3 min de lecture Justice

Jawad Bendaoud : clown en spectacle ou défense licencieuse ?

RÉCIT - Accusé de recel de malfaiteurs terroristes, celui que l'on surnomme le "logeur de Daesh" tient une défense qui fait sourire l'audience, beaucoup moins ses avocats, la ministre de la Justice, les victimes et le prévenu lui-même.

Jawad Bendaoud lors de son procès pour recel de malfaiteurs terroristes, le 26 janvier, avec sa veste de l'équipe du Borussia Dortmund
Jawad Bendaoud lors de son procès pour recel de malfaiteurs terroristes, le 26 janvier, avec sa veste de l'équipe du Borussia Dortmund Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

L'ambiance est parfois électrique, parfois grotesque, ou les deux. Le procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen (qui comparait libre), s'est ouvert le 24 janvier dernier. Mais ce n'est que le lendemain, quand les interrogatoires des deux premiers ont commencé, que la 16e chambre du tribunal correctionnel a changé de forme. 

De salle d'audience elle est devenue salle de théâtre où les acteurs principaux tiennent leur rôle à la perfection. L'audience s'indigne, ou rit. Les journalistes sortent leurs plus belles citations sur les réseaux sociaux et les articles sur cette défense vertigineuse se multiplient.

"Le Jawad comédie club", "Jawad Bendaoud a encore fait le show", "les 15 phrases insolites du logeur de Daesh" ou encore "les dix phrases les plus délirantes de Jawad Bendaoud à son procès", et même une vidéo "best of" accompagné d'un smiley qui pleure de rire. Certaines sorties des deux accusés sonnent en effet en décalage avec la salle du tribunal de grande instance où la Justice avec un grand J est faite. Une rupture qui donne lieu à des articles aux extraits fleuris. 

À lire aussi
L'islamologue suisse Tariq Ramadan justice
Tariq Ramadan, mis en examen pour viol, a été hospitalisé

De l'escalope Boursin à ses métaphores de couscous ou en évoquant Snoop Dog et Joey Starr, Jawad Bendaoud a une manière crue de raconter son week-end suivant les attentats du 13 novembre dans les moindres détails comme pour montrer qu'il n'a (plus) rien à cacher. De la jeune femme de 19 qu'il a mise enceinte, "un mannequin (..) Franchement la fille, je lui mets 9,5 sur 10" en passant par le "gros joint de beuh", "la coke", les "trois jours de fils du pute" d'Abdelhamid Abaaoud, ses relations avec les autres détenus qui l'appellent le "Jawad de BFM"... 

C'est sans doute ce franc-parler déconcertant, parfois graveleux et sans doute désobligeant, en rupture avec le langage tenu, voire soutenu, des autres personnes présentes, avocats, magistrats et journalistes, qui créé un sentiment d'amusement. 

Une défense loin de faire rire tout le monde

Mais tout le monde ne trouve pas ça drôle. Son comportement rapporté dans les médias, souvent avec des bouts de phrases choisis et sortis du contexte, a amené la ministre de la Justice à condamner l'accusé avant même le tribunal chargé de le faire, ou non. Sur RTL, dimanche 28 janvier, Nicole Belloubet a jugé l'attitude de Jawad Bendaoud "inqualifiable" et a promis une "sanction". 

Ce qui a fait bondir les avocats de la défense. "Nous craignons que ce comportement soit une atteinte à votre tribunal", a déclaré maître Xavier Nogueras qui souligne que la garde des Sceaux "n'est pas venue et réagit à des propos rapportés dans les médias et la presse. C'est une atteinte évidente à la présomption d'innocence".

Du côté des victimes aussi, le malaise se ressent. Sur la page Facebook 13 novembre : Fraternité et Vérité, Patricia Correia a fait le compte-rendu de ses impressions lors de l'audience du 25 janvier. Elle raconte s'être demandée "sur quelle planète" elle avait "atterri". "Tout ceci est grotesque, c’est un manipulateur, un excellent comédien", commente-t-elle encore.

Rigolez pas vous ! Venez à ma place vous allez voir si c'est drôle, ha ha ha

Jawad Bendaoud
Partager la citation

L'accusé lui-même ne semble pas prendre le procès sur le ton de l'humour. Rappelons qu'il risque jusqu'à 6 ans de prison, qu'il est privé de liberté depuis le 18 novembre 2015 au matin et son interpellation en direct à la télévision. 

Lundi 29 janvier, il a rappelé au tribunal qu'il n'a "pas touché un être humain depuis 27 mois, à part [mon] père et une call girl", qu'il lui arrive de passer des heures à pleurer, qu'il a passé deux semaines à l'isolement, "pire que le mitard" et que son frère croit qu'il devient fou. 

"Personne ne s'est rendu compte du traumatisme que moi j'ai subi", a-t-il osé jeudi dernier, provoquant l'ire de certaines associations de victimes. Mais il semble que l'hilarité provoquée par ses déclarations, à la fois dans les médias, sur les réseaux sociaux, et dans la salle qui accueille le procès, ne flatte pas tellement son ego. "Rigolez pas vous ! Venez à ma place vous allez voir si c'est drôle, ha ha ha", lance-t-il en fixant le box des journalistes face à lui.

Jawad Bendaoud est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes, soupçonné d'avoir logé les terroristes en fuite, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, en sachant qu'ils étaient recherché pour les attentats du 13 novembre 2015. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Justice Procès Attentats à Paris
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792045525
Jawad Bendaoud : clown en spectacle ou défense licencieuse ?
Jawad Bendaoud : clown en spectacle ou défense licencieuse ?
RÉCIT - Accusé de recel de malfaiteurs terroristes, celui que l'on surnomme le "logeur de Daesh" tient une défense qui fait sourire l'audience, beaucoup moins ses avocats, la ministre de la Justice, les victimes et le prévenu lui-même.
http://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/jawad-bendaoud-clown-en-spectacle-ou-defense-licencieuse-7792045525
2018-01-30 13:49:00
http://media.rtl.fr/cache/J_Rv7uDCUeJOTvnU3h4G8Q/330v220-2/online/image/2018/0130/7792045674_jawad-bendaoud-lors-de-son-proces-pour-recel-de-malfaiteurs-terroristes-le-26-janvier-avec-sa-veste-de-l-equipe.jpg