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"Vraiment pas bien au niveau du ventre" : comment les joueurs de la Coupe du monde se préparent pour jouer à plus de 2.000 mètres d'altitude au Mexique

Le match d'ouverture du Mondial prévu jeudi 11 juin entre le Mexique et l'Afrique du Sud se disputera à plus de 2.200m d'altitude. De quoi mettre les organismes à rude épreuve en raison d'une quantité d'oxygène plus faible, surtout si la phase d'acclimatation à ces conditions de jeu a été courte.

Vue aérienne du stade de Monterrey, qui accueille plusieurs matchs de la Coupe du monde au Mexique, le 18 janvier 2025.

Crédit : Julio Cesar AGUILAR / AFP

Gabriel Joly

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Quand on parle de sport à 2.200m d'altitude, on imagine plus le peloton du Tour de France grimper le col du Tourmalet qu'un match d'ouverture d'une Coupe du monde de football. Et pourtant, c'est bien à ces hauteurs que va se disputer la rencontre inaugurale du tournoi planétaire entre le Mexique et l'Afrique du Sud jeudi 11 juin à l'estadio Azteca de Mexico (diffusée en clair sur M6 et en streaming sur M6+, 21h).

Devant leurs fans habitués à mettre le feu en tribunes, les co-hôtes du Mondial seraient probablement partis favoris, y compris en cas d'opposition au niveau de la mer. Mais cette donnée leur confère un avantage de plus, les Bafana Bafana - qui ont tout de même joué un match amical contre le Nicaragua dans leur stade de Soweto, près de Johannesburg, à 1.600m le 29 mai (0-0) - n'ayant pas eu autant de temps pour s'acclimater à ces conditions. Et ce, d'autant plus que leur départ pour l'Amérique initialement prévu dimanche dernier a été retardé, en raison de problèmes de visas les ayant contraints à n'arriver sur place que mardi, pour s'entraîner mercredi à huit jours du rendez-vous contre les Mexicains.

"Dans l'idéal, on recommande d'arriver au minimum 15 jours avant", souligne pour RTL.fr Grégoire Millet, professeur de physiologie de l'exercice et de physiologie environnementale à l'université de Lausanne (Suisse). "Quand on n'est pas acclimaté à haute altitude, la fatigue va se développer beaucoup plus vite et la capacité à répéter des efforts intenses diminue : cela ne va pas tant se voir sur le début de match puisque les sprints isolés sont assez peu affectées, mais la répétition des courses le sera", ajoute-t-il, mettant en garde contre "des risques de blessures accrus".

Autrement dit, les joueurs habitués à multiplier les aller-retours sur le pré subiront plus les effets de la topographie que les gardiens. Exactement ce à quoi a été confronté Sébastien Salles-Lamonge, milieu français à l'Atlético de San Luis, club du championnat mexicain, lorsqu'il est arrivé en 2023, après un mois de vacances en France.

"C'était pas facile ! Je n'avais pas de rythme : sur chaque effort, tu as l'impression d'être dans le dur, d'avoir besoin d'une minute ou deux pour récupérer ton souffle, contre quinze secondes habituellement. C'était impressionnant, je ne me sentais vraiment pas bien au niveau du ventre, presque toujours l'envie de vomir", confie-t-il à RTL.fr, expliquant s'être senti mieux au bout de trois semaines, alors que la ville de San Luis Potosí culmine autour de 1.800 m. "Je pense que les mondialistes auront quand même besoin de moins de temps : les mecs ne repartent pas de zéro, ils sortent tout juste de leur saison".

Des capacités d'endurance réduites jusqu'à 15%

"En montagne, l'aspect convectif du transport de l'oxygène réduit les capacités d'endurance des joueurs de l'ordre de 5 à 6% par chaque tranche de 1.000m d'altitude", souligne Grégoire Millet, ce qui implique des aptitudes minorées entre 10 et 15% pour des sélections récemment arrivées devant jouer à Mexico.

