Nucléaire : les 4 affaires qui ont plombé Areva

L’entreprise française du nucléaire a annoncé une perte de 2 milliards d’euros vendredi 26 février. Une situation dramatique qui découle en grande partie des erreurs stratégiques accumulées durant ces 15 dernières années.

Le siège d'Areva à La Défense à Paris
Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Le siège d'Areva à La Défense à Paris

Dans les années 2000, Areva était le fer de lance du nucléaire français. Aujourd’hui, l’entreprise agonise. Vendredi 26 février, la firme a annoncé avec un jour de retard une perte nette de 2 milliards d'euros pour 2015. Une perte due en partie aux coûts de sa restructuration. Les résultats publiés par Areva attestent de la gravité de la situation.

L’État a pourtant tout fait pour voler au secours de l’entreprise exsangue. Dans la nuit du jeudi 25 février, le gouvernement français a tenté de négocier un délai supplémentaire de plusieurs mois avec les banques pour qu'Areva rembourse l’un de ses emprunts. Un plan de sauvetage complexe devrait être mis en œuvre par l'État. Celui-ci sera largement aux frais des contribuables. Une manœuvre politique de dernière minute à la hauteur de la situation catastrophique de l’entreprise, aujourd’hui empêtrée dans ses erreurs passées.

1 - L’EPR en Finlande

Au début des années 2000, la Finlande souhaite démarrer la construction d'une nouvelle centrale nucléaire à Olkiluoto, gérée par la compagnie d'électricité finlandaise TVO. Elle lance alors un appel d'offres pour l'installation d'un réacteur nucléaire, remporté par Areva.

En 2003, l’entreprise française s'engage à finir l'installation d'un réacteur pressurisé mi-2009. Mais les problèmes techniques s'accumulent et d'échéance en échéance, la fin du chantier est reportée à 2011, puis 2012... Et finalement à 2018, soit neuf ans après la date de livraison initiale. La société TVO réclame alors des pénalités de retard à Areva : selon Le Figaro, l’entreprise devrait avoir besoin de 4 à 4,5 milliards d'euros pour éponger ce retard.

2 - Le scandale d’Uramin

L’affaire Areva-Uramin reste à ce jour l'un des plus grands fiascos industriels français et l’un des éléments qui ont le plus pesé dans la déroute de l’entreprise. En 2007, Areva, détenue à 87% par l’État, rachète Uramin, une petite entreprise minière canadienne pour 1,8 milliard d’euros. Elle investit également 1,25 milliard dans le développement de son gisement en Namibie, avant que ses dirigeants s’aperçoivent, trois ans plus tard, que les mines renfermaient en fait beaucoup moins d’uranium que prévu. Résultat: trois milliards d’euros d’argent public partent en fumée.

3 - Fukushima et la baisse d’intérêt pour le nucléaire

La catastrophe de Fukushima de 2011, aux effets comparables à ceux de Tchernobyl, mène le Japon à réduire considérablement son recours à l'énergie atomique. Une direction qu’empruntent d’autres pays dont l’Allemagne, qui annonce un plan de sortie du nucléaire en mai 2011. Les conséquences ne se font pas attendre : des commandes sont annulées tandis que Philippe Knoche, l’actuel PDG d’Areva, reconnaît une "stagnation durable des activités nucléaires".

4 - Une diversification d’activités infructueuse

Pour tenter de redresser la barre, l’ex-PDG Anne Lauvergon tente, dès 2010, de diversifier les activités d’Areva en intégrant les énergies renouvelables. Là encore, c'est un échec cuisant : la part de ces nouvelles énergies peine à atteindre les 6% du chiffre d’affaires du groupe car l’éolien s’avère gourmand en capitaux et l’énergie solaire finalement moins rentable que prévu.

À ces dossiers, il faut ajouter un contexte de concurrence féroce pour Areva. D'abord une concurrence internationale : fin 2009, la France perd un marché qui représente plus de 20 milliards de dollars à Abou Dhabi au profit de la Corée du Sud. Mais également une concurrence venue de l’intérieur : si EDF rachète une part d’Areva en 2015, la situation catastrophique de cette dernière tient en partie à leurs relations très tendues. Entre les deux groupes français, c’est une véritable guerre fratricide, cristallisée par les vives tensions entre leurs ex-patrons, Anne Lauvergeon du côté d’Areva et Henri Proglio chez EDF.

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L’entreprise française du nucléaire a annoncé une perte de 2 milliards d’euros vendredi 26 février. Une situation dramatique qui découle en grande partie des erreurs stratégiques accumulées durant ces 15 dernières années.
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2016-02-26 18:17:57
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