3 min de lecture Attentat à Nice

Attentat à Nice : la policière responsable de la vidéosurveillance dénonce le harcèlement du ministère de l'Intérieur

La chef du Centre de supervision urbain (CSU) raconte dans un entretien au "JDD" la pression qu'elle a subi de la part de la place Beauvau, au lendemain de l'attentat du 14 juillet. Bernard Cazeneuve a porté plainte pour "diffamation".

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Attentat à Nice la policière responsable de la vidéosurveillance dénonce le harcèlement du ministère de l'Intérieur Crédit Image : Francois Mori/AP/SIPA | Crédit Média : Jacques Serais | Durée : | Date : La page de l'émission
Anne-Sophie Blot
Anne-Sophie Blot
et Jacques Serais

Après les accusations de Christian Estrosi, ancien maire de Nice et président du conseil régional de PACA sur la responsabilité de l'État dans l'attentat qui a causé la mort de 84 personnes sur la promenade des Anglais le 14 juillet, une autre voix s'élève. Celle de Sandra Bertin, chef du Centre de supervision urbain (CSU) de Nice et secrétaire générale du Syndicat autonome de la Fonction publique territoriale (SAFPT) Métropole-Ville de Nice.

Elle était en poste le soir où Mohamed Lahoueiej-Bouhlel s'est élancé sur la foule au volant d'un camion de 19 tonnes. Dans un entretien paru ce dimanche dans le Journal du Dimanche, la policière raconte cette nuit d'horreur et met en cause le ministère de l'Intérieur, affirmant avoir été "harcelée" par la place Beauvau. Bernard Cazeneuve a annoncé dimanche midi qu'il portait plainte pour "diffamation" après les "graves accusations" de la policière municipale.

"Je me rappellerai toute ma vie de cette heure-là : 22h33. J’étais devant les écrans du CSU avec les équipes. Nous recevons alors des policiers municipaux positionnés sur la Promenade le signalement d’un camion fou. Nous récupérons tout de suite son image à l’écran et nous demandons son interception, raconte Sandra Bertin. Le camion était lancé à 90 km/h, sans phares, sans qu’on l’entende à cause du bruit. Il contourne le barrage de la police municipale. Les équipes n’ont pas pu l’arrêter. On ne crève pas les pneus d’un 19 tonnes avec un revolver !

Des équipes "réactives" et "pleines de sang-froid"

La policière fait le récit de l'angoisse vécue cette nuit là mais aussi de tous ses efforts pour faire le lien entre les polices municipale et nationale afin de mettre en place une prise en charge collective de la situation. "Je ne suis rentrée chez moi que le vendredi soir vers minuit. C'était l'horreur. J'ai vu le fauchage des passants, mes collègues faire des massages cardiaques à des enfants.

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Surtout, Sandra Bertin se dit "sidérée par les accusations" sur le travail de la police. Selon elle, ses équipes ont été parfaitement "réactives" et "pleines de sang-froid" face à la gravité de l'attaque. "Le camion est repéré vingt secondes après son entrée sur la promenade par la police municipale. Il n'y a pas un moment où, à l'écran, mes agents vont le lâcher. Ce soir-là, le terroriste est neutralisé en une minute, contre deux heures au Bataclan", rapporte la policière qui affirme qu'elle a immédiatement pensé à une attaque terroriste en voyant le tueur au volant du camion. 

"J'ai été harcelée pendant une heure"

La sous-direction antiterroriste a demandé mercredi à la ville de Nice "l'effacement complet" des enregistrements "des caméras desservant la promenade des Anglais", de crainte que certaines images fuitent auprès du public, comme cela avait été le cas après le 13 novembre. La Ville a refusé.  La responsable de la vidéosurveillance raconte avoir reçu, le lendemain de l'attentat, la visite d'un représentant du cabinet du ministre de l’Intérieur au CSU qui l’a mise en ligne avec le ministère de l'Intérieur. "J’ai alors eu affaire à une personne pressée qui m’a demandé un compte-rendu signalant les points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité. Je lui ai répondu que je n’écrirais que ce que j’avais vu", affirme la policière.

Or elle assure qu'elle n'a pas repéré la présence de la police nationale sur les vidéos. Son interlocuteur de la place Beauvau lui aurait alors demandé d’envoyer par email une version modifiable du rapport, pour "ne pas tout retaper". "J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vu à l’écran. À tel point que j’ai dû physiquement renvoyer du CSU l’émissaire du ministère !", raconte Sandra Bertin qui dit avoir finalement envoyé par email une version PDF non modifiable et une autre modifiable de son rapport. 

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