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Le féminicide, un homicide "pas comme les autres" ?

ÉCLAIRAGE - Sur Twitter, plusieurs internautes demandent au gouvernement d'agir contre les féminicides, ces meurtres de femmes parce qu'elles sont... des femmes.

Sur Twitter, des internautes utilisent le hashtag #JESUISFEMINICIDOPHOBE depuis le début du mois de novembre
Sur Twitter, des internautes utilisent le hashtag #JESUISFEMINICIDOPHOBE depuis le début du mois de novembre Crédit : iStock / Getty Images Plus
ArièleBonte
Arièle Bonte

Le "meurtre d'une femme parce qu'elle est une femme". C'est la définition du "féminicide", un mot construit sur la même base que "génocide" ou "homicide", donnée par Diana Russell en 1992 dans son livre entièrement dédié à cette problématique et intitulé Feminicide, The Politics of Woman Killing. Le terme, inventé par Carol Orlock dans les années 70, a pour objectif de démontrer le caractère misogyne de certains meurtres de femmes et de filles. En nommant le problème, Diana Russel est persuadée que l'on peut mieux se rassembler et le combattre.  

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), de son côté, caractérise le féminicide selon quatre types : l'intime (commis par un partenaire ou ex), le non intime (qui peut être commis au hasard), le crime d'honneur (lorsqu'un membre de la famille tue une femme ou une fille pour avoir commis une transgression sexuelle ou comportementale), lié à une dot (par la famille de la future mariée si le poids de la dot est jugé trop important ou par sa belle famille si la dot n'a pas été suffisante).

Les Françaises ne sont pas épargnées par les féminicides, dont la définition a été introduite dans Le Robert en 2015 seulement.

"144 féminicides depuis début janvier ! Ça suffit le carnage ! Il y a urgence", a écrit sur Twitter Sofia IOI, une activiste et militante féministe. Elle fait partie de celles et ceux qui utilisent le hashtag #JESUISFEMINICIDOPHOBE depuis le début du mois de novembre.

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L'objectif ? Interpeller Marlène Schiappa, secrétaire d'État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, pour demander une prise en charge du gouvernement sur la question des féminicides en France. À la différence de plusieurs pays d'Amérique latine (Pérou, Brésil ou Mexique) et d'Europe (Espagne, Italie), ces meurtres de femmes ne sont pas caractérisés dans notre Code pénal, malgré les demandes d'associations comme Osez le féminisme pour qui les "féminicides ne sont pas des homicides comme les autres" et doivent être traités et jugés comme tel.

Reconnaître le féminicide pour "donner une visibilité à ce meurtre sexué" ?

En janvier 2016, l'Assemblée nationale avait cependant organisé une table ronde autour de cette question. "En France, les circonstances aggravantes sont prévues en cas d’infraction commise" par l'(ex) conjoint ou partenaire, "mais pas en cas de féminicide à proprement parler", rappelait alors Dominique Guillien, vice-présidente de la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF). Cette dernière se prononçait alors pour "l’introduction du terme 'féminicide' dans la loi comme circonstance aggravante à raison du genre de la personne tuée", peut-on lire dans le rapport complet de l'Assemblée nationale.

Pour Antoine Fabre, avocat au barreau de Versailles présent lui aussi lors de cette table ronde, cette notion "sous-entendrait qu'il est moins grave de tuer un homme qu'une femme", rapportait Le Parisien. Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV), jugeait quant à elle qu'il s'agit surtout d'un symbole de reconnaissance du crime : "Les violences faites aux femmes restent peu visibles. Aussi la reconnaissance du crime de féminicide donnerait-elle une visibilité à ce meurtre spécifiquement sexué", dans un contexte où parfois les magistrats même n'identifient pas correctement tous les enjeux derrière les violences conjugales. 

Lors de cette table ronde, le nom de Jacqueline Sauvage, qui a tué son mari après des années de violences et d'abus, était cité plusieurs fois comme exemple d'incompréhension des violences conjugales dans le système judiciaire français. 

Une activiste lors d'une manifestation contre les féminicides au Mexique, le 1er novembre 2017
Une activiste lors d'une manifestation contre les féminicides au Mexique, le 1er novembre 2017 Crédit : YURI CORTEZ / AFP
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ÉCLAIRAGE - Sur Twitter, plusieurs internautes demandent au gouvernement d'agir contre les féminicides, ces meurtres de femmes parce qu'elles sont... des femmes.
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2017-11-16 07:12:00
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