2 min de lecture Polémique

Musée du Louvre : quand le mécénat a mauvaise presse

DÉCRYPTAGE - Une manifestation s’est tenue lundi devant le musée du Louvre, pour réclamer à l'institution de prendre ses distances avec la famille Sackler, de riches mécènes américains dont le laboratoire est l'un des responsables de la crise des opiacés.

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Polémique : le Louvre doit-il renoncer à l'argent des opiacés ? Crédit Image : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Thomas Pierre

Ils n’étaient que quelques dizaines de manifestants lundi 1er juillet devant le Louvre, mais ils ont relayé un mouvement qui a frappé bon nombre des plus grands musées mondiaux. Le Met et le Guggenheim de New York, la Tate modern de Londres notamment viennent de débaptiser certaines de leurs salles qui portaient le nom de Sackler. 

Sackler, c’est le nom de l’un des plus grands mécènes au monde, et aussi celui d’une famille de l’industrie pharmaceutique qui pèse plus de 10 milliards. Les Sackler possèdent notamment Purdue, le fabricant d’un anti-douleur dérivé de l'opium, l’Oxycontin. Des produits qui ont déclenché une crise sanitaire sans précédent aux États-Unis.

Une véritable épidémie de consommation de ces médicaments, extrêmement addictifs, qui tue, aux États-Unis, plus que les homicides et les accidents de la route réunis : plusieurs dizaines de milliers de morts par an. Purdue est accusé d’avoir délibérément minoré les risques de la consommation de ces produits, pour en vendre davantage. 

Plus d'un millier de procès contre Sackler

L’entreprise est sous le coup de plus d’un millier de procès, certains étant intentés par les états américains comme celui de New York, du Massachussets ou celui de l'Oklahoma, auquel elle a payé tout récemment 270 millions de dollars. Alors elle se défend en expliquant qu’elle ne produit qu’une petite partie des produits incriminés, et c’est vrai qu’il y en a beaucoup qui arrivent en contrebande, de Chine notamment. 

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Elle se réfugie aussi derrière les médecins, en arguant que ce sont eux qui prescrivent. On a ainsi identifié tout récemment un médecin qui avait fait plus de 300.000 prescriptions. Reste que le fabricant a une responsabilité éminente dans la diffusion de ces drogues.

En 1996, alors qu’on n’était pas du tout conscient de tout cela, le Louvre a en effet accepté de l'argent de la famille Sackler. Et tous les grands musées mondiaux l’ont fait. Ils s’en détournent aujourd’hui, sans pour autant rendre l’argent. 

De grandes universités américaines avaient aussi accepté des dons, en contrepartie de la création de chaires qui portent le nom de la famille incriminée, au titre du mécénat, des universités parmi les plus prestigieuses. 

L' "aile Sackler" du Louvre débaptisée?

Ce sont ces dons qui sont aujourd'hui contestés par les activistes, en particulier par une photographe américaine, qui a été elle-même accro aux opioïdes et s'est investie dans la croisade anti-sackler. Elle estime que le mécénat a été une façon, pour la famille des industriels de l'opium, de blanchir l'argent qu'elle a gagné en commercialisant sans retenue un produit potentiellement mortel.

Mais au moins le donateur incriminé ne profite-t-il plus de la publicité que lui a faite son versement aux grand musées anglo-saxons. On va bien voir ce que fait le Louvre. Il est probable qu'il débaptise, lui aussi, les salles concernées, non pas tant à cause de la manifestation de lundi 1er juillet que parce que ses homologues de New York et de Londres l'ont déjà fait. 

Une affaire qui va rendre les Musées encore plus attentifs à la provenance de l'argent dont ils profitent, surtout s'il y a en contrepartie une réduction d'impôts pour le mécène, comme c'est le cas aux États-Unis et en France. Car on voit le mécénat comme une transaction à sens unique, du mécène vers le musée. Mais le mécène achète en réalité un service immatériel, un brevet de respectabilité, cédé en contrepartie du don monétaire. Brevet qui ne peut pas être vendu à n'importe qui...

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