Attentats à Paris : que sait-on des quatre équipes de terroristes impliquées ?

ÉCLAIRAGE - Moins d'une semaine après les terribles attaques terroristes, l'enquête a mis au jour les actes de quatre équipes distinctes.

Les forces de l'ordre sont intervenues dans Saint-Denis mercredi 18 novembre 2015
Crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP
Les forces de l'ordre sont intervenues dans Saint-Denis mercredi 18 novembre 2015

Après les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis qui ont fait au moins 129 victimes et plus de 350 blessés, les enquêteurs évoquent les actes de quatre équipes. Les trois premières ont lancé des attaques quasiment simultanées à Saint-Denis, dans des bars et restaurants des Xe et XIe arrondissements de Paris et au Bataclan vendredi vers 21h30. Six terroristes de ces commandos ont pour l'instant été identifiés par la justice française. L'un d'entre eux, Salah Abdeslam, est toujours recherché, soumis à un mandat d'arrêt international. La quatrième équipe, "prête à agir" dans le centre d'affaires de La Défense, était installée dans le centre historique de Saint-Denis. Mercredi, les forces du RAID et de la BRI y ont donné un assaut soldé par la mort de trois autres terroristes, dont Abdelhamid Abaaoud, cadre de l'État islamique présenté comme le maître d'oeuvre des opérations.

Les trois kamikazes au Bataclan

Vers 21h49 vendredi 13 novembre, trois terroristes sont arrivés au Bataclan à bord d'une Polo noire, faisant 89 victimes dans la salle de spectacle. Deux terroristes sont morts après avoir activé leurs ceintures explosives, un troisième a été abattu par les forces spéciales. Les enquêteurs connaissent l'identité des trois kamikazes.

Crédit : AFP
Le Bataclan vendredi 13 novembre 2015

- Omar Ismaïl Mostefaï, kamikaze fiché depuis 2010

Il a été le premier terroriste à avoir été identifié, dès samedi grâce à une empreinte relevée sur l'un de ses doigts arrachés. Né le 21 novembre 1985 à Courcouronnes (Essonne), ce Français de 29 ans s'est fait exploser à l'intérieur du Bataclan. Ces dernières années, il vivait dans le quartier de La Madeleine, à Chartres. "Il faisait sa vie comme un jeune de 25 ans", a témoigné sur RTL l'un de ses anciens voisins qui parle d'une personne "lambda".

Connu des services de police, il avait été condamné à huit reprises pour des délits de droit commun mais n'avait jamais été emprisonné. Depuis 2010, il faisait également l'objet d'une fiche S pour radicalisation, notamment parce qu'il fréquentait un islamiste radical dans une mosquée de Lucé (Eure-et-Loir). 

Les services de renseignement de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) n'avaient pas constaté de lien avec des filières terroristes. Il est néanmoins possible qu'il ait séjourné en Syrie entre 2013 et 2014. Plusieurs personnes de son entourage, dont son père et son frère qui nous a affirmé avoir coupé les ponts depuis plusieurs mois, ont été mises en garde à vue samedi 14 novembre.


- Samy Amimour, kamikaze visé par un mandat d'arrêt

Un des kamikazes morts au Bataclan et identifié lundi 16 novembre dans la matinée, Samy Amimour, 28 ans, s'était rendu il y a environ deux ans en Syrie après s'être radicalisé en France, selon sa famille. Né à Paris et originaire de Drancy, il avait été mis en examen en octobre 2012 pour association de malfaiteurs terroristes "après un projet de départ avorté vers le Yémen", et placé sous contrôle judiciaire, d'après le parquet de Paris. "Ce dernier avait violé son contrôle judiciaire à l'automne 2013 et un mandat d'arrêt international était délivré contre lui", a-t-il ajouté.

Samy Amimour, l'un des kamikazes du Bataclan

Samy Amimour se serait radicalisé dans une mosquée du Blanc-Mesnil, cité Casanova, un centre de recrutement connu et identifié par les services de renseignement. Lorsque son père apprend qu'il se trouve en Syrie, il décide de s'y rendre, en juin 2014, pour lui faire entendre raison. Après des recherches difficiles pour le retrouver, les retrouvailles entre les deux hommes sont "très froides", témoigne Azzédine, le père du jeune homme. "Il ne m’a pas emmené chez lui, ne m’a pas dit comment il s’était blessé à la jambe, ni s’il combattait…" Azzédine fait le chemin inverse après avoir découvert que son fils s’était marié et qu’il n’avait aucune volonté de rentrer en France où il aurait forcément fini en prison.

- Un troisième homme toujours non identifié

Un troisième assaillant a pris part à la fusillade du Bataclan, sans toutefois avoir été identifié pour le moment.

La deuxième équipe au Stade de France

Trois kamikazes se sont fait exploser entre 21h20 et 21h53 aux abords du Stade de France, pendant le match France-Allemagne, faisant une victime. On ne connaît, pour le moment, l’identité que de l’un d’entre eux avec certitude.

