3 min de lecture Uber

"Ubérisation" de l'économie : quel est le sens réel de cette expression à la mode ?

ÉCLAIRAGE / INTERVIEW - Ce néologisme figure parmi les mots les plus employés de l'année 2015. L'usage qui en est fait n'est toutefois pas toujours approprié.

Un conducteur de VTC manifeste contre Uber à Paris, le 13 octobre 2015.
Un conducteur de VTC manifeste contre Uber à Paris, le 13 octobre 2015.
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
Journaliste

Ubérisation de l'économie, des transports et même de la santé... Employé pour la première fois par le PDG de Publicis, Maurice Lévy, en décembre 2014, le terme "ubérisation" n'a cessé d'alimenter les débats et les conversations de l'année 2015. Le publicitaire s'inquiétait alors du succès de l'entreprise de voitures avec chauffeurs, Uber, concurrence directe aux chauffeurs de taxi, qui a généré plusieurs mouvements sociaux depuis sa naissance. En prononçant ce mot, Maurice Lévy a popularisé une expression de plus en plus utilisée mais, parfois, de façon inappropriée.

L'ubérisation renvoie, de façon générale, à "la transformation de l'activité économique traditionnelle", comme l'expose Boris Descarrega, responsable d'études socio-économiques à l'Observatoire Société et Consommation (Obsoco) contacté par RTL.fr. Elle se produit sous l'impulsion de l’innovation numérique et de la mise en réseau des consommateurs. L'activité qu'elle suppose peut souvent être associée à un travail informel effectué par les consommateurs eux-mêmes. 

L'ubérisation côtée en bourse

L'ubérisation peut faire référence à la nouvelle concurrence qui s'installe dans un contexte déjà difficile pour les acteurs historiquement établis. "L’expression d’ubérisation synthétise assez bien les enjeux engendrés par l’émergence des acteurs de l’économie collaborative, affirme Boris Descarrega. On peut dire que le secteur de l’hôtellerie s’est fait "ubériser" par Airbnb. D’autres exemples valables pourraient être ceux de la SNCF et de BlaBlaCar qui se battent sur le marché des trajets de longue distance, ou celui des auto-écoles, 'uberisées' par des acteurs tels que OuiDrive ou Ornikar", illustre l'expert.

Il ne faut pas sous-estimer les évolutions qui sont en cours

Boris Descarrega (L'ObSoCo)
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Boris Descarrega présente l'ubérisation comme "l'arrivée d’un nouvel entrant qui vient bousculer un marché donné, issu de l’univers du numérique et de l’économie collaborative, et qui utilise le travail indépendant, voire le travail des particuliers, comme le fait BlaBlaCar ou Airbnb". Selon lui, "il ne faut pas sous-estimer les évolutions qui sont en cours. Des sociétés comme celles-ci, qui n’existaient pas il y a quelques années, font déjà l’objet d’une valorisation boursière qui se compte en milliards d’euros". 

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Les nouveaux modèles économiques que les sociétés précitées ont développé remettent en cause les fondements traditionnels de l'économie. Cela ouvre un débat sur le travail, les formes qu'il peut prendre et le modèle social qui l’entoure. "L'ubérisation remet également en question la manière dont nous comptabilisons la richesse créée par l’activité économique,une grande partie de l’économie collaborative échappant à la comptabilité nationale", précise Boris Descarrega. 

L'ubérisation n'est pas l'évolution de l'économie

Un néologisme est généré par les individus qui l’utilisent. Sa définition n'est pas établie et peut donc varier selon les contextes. "Il est difficile de se faire la police de l’emploi d’une telle expression. Toutefois, son sens me semble fréquemment galvaudé, notamment lorsqu’il se veut synonyme d’innovation, glisse Boris Descarrega. Il est, à mon sens, très mal employé quand utilisé pour désigner la moindre évolution dans l’économie". 

L'usage de "ubérisation" diminuera très probablement quand le constat qu’il décrit sera devenu une évidence.

Boris Descarrega (L'ObSoCo)
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Les spéculations vont bon train sur l'entrée du terme "ubérisation" dans le dictionnaire. De son côté, Boris Descarrega considère que "le dictionnaire doit faire état du langage tel qu’il est parlé par les gens" et devrait donc inclure ce nouveau mot en vogue. L'arrivé d'"ubérisation" dans le dictionnaire permettrait notamment de fixer une définition précise pour éviter que son sens se délite comme c'est déjà le cas.

Si l'emploi du mot "ubérisation" pourrait ralentir avec le temps, le concept auquel on l'associe ne fait qu'émerger, d'après Boris Descarrega : "Le terme d’ubérisation est fréquemment employé parce que le développement de l’économie collaborative est encore relativement récent et entraîne des problématiques nouvelles. Son usage diminuera très probablement quand le constat qu’il décrit - l’émergence des acteurs de l’économie collaborative - sera devenu une évidence".

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