3 min de lecture Attentat à Nice

Attentat à Nice : la thèse de la radicalisation express de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel s'étiole

ÉCLAIRAGE - Dans un premier temps, les autorités avaient évoqué une rapide radicalisation du terroriste avant, dans un second temps, de finir par évoquer un passage à l'acte mûrement réfléchi depuis plusieurs mois.

La carte d'identité du terroriste de Nice : Mohamed Lahouaiej Bouhlel
La carte d'identité du terroriste de Nice : Mohamed Lahouaiej Bouhlel Crédit : Shutterstock/SIPA
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

Plus l'enquête avance, plus le profil de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel se précise. Une semaine après l'attentat à Nice qui a fait 84 morts sur la Promenade des Anglais, selon le dernier bilan établi au 21 juillet, le procureur François Molins a fait le point sur l'avancée des investigations. Mais il s'avère que les derniers nouveaux éléments remettent directement en cause les premières thèses avancées par les autorités, laissant supposer que le tueur n'avait mis que peu de temps à préparer son massacre.

Moins de 48 heures après l'attaque, samedi 16 juillet, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve affirmait, sur la base des premiers témoignages recueillis : "Il semble qu'il se soit radicalise très rapidement". Une version corroborée par François Molins, expliquant le surlendemain face à la presse que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait un intérêt "récent" pour la mouvance jihadiste radicale. Une nouvelle affirmation appuyée, là encore, par des témoignages décrivant un homme auparavant "très éloigné des considérations religieuses" et qui "ne pratiquait pas la religion musulmane". Les premières exploitations policières de son ordinateur avaient également permis de découvrir des recherches "quasi quotidiennes depuis le 1er juillet de sourates du Coran" et concernant de précédentes attaques terroristes.

Des liens troubles depuis 2015

Ses troubles psychiatriques supposés, notamment évoqués par son père au micro de RTL, permettait également d'accréditer cette thèse. François Molins affirmait ainsi que la radicalisation pouvait "intervenir d'autant plus rapidement quand elle s'adresse à des personnalités perturbées ou à des individus fascinés par l'ultraviolence".

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Mais à présent, cette piste de la radicalisation express ne coïncide donc plus vraiment avec les dernières révélations. Celles-ci mettent en évidence que le terroriste avait prémédité son passage à l'acte "depuis plusieurs mois" et qu'il a pu bénéficier de soutiens et "complicités". Cinq suspects, tous inconnus des services antiterroristes, ont ainsi été mis en examen et placés en détention provisoire. S'ils ont tous été en contact avec Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, l'un d'eux, Mohamed Oualid G., a échangé 1.278 appels avec lui depuis juillet 2015 et notamment un SMS anti-Charlie le 10 janvier 2015.

Technique de dissimulation

L'enquête tend donc à montrer que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ne s'est pas radicalisé en quelques jours mais que cela remonte à bien plus longtemps. Au vu de la personnalité qu'il affichait en public, même si certains témoins évoquaient un caractère "violent", il se pourrait que le Tunisien ait réussi à dissimuler son attrait pour le jihad. "Il ne faisait pas la prière, il ne jeûnait pas, il buvait de l'alcool, il se droguait même", affirmait son père, domicilé à Msaken en Tunisie, tandis que des fidèles de la mosquée d'une mosquée à Nice racontait ne l'avoir "jamais vu".

Cette technique de dissimulation, utilisée pour se fondre parfaitement dans la société et échapper aux radars des autorités, est bien connue des services de renseignement et des jihadistes. Elle est même appelée "taqiya". "Beaucoup de jihadistes, d'apprentis terroristes se dissimulent dans un groupe et ne laissent ainsi aucune trace. C'est pour cela que la mosquée ou tout simplement la prison n'est plus le passage obligé", précisait le commandant de police Mohamed Douhane au micro de RTL. C'est donc ce qui semble explique donc pourquoi Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était inconnu des services de renseignement et que son casier judiciaire ne laisser aucunement présager une telle tuerie.

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ÉCLAIRAGE - Dans un premier temps, les autorités avaient évoqué une rapide radicalisation du terroriste avant, dans un second temps, de finir par évoquer un passage à l'acte mûrement réfléchi depuis plusieurs mois.
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2016-07-22 17:04:15
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