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Attaques de loups : "patou", "turbo fladry"... Quelles armes ont les éleveurs ?

ÉCLAIRAGE - Les attaques de loups se sont multipliées ces dernières années en France. Des tirs de défense et de prélèvement ont été autorisés par les préfectures mais de quels autres moyens disposent les agriculteurs pour protéger leur troupeau ?

Une meute de loups (illustration)
Une meute de loups (illustration)
Alice Beckel
Alice Beckel

D'une petite dizaine en 1992 à plus de 2.000 en 2014, les attaques perpétrées par le loup ont considérablement augmentées ces dernières années. Rien d'étonnant pour Jean-Marc Landry - spécialiste de l'animal - l'espèce protégée par la Convention européenne de Berne est en phase d'expansion géographique, et donc démographique

Une cohabitation éleveur-loup difficile

En France, on estime que le loup représente entre 300 et 350 individus. Présent dans les massifs alpins et vosgiens l'animal est également en plaine comme ont pu le constater ces derniers mois les éleveurs meusiens sinistrés. Des assauts qui se comptent par milliers. Entre le 1er janvier et le 31 mai 2015, 1.974 victimes ont été enregistrées par les services du ministère de l'Environnement, près de 500 de plus qu'en 2013.

Face à ces charges sanglantes, les agriculteurs sont tentés de prendre les armes. Une solution que n'approuve pas Nicolas Simonet, président de l'Association de Secours et de Placement des Animaux (A.S.P.A Vosges). Pour cet amoureux de "tous les animaux, le bétail comme le loup", d'autres alternatives s'offrent aux éleveurs

Les filets de protection

Le maillage de ces barrières empêche le loup d'atteindre le troupeau. Cependant, la présence du loup entraîne souvent un mouvement de panique au sein du troupeau. "Les bêtes affolées veulent sortir, elles se jettent sur les filets, les affaissent, puis s'échappent et deviennent vulnérables", explique Nicolas Simonet.

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Sur les pentes accidentéesil est parfois difficile d'installer ces barrières mobiles et leur présence remet en cause le principe fondamental de liberté de mouvement prôné par le pastoralisme. 

Le patou

Le Plan Loup 2013-2017 déployé par le ministère de l'Environnement prévoit des aides financières pour faciliter l'acquisition par les éleveurs de chien de protection dont le coût à l'achat est estimé aux alentours de 450 euros auxquels s'ajoutent près de 1.000 euros de soins annuel. 

Le chien de montagne des Pyrénées est un moyen de protection ancestral utilisé dans le milieu pastoral pour se prémunir des attaques du loup. Au milieu des brebis, ce canidé au pelage blanc passe inaperçu. 
Cependant, le patou supporte mal la présence d'intrus dans le troupeau et de nombreux randonneurs curieux se sont fait mordre.

Le patou, figure emblématique du monde pastoral
Le patou, figure emblématique du monde pastoral Crédit : Wikipedia

Les rondes de nuit

Dans des zones où le loup est apparu, des brigades de volontaires arpentent les alentours des enclos, fusil à la main, pour effrayer le carnivore. Un rituel de prévention répété à chaque fois qu'une attaque se produit. Les week-ends le président de l'A.S.P.A Vosges et son équipe effectuent bénévolement des tours de garde avec les éleveurs d'ovins. Des rondes nocturnes épuisantes qui n'empêchent pas certaines attaques de se produire. 

Une solution précaire pour Nicolas Simonet qui déplore le manque de cohérence des aides politiques. "En France, les mesures de protection arrivent après les attaques." Le défenseur des animaux explique que dans l'Ouest Vosgien les premières attaques ont débutées en avril 2012. Les directives des autorités ont été envoyées aux paysans trois mois plus tard

"En France, les mesures de protection arrivent après les attaques."

Nicolas Simonet, président de l'A.S.P.A Vosges
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Une solution venue des États-Unis : le turbo fladry

Le président de l'association vosgienne expérimente depuis plusieurs années un nouveau système de protection des troupeaux, le turbo fladry. Commercialisé aux États-Unis, son principe est simple : sur un fil électrique des bandelettes de plastique ou de tissus sont disposées tous les 30 centimètres. Le dispositif placé autour de l'enclos effraie les loups grâce aux mouvements des morceaux de plastiques et au bruit qu'il diffuse. Si jamais le prédateur décide de passer en dessous du turbo fladry - devant un filet trop haut, le loup ne saute pas de peur de s'entailler le ventre - il sera victime d'une décharge électrique équivalente à 8 ampères. 

Nicolas Simonet expérimente actuellement cet outil sur une parcelle d'un agriculteur de Midrevaux (88). Installé en juin 2013, le cheptel attaqué à plusieurs reprises n'a plus subi les assauts de prédateur contrairement à d'autres troupeaux situés à quatre kilomètres et malgré une longue panne électrique du système. "Le loup a peut-être reçu une décharge, il a donc perçu cet enclos comme quelque chose de néfaste", conclut le militant. 

Un turbo fladry a été installé autour d'un enclos à Midrevaux (88)
Un turbo fladry a été installé autour d'un enclos à Midrevaux (88) Crédit : A.S.P.A Vosges

Malgré des tests concluants le système peine à séduire les agriculteurs lorrains même si Nicolas Simonet constate un changement des mentalités dans le monde agricole vis-à-vis des alternatives aux tirs "Avant les éleveurs que l'on rencontrait voulaient tuer le loup, désormais ils sont plus ouverts à la discussion."

Avant les éleveurs que l'on rencontrait voulaient tuer le loup, désormais ils sont plus ouverts à la discussion

Nicolas Simonet, président de l'A.S.P.A Vosges
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Le président de l'A.S.P.A Vosges prend un ton plus amer lorsqu'il évoque l'attitude du monde politique. Les deux turbo fladry installés dans son département ont été financés par des associations. Aucune subvention n'a été accordée pour ce système toujours en phase d'expérimentation. Un refus justifié en partie par l'impact sur l'environnement des bandelettes de plastique "Ils me disent, ça pollue !", affirme Nicolas Simonet.


Les conditions climatiques hivernales détériorent les bandelettes et de petits morceaux peuvent être ingérés par les bêtes. Le défenseur des animaux a donc décidé de substituer le tissu au plastique. Mais la tâche est très laborieuse. "Il a fallu 16 heures de travail a une bénévole pour coudre 400 mètres de turbo fladry."

Il a fallu 16 heures de travail a une bénévole pour coudre 400 mètres de turbo fladry

Nicolas Simonet, président de l'A.S.P.A Vosges
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Une entreprise colossale qui ne le décourage pas. Avec son association il souhaite produire 6 kilomètres de turbo fladry pour les proposer aux propriétaires de bétails lorrains et également soumettre cette alternative, moins polluante que la précédente, aux préfectures des départements en charge de délivrer les subventions pour les protections contre le loup. 

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