3 min de lecture Paris

"No go zone" à Paris : une brasserie branchée face aux clichés

En plein Barbès, face à Tati, un nouvel établissement ouvre ses portes, loin des stéréotypes.

La brasserie Barbès, dans le XVIIIe arrondissement de Paris
La brasserie Barbès, dans le XVIIIe arrondissement de Paris Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
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La rédaction numérique de RTL
et AFP

Ils ont déjà ouvert des affaires prospères dans des quartiers qui montaient à Paris : Pigalle ou le Faubourg Saint-Denis. Cette fois, deux associés auvergnats installent une immense brasserie au coeur de Barbès. Symbole de la lente mutation de ce quartier populaire et cosmopolite de Paris, une brasserie branchée sur quatre niveaux ouvre ses portes ce jeudi 30 avril, en bordure d'une des "no go zone" montrées du doigt par Fox News.

De grandes verrières donnant à voir le spectacle urbain tout en isolant du bruit, une terrasse à toit ouvrant, un bar à cocktail, un "roof top" - bientôt ouvert au public - avec une vue imprenable sur Montmartre et l'élégant viaduc du métro aérien. "La Brasserie Barbès" s'annonce comme l'adresse chic et tendance du quartier, où prolifèrent plus volontiers boutiques de téléphonie, magasins de textile bon marché et vente à la sauvette.

En face du Louxor et de Tati

L'association "Action Barbès" a été la première à avoir l'idée d'implanter un café à l'emplacement du magasin discount Vano, ravagé par un incendie en 2011, rappelle son vice-président Frédéric Rémongin. La mairie du XVIIIe a repris l'idée à son compte et joué les facilitateurs.

Implanté au carrefour des boulevards Barbès et de La Chapelle, l'établissement fait face au cinéma le Louxor - inauguré il y a deux ans après des années de déshérence -, et aux magasins de vêtements Tati. Devant ses portes, les trafiquants de cigarettes font leurs affaires malgré la pression policière, tandis qu'à deux pas, rue Caplat, un "marché aux voleurs" s'improvise quotidiennement.

Pas de commerces de proximité dans le quartier

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Derrière la brasserie, au nord-est du carrefour, s'étendent la Goutte d'Or et sa Zone de sécurité prioritaire, rendues célèbres par Fox News. Après les attentats du mois de janvier, la chaîne de télévision américaine avait créé la polémique en présentant plusieurs quartiers de Paris comme des zones de non droit interdites aux non-musulmans, des "no go zones". 

Pas de quoi impressionner les deux propriétaires, Pierre Moussié, 37 ans, et son associé Jean Vedreine, 31 ans. Pour eux, le quartier souffre moins de la délinquance que de l'absence de "lieux de vie".

"Les gens ont une très mauvaise image du quartier (...) C'est dû au fait qu'il ne se passe pas grand-chose dans les rez-de-chaussée. L'extinction des feux à 19h00, c'est ça qui rend ce quartier triste !", décrit Pierre Moussié, qui note aussi l'absence de boulangerie, de commerce de bouche ou de bureau de tabac à proximité immédiate du métro.

Lancé par deux Bougnats

Absent de la carte de la vie nocturne parisienne, Barbès recèle pourtant un énorme potentiel, selon les deux trentenaires originaires du Cantal. "Historiquement, c'était un quartier de fête (...) On est à deux pas de la gare du Nord, dans le centre de Paris !" Un café, le Rousseau, se trouvait d'ailleurs à l'emplacement même de la brasserie il y a 35 ans.

Autre atout : la clientèle est déjà sur place, affirme le duo. "Les gens sont là, le quartier est déjà gentrifié (embourgeoisé, ndlr). On s'en rendra compte quand on les verra sortir du café", affirme Pierre Moussié, qui s'est fait une spécialité de s'implanter dans des quartiers en devenir... et de contribuer à en changer la physionomie.

Barbès et la Goutte d'Or ont entamé depuis longtemps leur mue urbaine et sociologique, les couches populaires laissant progressivement la place aux classes moyennes, malgré la construction massive de logements sociaux.

"Boboïsation" de Barbès

Une première phase de rénovation a débuté en 1985, avec la démolition de 1.400 logements et la construction de 800 logements sociaux dans la partie sud de la Goutte d'Or. Une seconde phase, commencée avec l'élection de Bertrand Delanoë en 2001, et visant à éradiquer l'habitat insalubre dans la partie nord, est en voie d'achèvement, selon le maire PS du XVIIIe Eric Lejoindre.

Plusieurs lieux culturels ont vu le jour grâce à la ville : le Louxor et le centre musical Barbara-Fleury-Goutte-d'Or, en 2008. La mairie a également oeuvré à l'implantation de la librairie Gibert, boulevard Barbès.

Des habitués des quartiers qui montent

Pierre Moussié n'en est pas à son coup d'essai. À son actif, l'ouverture il y a neuf ans de "Chez Jeannette", rue du Faubourg-Saint-Denis (Xe). Et, en association avec Jean Vedreine, celles du "Sans Souci" et du "Mansart", deux établissements pionniers du nouveau Pigalle nocturne. Pour Barbès, les deux complices ont vu grand, 750m2 au total, alors qu'ils étaient jusqu'ici "plutôt sur de petits bars de quartier".

"Le pari, c'est moins le quartier que la taille de l'affaire. Mais on est tout seuls !", s'enthousiasment-ils.

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