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Procès Jawad Bendaoud : trois semaines entre le rire et les larmes

RÉCIT - Le 24 janvier s'est ouvert l'un des procès les plus attendus de l'année en France. Il a pris fin mercredi 14 février avec la décision du tribunal de grande instance de Paris concernant les trois accusés, Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen.

Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud, lors de leur procès au tribunal de grande instance de Paris, ouvert le 24 janvier 2018
Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud, lors de leur procès au tribunal de grande instance de Paris, ouvert le 24 janvier 2018 Crédit : BENOIT PEYRUCQ / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Trois semaines entre le rire et les larmes. C'est le résumé synthétique de ces journées qui ont attiré tous les regards vers la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Le 24 janvier dernier s'était ouvert le procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen. Les deux premiers étaient poursuivis pour recel de malfaiteurs terroristes, le troisième, qui comparaissait libre, était accusé de non-dénonciation de crimes terroristes.

Mercredi 14 février, le tribunal a rendu son verdict : Jawad Bendaoud a été relaxé, Mohamed Soumah condamné à cinq ans d'emprisonnement et Youssef Aït Boulahcen écope lui de quatre ans de prison dont un avec sursis. Un jugement rendu après un long épisode houleux, plein de sentiments contradictoires et de scènes paradoxales, sur fond de l'épisode le plus meurtrier de notre histoire depuis la fin de la guerre : les attentats du 13 novembre 2015


C'est toute l’ambiguïté qui a animé la 16e chambre tous les après-midi à partir de fin janvier. Des gloussements provoqués par la défense des accusés souvent impudique et d'un franc-parler qui tranche avec l'instance de la justice qui se tient devant eux. Mais aussi des larmes lâchées par les proches des victimes et victimes directes des attentats et de l'assaut de Saint-Denis du 18 novembre 2015. 

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Des moments forts, comme celui où le frère de deux sœurs tuées à la Belle équipe s'avance vers le box et prend les mains de Jawad Bendaoud dans les siennes. Les deux hommes ont pleuré ensemble. "Ce procès, c'est la rencontre de deux mondes, a ainsi résumé l'avocat de Jawad Bendaoud et Youssef Aït Boulahcen, maître Xavier Nogueras, dans sa plaidoirie. La rencontre entre nous, une immense bourgeoisie, et ces gamins de cités qui ont une vie dans la drogue et la délinquance".

Une rencontre qui a créé un décalage entre ce qui est dit et ce dont on parle. L'escalope Boursin, la journée sous 7 grammes de cocaïne, le bœuf aux lentilles, Claude François, le business de drogues, Joey Starr et Daesh, Snoop Dog et Ben Laden, la casquette PSG, l'Auberge espagnole... 

Voilà le genre de détails qu'a dû énumérer et raconter Jawad Bendaoud pour convaincre le tribunal de son innocence, c'est à dire qu'il ne savait pas que les deux fuyards qu'il a hébergés une nuit, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, étaient des terroristes du 13 novembre. Une manière de "se disculper", explique encore son avocat dans sa plaidoirie. 

Même effet ressenti pour son co-accusé dans le box, Mohamed Soumah. Lui aussi se défend d'avoir su, un moment ou l'autre, qu'il allait mettre en contact la cousine du jihadiste le plus recherché d'Europe et Jawad Bendaoud. Il explique avoir juste "voulu la baiser". Dans ces termes. 

Des mots crus qui, pour les uns, sont une manière de faire le show, pour les autres, une preuve d'honnêteté sans artifice. Une manière de parler qui a amusé du monde, et qu'on leur aura aussi reproché. Comme on a reproché à Youssef Aït Boulahcen, à l'opposé, d'avoir un discours "policé" et des "propos calibrés".

Une personne a marqué tous les esprits par son absence. Une personnalité intrigante qui aurait pu faire la lumière sur l'affaire. Il s'agit d'Hasna Aït Boulahcen, sœur d'un des accusés et cousine d'Abdelhamid Abaaoud. Elle est décédée dans l'assaut après avoir aidé les deux terroristes à trouver refuge chez Jawad Bendaoud. La question à laquelle a dû répondre la justice dans ce procès, est : est-ce que les accusés savaient ? Et la personne qui aurait pu les mettre au courant, c'est Hasna Aït Boulahcen. D'où l'absence remarquée de la jeune femme, qui aurait pu être la clef de la vérité.

Un procès qui a aussi mis au devant de la scène l'éventuelle responsabilité de la mairie de Saint-Denis dans la prise en charge des victimes de l'assaut. Le nom de l'ancien adjoint au maire, Stéphane Peu, a notamment été cité pas maître Mouhou avocat des parties civiles, qualifié de "honte de la République".

Mais un procès qui a surtout permis de mesurer la folie que va engendrer celui du 13 novembre. Si celui de Jawad Bendaoud a été surmédiatisé, que va être celui de Salah Abdeslam et la quinzaine de prévenus qui devraient prendre place à ses côtés ? La procédure toujours en cours devrait se poursuivre au moins jusqu'au printemps 2019, selon François Molins. 

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RÉCIT - Le 24 janvier s'est ouvert l'un des procès les plus attendus de l'année en France. Il a pris fin mercredi 14 février avec la décision du tribunal de grande instance de Paris concernant les trois accusés, Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen.
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2018-02-14 15:23:00
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