5 min de lecture Présidentielle 2017

Primaire de la gauche : où sont passées les femmes au PS ?

DÉCRYPTAGE - Alors que les électeurs de gauche sont sur le point d'élire leur candidat à la présidentielle, les femmes - dans cette élection - brillent par leur quasi-absence.

Les sept candidats de la primaire de la gauche
Les sept candidats de la primaire de la gauche Crédit : AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte

François Hollande avait promis d'être le président de la parité. Candidat du Parti socialiste en 2012, il avait écrit noir sur blanc cette promesse : "Je renforcerai la parité entre les femmes et les hommes en alourdissant les sanctions financières contre les partis politiques qui ne la respectent pas". Son gouvernement, le président de la République s'est forcé à le composer à 50% de femmes. Promesse quasiment tenue selon le site de fact-checking, "Lui président". Malgré ces discours, force est de constater que, cinq ans plus tard, le successeur de François Hollande - en tant que candidat du Parti socialiste - n'a aucune chance d'être une femme.

Sylvia Pinel, présidente du Parti radical de gauche, s'est greffée à la primaire de la gauche de janvier 2017. À cette occasion, la seule femme candidate est entourée d'une flopée d'hommes portant en majorité les couleurs du PS : Manuel VallsVincent PeillonArnaud Montebourg et Benoît Hamon. Pas de femmes côté candidats. Et côté programmes ? François Hollande (presque) parti de l'Élysée, les femmes sont-elle les oubliées des socialistes ? 

L'absence de candidate

Pourquoi la parité si chère à François Hollande est-elle passée aux oubliettes de cette "belle alliance" ? "Une primaire, c'est une bataille dans un parti pour le pouvoir", explique la présidente de Politiqu'elles, une association qui œuvre à la promotion des femmes dans la société et lutte contre le sexismeFatima El Ouasdi, contactée par Girls. "Les partis sont des appareils à reproduction d'une élite d'hommes. Les femmes ont du mal à s’imposer, à avoir des responsabilités, estime-t-elle. Pas étonnant que des hommes soient les seuls à représenter le parti".

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Les primaires sont des élections qui n'ont pas nature à faire émerger des femmes

Maud Navarre, sociologue
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Maud Navarre, sociologue spécialisée sur le sujet des femmes et de la parité en politique, confirme. "Les primaires sont des élections qui n'ont pas nature à faire émerger des femmes. Les candidats représentent des grandes tendances, postes occupés en grande majorité par des hommes. Cela fonctionne comme cela dans tous les partis", ajoute l'auteure de La Parité (ouvrage publié aux éditions Universitaires De Dijon Eds, 2016).

Une exception socialiste ?

Il y a quelques semaines, la droite choisissait elle aussi son représentant à la présidentielle. Nathalie Kosciusko-Morizet était alors la seule candidate - et la plus jeune - à se présenter face à François Fillon, Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé et ce, malgré ses certitudes de défaite. Son objectif : peser dans le débat. Une position que l'on retrouve chez Sylvia Pinel, selon Fatima El Ouasdi : "Sa candidature est hasardeuse. Elle se présente pour des échanges de circonscriptions, par exemple".

Les appareils partisans détruisent la volonté des femmes

Fatima El Ouasdi, présidente de Politiqu'elles
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Même si les femmes semblent (presque) invisibles du débat présidentiel, Maud Navarre reconnaît une amélioration pour les législatives de 2017. Selon la sociologue, "les partis jouent plus le jeu" des quotas, fixés à 50% de femmes candidates. "Pour cette nouvelle élection, les sanctions financières ont été élevées", rappelle cependant Maud Navarre.

Fatima El Ouasdi dénonce quant à elle une "parité de façade" où "les femmes sont préposées dans des circonscriptions qui ont peu de chances d'être gagnées". Une tendance que la présidente de Politiqu'elles observe "dans tous les partis, pas seulement au PS." Les raisons ? "Les appareils partisans détruisent la volonté des femmes" explique-t-elle. Quand on est évincé, difficile de s'imposer et donc, de se retrouver en haut de la chaîne politique ou dans les préoccupations premières des candidats masculins.

La place des femmes dans les programmes

Qu'en est-il justement de ces préoccupations. Les femmes sont-elles aussi présentes dans le discours des candidats à la primaire que dans celui de François Hollande il y a 5 ans ? Sur le papier, la réponse est oui. Manuel Valls affirme par exemple vouloir "agir concrètement pour l’égalité entre les femmes et les hommes", Vincent Peillon propose une Assemblée nationale élue au scrutin proportionnel dans les grandes régions, pour favoriser "une présence paritaire de femmes et d’hommes", tandis qu'Arnaud Montebourg se déclare "favorable à l'ouverture des couples de femmes à la PMA" et Benoît Hamon veut "en finir avec les inégalités salariales"

Faisant d'abord la sourde oreille aux sollicitations de Politiqu'elles, ces candidats se succèdent aujourd'hui en entretien avec Fatima et son équipe. À la quasi-veille du débat, l'association s'entretenait avec les deux porte-paroles de Benoît Hamon afin de débattre du programme de son candidat. Un entraînement avant le jour J ? Une manière de payer les pots cassés du quinquennat Hollande ?

Le bilan du mandat de François Hollande

Car si les femmes étaient "au cœur du programme de François Hollande", souligne Fatima El Ouasdi, ce dernier n'a pas tenu sur la durée. Il a notamment supprimé le ministère des Droits des femmes pour le remplacer d'abord par un Secrétariat d'État avant de l'englober dans un ministère des "Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes". Fatima El Ouasdi estime que "cela réduit l'importance donné aux femmes" en politique.

La militante nuance cependant son propos en qualifiant le bilan de François Hollande de "pas si mal" sur ce sujet-là. Elle cite comme exemples la loi du 4 août 2014 dite "pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes" mais aussi la campagne "Sexisme, pas notre genre" ou encore la grâce de Jacqueline Sauvage.

Des initiatives politiques pour faire avancer les choses à pas de fourmi dans une société où il est toujours difficile pour les femmes de s'imposer en leader politique. À l'exception d'une élue qui, selon Fatima El Ouasdi, a toutes ses chances de briller en mai prochain :"Ce qu'il faut retenir de cette présidentielle, explique-t-elle, c'est que la seule femme candidate à la présidentielle sera très probablement Marine Le Pen. De même, il y a une grande chance que cette femme soit élue à la tête de la France en 2017."

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2017-01-12 17:01:00
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