Idem en un peu moins contraignant à Guadalajara, situé à 1.500m de hauteur, où la Tchéquie et la Corée du Sud ferrailleront pour l'autre rencontre du groupe A dans la nuit de jeudi à vendredi. Quant à Monterrey, la troisième ville mexicaine qui accueille la Coupe du monde, et qui verra le duel entre Sud-Africains et Sud-Coréens fin juin ? "Quand tu redescends [à seulement 500m], le danger, c'est l'humidité. Il y fait très chaud : au bout de cinq minutes, tu es trempé", souligne en habitué Sébastien Salles-Lamonge, formé à Rennes puis passé par Le Havre et Bastia en Ligue 2.

Pour autant, des techniques existent pour limiter l'impact de cette altitude. "La méthode d'acclimatation la plus efficace ? Le 'live high, train low and high'", répond Grégoire Millet, se basant sur ses préceptes pour les sports collectifs développés dans son laboratoire en Suisse liés à la répétition de sprint en hypoxie (RSH).

Concrètement, on dort aux altitudes du match, on s'entraîne plus bas, vers 1.200m, de façon à garder une qualité et une intensité dans les exercices, puis de temps en temps, on fait du sprint en altitude pour améliorer l'endurance.

Grégoire Millet, professeur de physiologie de l'exercice et de physiologie environnementale à l'université de Lausanne, à RTL.fr

À en croire les vidéos publiées sur les réseaux sociaux de la sélection sud-africaine, les hommes du Belge Hugo Broos ont toutefois opté pour des entraînements à 2.400m, dans la ville de Pachuca où ils ont établi leur camp de base.

L'alimentation, enjeu-clé

Basique certes, mais tout aussi important ? Bien s'hydrater toutes les vingt minutes en cas d'effort, ce qui sera possible durant les matchs grâce aux fameuses pauses fraîcheurs à mi-période. "On va perdre beaucoup plus d'eau en altitude en raison de deux mécanismes : on hyperventile donc on perd de la vapeur d'eau et la diurèse augmente. On va faire plus souvent uriner, en particulier la nuit", explique le professeur Grégoire Millet. Avec des outils dédiés, les préparateurs physiques mesurent donc régulièrement les niveaux d'hydratation de leurs ouailles.

Pour Sébastien Salles-Lamonge, qui utilise par ailleurs un caisson hyperbare (servant parfois à la performance en montagne) pour la récupération, l'adaptation est surtout passée par une alimentation "un petit peu plus salé pour ne pas perdre pas autant d'eau et garder le plus de minéraux possibles". "Ensuite, à l'approche du match, tu ne vas pas trop te resservir pour ne pas ressentir une forme de lourdeur sur le terrain", précise le joueur tricolore de 30 ans.

"Au niveau nutrition, il faut augmenter un peu la ration glucidique parce qu'on a plus tendance à solliciter ses sucres que ses graisses quand on est en altitude. À la mi-temps, on attend ainsi une ration glucidique appropriée et surtout des supplémentations riches en bicarbonates [des compléments alimentaires]", complète encore Grégoire Millet, qui a notamment conseillé l'équipe d'Algérie sur ce plan avant le Mondial 2010 en Afrique du Sud, où les enceintes étaient là aussi à des niveaux d'altitude disparates.

Autant de paramètres que la Fédération mexicaine connaît sur le bout des doigts : dès le 12 mai, le légendaire gardien Guillermo Ochoa (40 ans, bientôt six participations à la Coupe du monde) est arrivé pour débuter un stage de préparation réservé aux joueurs évoluant en Europe avant la compétition. Un mois plus tard, El Tri - qui a bouclé son montée en puissance en baladant une Serbie venue en touriste à Toluca par 2.600m d'altitude jeudi (5-1) - compte bien tirer profit de toutes ces précautions.

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