En même temps, si un attentat avait lieu pendant l’état d’urgence, ce serait encore plus grave, parce que cela prouverait son inefficacité".

Pendant ce temps, les familles des victimes dans l'attente

Après l'arrestation et le transfèrement en France de Salah Abdeslam, certaines familles des victimes du 13 novembre attendent des réponses sur le parcours des jihadistes qui ont attaqué Paris. "Faisons attention qu'il ne se suicide pas", alerte Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (FENVAC), qui insiste sur la "marque d'outrage pour les familles des victimes" qu'un tel acte constituerait. Le procès de Salah Abdeslam pourrait avoir lieu dans plusieurs années.
Les familles des victimes décédées dans les attentats, comme les victimes rescapées, doivent désormais supporter les démarches administratives afin de faire valoir leurs droits. Le 12 mai, le gouvernement a annoncé qu'il renonçait à leur faire payer les impôts liés à leurs proches décédés. Une première victoire pour l'association Fraternité et Vérité, mise en place au lendemain des attaques.

Toutefois, toutes les demandes d'indemnisation ne pourront être traitées avant la fin de cette année 2016. Selon le Fonds de garantie des victimes de terrorisme joint par France 3 Paris Île-de-France, "2.498 dossiers de victimes directes ou indirectes" attendent encore d'être examinés.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Attentats à Paris Salah Abdeslam Arrestation
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7783215898
Attentats à Paris : enquête, état d'urgence... Six mois après le 13 novembre, la France panse lentement ses plaies
Attentats à Paris : enquête, état d'urgence... Six mois après le 13 novembre, la France panse lentement ses plaies
ÉCLAIRAGE - Le 13 novembre dernier, la France était frappée par des attaques terroristes sans précédent. Depuis, Salah Abdeslam a été arrêté, l'état d'urgence a été prolongé et les familles des victimes attendent des réponses à leurs questions.
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/attentats-a-paris-enquete-etat-d-urgence-six-mois-apres-le-13-novembre-la-france-panse-lentement-ses-plaies-7783215898
2016-05-13 17:21:49
https://cdn-media.rtl.fr/cache/K_VxO6NDkQJ25eDIbTzHcw/330v220-2/online/image/2015/1115/7780521845_rassemblement-de-plusieurs-centaines-de-personnes-devant-le-bataclan-le-15-novembre.jpg