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Attentat en Isère : Yassin Salhi "était une bombe à retardement"

L'éducateur qui initiait le suspect aux arts martiaux évoque sa personnalité inquiétante dans "Le Parisien".

Des pompiers à proximité des lieux de l'attentat à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) le 26 juin 2015.
Des pompiers à proximité des lieux de l'attentat à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) le 26 juin 2015.
Crédit : PHILIPPE DESMAZES / AFP
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La rédaction numérique de RTL
Journaliste

Le Parisien revient ce dimanche 28 juin sur la "personnalité glaçante" de Yassin Salhi, interpellé après l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) vendredi. Le quotidien a notamment recueilli le témoignage édifiant de l'éducateur qui a initié le suspect aux sports de combat. Pendant plus deux ans, Sébastien (prénom changé) a entraîné Yassin Salhi et reçu ses confidences. Il évoque une "personnalité à part", "capable d’une grande douceur comme d’une violence incontrôlable". 

Il ne se battait pas : il faisait la guerre.

Sébastien, ancien entraîneur de Yassin Salhi

Sébastien évoque sa première rencontre avec le suspect, "il y a environ quatre ans". "J’ai vu débarquer cet homme assez grand, avec une carrure plutôt athlétique. Je l’ai tout de suite remarqué, avec sa grande barbe et ses cheveux longs. Ce n’est pas un look qu’on a l’habitude de voir dans une salle de sport", raconte l'éducateur au Parisien. Les premiers entraînements de Salhi "ont confirmé mon sentiment d’avoir à faire à quelqu’un de particulier. Lors des combats en face à face, il se laissait taper sans réagir, sans même protéger son visage. Et puis au bout de quelques minutes, il explosait de colère et frappait dans tous les sens avec une rage inouïe. Il était dangereux, pour lui-même et pour les autres, se souvient Sébastien. Il ne se battait pas : il faisait la guerre." Une violence telle que, "rapidement, les autres membres du groupe n’ont plus voulu se battre contre lui." 

L'entraîneur évoque des accès de "colère folle"

Ce comportement pousse l'éducateur à "s'intéresser à lui de plus près". "Lorsqu’il explosait de rage, son regard se transformait physiquement et dégageait une colère intense que je n’avais jamais vue. Le reste du temps, il était enfermé dans son monde et dégageait une douceur incroyable. Il avait une sorte de double personnalité", explique-t-il. "On le sentait toujours sur la brèche, prêt à exploser à tout moment. Lors d’une séance, il a attrapé un élève par le col parce que ce dernier ne lui avait pas dit bonjour. Il était comme ça, d’un abord très calme mais capable de rentrer dans une colère folle à la moindre vexation."

Il m’a raconté qu’il était parti pendant six mois en Syrie, dans les années 2010-2011.

Sébastien, ancien entraîneur de Yassin Salhi

Après quelques mois, les deux hommes commencent à discuter en dehors des cours : "Sa conversation était centrée sur l’islam. C’était à l’évidence sa grande passion. Mais ses paroles ne débordaient jamais : il ne parlait que d’amour, de paix, de foi", indique Sébastien. "Au bout de quelque temps, il m’a raconté qu’il était parti pendant six mois en Syrie, dans les années 2010-2011 (...) dans une école coranique". 

J’ai eu la sensation d’avoir à faire à quelqu’un d’endoctriné, sous influence.

Sébastien, ancien entraîneur de Yassin Salhi
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Sébastien assure n'avoir observé aucun signe de radicalisation du jeune père de famille. "Mais quelques détails m’ont frappé. Une fois, il est venu au cours habillé d’un tee-shirt "Moudjahidine" (combattant en arabe). Je lui ai dit : 'Tu ne peux pas porter ça ici', et il ne l’a plus fait, se souvient-il. Une autre fois, en rentrant d’une compétition, il a discuté avec un autre élève musulman qui défendait la laïcité. Yassin lui répétait : 'Nous sommes les ambassadeurs de l’islam, nous devons propager la religion.' J’ai eu la sensation d’avoir à faire à quelqu’un d’endoctriné, sous influence. Mais à aucun moment il n’a fait du prosélytisme durant les leçons, pas plus avec moi qu’avec le groupe", nuance le professeur de sport. 

L'entraîneur évoque "une bombe à retardement"

Sébastien explique pourquoi Salhi a abandonné ses cours : "Une année, au retour des congés d’été, nous avons décidé d’avoir des règles plus strictes en matière de laïcité (...) De ce côté-là, Yassin ne posait pas trop de souci, mais il lui est arrivé, par exemple, de venir habillé en djellaba. Je lui ai dit que désormais, ce ne serait plus possible. Il m’a dit 'd’accord', il est parti, et je ne l’ai plus jamais revu". 

J’ai fait de mon mieux pour tenter de désamorcer la bombe, mais je n’ai fait que retarder son explosion.

Sébastien, ancien entraîneur de Yassin Salhi

Interrogé sur sa réaction quand il a appris de quoi son ancien élève était soupçonné, Sébastien répond : "Ça m’a bouleversé, et dans le même temps, ça ne m’a pas surpris. Il m’a suffi d’entendre le prénom 'Yassin' à la télé pour immédiatement penser à lui. C’était une bombe à retardement et je savais au fond de moi qu’un jour elle exploserait". Il renchérit : "J’ai fait de mon mieux pour tenter de désamorcer la bombe, mais je n’ai fait que retarder son explosion". Toutefois, l'entraîneur pense que Salhi a été manipulé : "Ce n'était pas un meneur : je suis persuadé qu’on l’a utilisé, lobotomisé."

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