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Les joueurs d'Haïti après la défaite contre l'Écosse lors de la Coupe du monde, le 13 juin 2026 à Boston.
Crédit : FRANCK FIFE / AFP
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Qualifiée pour sa première Coupe du monde depuis 1974, la sélection d'Haïti a une lourde responsabilité en Amérique du Nord, alors qu'elle défie le mythique Brésil, quintuple vainqueur même s'il a perdu de sa superbe, samedi 20 juin (2h30) à Philadelphie. En l'occurrence, celle d'apporter un peu de bonheur à son peuple, miné depuis des années par la pauvreté, les calamités naturelles et le chaos politique.
Classés 83e au classement Fifa, les Haïtiens ont perdu d'une courte tête dimanche dernier pour leur entrée en lice face à l'Écosse (0-1), mais peuvent encore espérer faire un coup face à la Seleçao ou le Maroc, pour accrocher une place en seizièmes de finale. Quoi qu'il arrive, leur participation est déjà un immense exploit au vu du contexte. Dans ce pays des Caraïbes de 12 millions d'habitants, les dernières élections remontent à une décennie et près de 10% de la population a été déplacée en raison des violences des groupes criminels, qui règnent sur une partie du territoire depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021.
Quelques mois plus tôt, l'équipe du Belize avait été braquée par un groupe armé dans la capitale, Port-au-Prince, alors qu'elle venait jouer un match de qualification pour le Mondial au Qatar. Résultat ? Haïti joue désormais "à domicile" à l'étranger, par mesure de sécurité, son stade Sylvio-Cator étant de toute façon tombé aux mains des gangs, comme son centre d'entraînement. Curaçao, République dominicaine, Trinité-et-Tobago, Aruba, Barbade, Porto Rico, Canada, États-Unis… Les Grenadiers ont écumé toutes les enceintes possibles.
"Évidemment c'était une frustration pour nous d'évoluer hors d'Haïti", reconnaissait avant le Mondial Josué Casimir, attaquant de l'AJ Auxerre, auprès de l'AFP. Comme un bon nombre de ses partenaires, il n'a jamais posé le pied sur le sol national. "Nous avions peu de supporters pour nous encourager, mais nous avons fait avec, nous n'avions pas le choix et nous nous sommes quand même qualifiés", expliquait-il.
J'ai vu quelques images sur les réseaux, c'était la folie.
Sébastien Migné, sélectionneur
De quoi créer une liesse populaire rare sur place en novembre, en dépit d'une situation encore détériorée après que les gangs ont poussé le Premier ministre Ariel Henry à la démission en 2024. "J'ai vu quelques images sur les réseaux, c'était la folie. Tous les gens étaient dehors", se réjouissait alors le sélectionneur français Sébastien Migné, parlant de ses joueurs comme "de formidables ambassadeurs d'un pays qui en manque cruellement".
Reste que celui qui a longtemps été adjoint de Claude Le Roy est le grand artisan de ce fait d'armes majeur pour les Grenadiers. Face à toutes les difficultés de cette patrie frappée en 2010 par un terrible séisme, le Vendéen a dû bâtir en deux ans une équipe qui jouait loin de ses bases, se focalisant sur le recrutement de binationaux.
"Il faut partir à la pêche aux renseignements, trouver des joueurs aux ascendances haïtiennes puis les observer, et montrer toutes nos capacités de séduction", détaillait-il à l'AFP. "J'ai parfois voyagé, parfois utilisé les communications modernes avec des visios, j'ai souvent eu les familles, parfois le frère qui fait office d'agent, ça a été un travail de longue haleine. Il a fallu aussi convaincre ma fédération qu'il fallait améliorer certaines choses pour attirer certains garçons, notamment la qualité de voyage, la qualité du staff médical."
Parmi ses prises pour accompagner quelques anciens (Johnny Placide, Carlens Arcus) ? Plusieurs noms bien connus de la Ligue 1 avec Casimir donc, mais aussi Wilson Isidor (Sunderland), Jean-Kévin Duverne (La Gantoise), Lenny Joseph (Ferencvaros) ou Jean-Ricner Bellegarde (Wolverhampton).
"Je suis fier pour le peuple haïtien. On sait qu'il y a souvent une mauvaise image du pays, qui a des difficultés, et aujourd'hui on sait que ça fait énormément de bien au pays, au peuple, à ma famille", assurait à l'AFP ce dernier avant l'entrée en lice des siens, durant laquelle il a malheureusement dévié la frappe de l'Écossais John McGinn dans sa propre cage. "J'espère qu'ils sont fiers de nous, c'est comme une fête pour eux et on va profiter au maximum."
Si le gouvernement américain a suspendu tous les visas de tourisme ou d'immigration depuis Haïti, lui et ses partenaires bénéficient du soutien de l'importante communauté haïtienne aux États-Unis, comme ils ont pu le constater lors de ce match inaugural à Boston. Face à un Brésil extrêmement populaire, ils pourraient néanmoins évoluer face à des tribunes entièrement jaunes et acquises à la cause des coéquipiers de Neymar ce samedi.
Qu'importe pour Haïti, comme le résume Derrick Etienne, l'ailier du Toronto FC, dont la famille vit sur place : avec le football, l'équipe veut juste "faire quelque chose pour le pays, aider à relancer les choses, attirer l'attention sur ce qui s'y passe et changer le statu quo".
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