Crédit : AFP
Les spectateurs quittent le Stade de France vendredi 13 novembre 2015

- Bilal Hadfi, le kamikaze français du Stade de France

Ce jeune homme de 20 ans, né le 22 janvier 1995, s'est fait exploser aux abords du Stade de France, dans un fast-food. De nationalité française, mais résident belge, il semble être l'auteur d'une des deux dernières explosions, celles de 21h30 et 21h53. À l'instar d'Omar Ismaïl Mostefaï, il se serait rendu en Syrie entre 2013 et 2014. Le Washington Post avance, de source proche de l'enquête, qu'il aurait même combattu là-bas au service du groupe État islamique.

Bilal Hadfi l'un des kamikazes du Stade de France

Selon le quotidien flamand Het Laatste Nieuws, le jeune homme, fan de football, se serait radicalisé au printemps 2014 et était fiché en Belgique. Sur Facebook, Bilal Hadfi aurait lancé un appel en juillet pour mener des attaques contre l’Occident, et était ami avec Abou Isleym Belgiki, un Belge qui avait posé en juillet tout sourire à côté d'un corps décapité.

Ce jeudi 19 novembre, des perquisitions dans le quartier de Molenbeek ont permis l'interpellation de 9 personnes dont 7 seraient en lien direct avec les attentats de Paris dans le dossier de Bilal Hadfi.

- "Ahmad Al- Mohammad", l'homme au faux passeport syrien

Près du corps d'un des deux autres kamikazes du Stade de France, un passeport syrien a été découvert. Il appartient à un certain Ahmad al-Mohammad, âgé de 25 ans. Il aurait transité par l'île de Leros en Grèce où il a été contrôlé le 3 octobre. Il aurait aussi déposé une demande d'asile en Serbie. Il serait également passé par la Croatie, où il a été enregistré le 8 octobre dans le camp d'Opatovac.

Crédit : DR
Ahmad Al-Mohammad

Son nom est inconnu des services antiterroristes français. Des responsables américains et français doutent de l'authenticité du document. Mais la photo correspondrait bien au terroriste, laissant penser que le faux passeport a été fabriqué à son attention.

- Un troisième homme également contrôlé en Grèce

Le troisième kamikaze du Stade de France est un homme qui a été contrôlé le 3 octobre en Grèce, en même temps qu'un autre kamikaze qui s'était mêlé aux migrants fuyant la guerre en Syrie, a annoncé vendredi soir le parquet de Paris dans un communiqué. Cet homme, "qui s'est fait exploser" le 13 novembre "à 21H30 rue Rimet, porte H, à Saint-Denis, a été formellement identifié comme étant un individu dont les empreintes papillaires (digitales, NDLR) correspondent à celles relevées lors d'un contrôle en Grèce le 3 octobre 2015", a indiqué le parquet. "C'est lors de ce même contrôle que les empreintes du kamikaze s'étant fait exploser à 21H20 au Stade de France, porte D, avaient été relevées"

Les deux frères Abdeslam dans le 10e et le 11e arrondissement

Deux personnes au moins ont entamé à 21h25, vendredi 13 novembre, une tournée meurtrière à bord d'une Seat dans plusieurs rues du 10e et du 11e arrondissement de Paris, faisant au moins une quarantaine de victimes. 

Crédit : AFP
Les secours devant un bar du Xe arrondissement de Paris vendredi 13 novembre 2015

- Brahim Abdeslam, le kamikaze du boulevard Voltaire

Sans doute membre de l'équipe de terroristes qui a semé la mort dans des bars et des restaurants parisiens, ce kamikaze de 31 ans s'est fait exploser dans un bar du boulevard Voltaire (XIe arrondissement) au moment de passer une commande vers 21h40. Un attentat-suicide qui n'a tué personne, mais fait une quinzaine de blessés, dont un grave.


Français et résident belge, Brahim Abdeslam a loué la Seat noire retrouvée à Montreuil dans laquelle trois Kalachnikovs, onze chargeurs vides et cinq remplis ont été découverts. C'est ce véhicule qui avait permis aux terroristes d'attaquer plusieurs points en à peine onze minutes (21h25, 21h32 et 21h36). Mohammed, un de ses deux frères, a été interpellé en Belgique. L'autre, Salah, est activement recherché car soupçonné d'être le huitième terroriste de ces attentats.

- Salah Abdeslam, l'homme le plus recherché d'Europe

Le suspect-clé des attaques de vendredi. Qualifié d'homme "le plus recherché du monde" par le Timescet homme de 26 ans (né le 15 septembre 1989) serait le seul rescapé des huit assaillants. Sous le coup d'un mandat de recherche international, il fait l'objet d'un appel à témoins diffusé depuis dimanche 15 novembre. Il est soupçonné d'avoir conduit la Seat noire, déposé son frère Brahim Abdeslam puis ramené le véhicule à Montreuil. Il aurait également loué la Polo noire immatriculée en Belgique et saisie devant le Bataclan. 

Dans la foulée des attentats, Salah Abdeslam est rentré en Belgique. Il a demandé de l'aide, depuis Paris, à Mohamed Amri, un ami pour qu'il vienne le chercher, ce qu'il aurait fait, avec un troisième homme nommé Hamza Attou. Les gendarmes les ont même contrôlé à hauteur de Cambrai, mais aucun d'entre eux n'a été arrêté. Leur trace a ensuite été perdue. Une fois son identité découverte, la police belge a réalisé un coup de filet à Molenbeek, la commune bruxelloise où il vivait et qui est considérée comme une plaque tournante du djihadisme. Leurs gardes à vue ont été prolongées vendredi.

La planque de Saint-Denis

Cinq jours après les attentats suicide aux abords du Stade de France, cette ville populaire de 110.000 habitants, berceau historique de la Seine-Saint-Denis, était à nouveau touchée au coeur mercredi. À deux pas de la mairie et de la Basilique, nécropole des rois de France, le petit immeuble du 8 de la rue du Corbillon a été le théâtre pendant sept heures d'un assaut antiterroriste d'envergure qui a ciblé l'organisateur présumé des attentats du 13 novembre.

Crédit : THOMAS SAMSON AFP
Aux alentours de 4h20 du matin mercredi 18 novembre, des échanges de tirs ont éclaté à Saint-Denis

- Abdelhamid Abaaoud, le cerveau syrien des attentats

Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar al-Soussi, est soupçonné d'être le commanditaire des attaques. L'homme de 28 ans, radicalisé depuis des années, avait rejoint la Syrie et était présenté comme un cadre de l'État islamique pour le compte duquel il organisait des attentats en Europe et notamment en France. Repéré en Grèce par les services de renseignements étrangers (probablement américains), Abaaoud a réussi à rallier la France alors qu'il était visé par un mandat d'arrêt international, révélant des failles importantes dans le dispositif antiterroriste européen.

Crédit : AFP PHOTO / HO / DABIQ
Abdelhamid Abaaoud : les échecs de sa traque par les services secrets

Alertées par sa possible présence en région parisienne, les forces de police ont mené l'assaut dans un appartement de Saint-Denis où il se trouvait. Formellement identifié parmi les deux jihadistes tués, Abdelhamid Abaaoud a été abattu au cours d'une vaste opération menée pendant plus de 7 heures dans le centre de Saint-Denis. Son corps n'avait pas pu être identifié immédiatement en raison de son état suite à l'explosion provoquée par la mort de la première femme kamikaze sur le sol français et européen. Le soir des attentats, il a été filmé vers 22 heures par une caméra de la RATP à une station de métro de Montreuil, en banlieue parisienne.

- Hasna Aït Belahcen, la cousine d'Abaaoud

Les enquêteurs ont identifié vendredi à Saint-Denis, aux portes de Paris, un troisième corps découvert dans la nuit dans les décombres de l'appartement où Abdelhamid Abaaoud est mort mercredi lors de l'assaut policier. Il s'agit d'Hasna Aitboulahcen, cousine d'Abbaoud, identifiée par ses empreintes digitales, selon le parquet. Un sac à main contenant un passeport à son nom avait aussi été trouvé sur place.

 Cette jeune femme de 26 ans, au parcours encore trouble, vivait entre l'Île-de-France et la Moselle, où les habitants se souviennent d'elle comme d'une personne extravertie, loin des préceptes religieux de l'Islam radical. Mise sur écoute par les services de renseignement, c'est elle qui aurait permis aux autorités de retrouver la trace de Abdelhamid Abaaoud, qui l'appelait "cousine", sans qu'aucun lien de parenté n'ait pour le moment été prouvé.

- Un troisième corps non identifié

Les enquêteurs cherchent encore à identifier un troisième corps à Saint-Denis, les constatations étant compliquées par l'état déchiqueté des cadavres. 

- Sept interpellations lors de l'opération

Les autorités ont par ailleurs procédé à sept interpellations parmi les occupants de l'appartement et ses alentours. Les identités de la plupart de ces interpellés n'ont pas encore été données, mais celle d'un mystérieux "logeur" a bien été dévoilée. Jawad Bendaoud, qui s'est lui-même présenté devant les caméras pour dire qu'il s'agissait de son appartement, a reconnu être le logeur des terroristes, arguant toutefois qu'il n'était pas au courant de leurs intentions. Les policiers tentent aujourd'hui d'en savoir plus sur son degré d'implication mais l'homme peine à convaincre de son innocence en raison de son lourd passé judiciaire. En effet, plusieurs articles de presse relatent sa condamnation, en 2008, pour meurtre. 

Deux autres personnes ont par ailleurs été interpellées "sur la voix publique".

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2015-11-19 23:01:00
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