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Formation, maîtrise de la langue et succès du PSG... Pourquoi autant de coachs français entraînent des sélections étrangères à la Coupe du monde

En plus de Didier Deschamps, cinq autres Français sont aux manettes de sélections engagées à la Coupe du monde 2026 : le plus gros contingent de coachs tricolores de l'histoire de la compétition. Parmi eux, on retrouve notamment Rudi Garcia, qui entre en lice avec la Belgique lundi 15 juin face à l'Égypte.

Sébastien Migné (Haïti), Sébastien Desabre (RD Congo), Rudi Garcia (Belgique), Sabri Lamouchi (Tunisie), Emerse Faé (Côte d'Ivoire).

Crédit : AFP

Gabriel Joly

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Oui, Didier Deschamps s'en va, mais la relève du coaching tricolore est déjà assurée sur la scène internationale. Pour la première fois de l'histoire de la Coupe du monde, pas moins de cinq sélections sont dirigées par des entraîneurs français : notre "DD" national donc, Sébastien Migné (Haïti), Sabri Lamouchi (Tunisie), Sébastien Desabre (République démocratique du Congo) et Rudi Garcia, qui fait son entrée en lice avec la Belgique face à l'Égypte, lundi 15 juin à Seattle. On peut même ajouter à cette liste Emerse Faé (Côte d'Ivoire), qui a représenté les Éléphants durant sa carrière de joueur, mais possède la double nationalité.

Sans le départ précipité de Hervé Renard de l'Arabie saoudite en mars, la France aurait même envoyé plus de sélectionneurs que l'Argentine (6), devant l'Espagne (4), l'Italie et l'Allemagne (3).

Si ce record battu - quatre représentants tricolores sur les bancs en 1998 avant cela - s'explique en partie par l'expansion inédite du tournoi à 48 équipes, le constat a de quoi étonner quand on compare avec le faible nombre de tacticiens français engagés par des clubs des quatre grands championnats étrangers (Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne). En attendant la signature attendue de Pierre Sage à Crystal Palace, il n'y a que Régis Le Bris (Sunderland) en poste sur 78 équipes. Mais alors pourquoi autant de fédérations se penchent sur des profils de Frenchies ?

Un marché "bouché" en France ?

La réponse tient d'abord de la particularité de la formation de nos entraîneurs, souvent présentés comme de très bons éducateurs. "Les diplômes français ne sont pas délivrés en rafale, contrairement à d'autres pays. Pour arriver au plus haut niveau, c'est compliqué, il y a une succession d'efforts à fournir. Donc quand un entraîneur y parvient, il est armé pour diriger de grandes équipes, notamment des sélections", estime pour RTL.fr Claude Le Roy, qui en a entraîné une grosse dizaine depuis les années 1980, la plupart en Afrique.

Un point commun qu'il partage avec Philippe Troussier, également allé se frotter à la zone Asie. Accompagnés de Henri Michel (Maroc) et Aimé Jacquet (France), ils étaient les deux autres coachs bleus de l'édition 1998, respectivement avec le Cameroun et l'Afrique du Sud.

Pour Philippe Troussier, le marché des entraîneurs français est surtout totalement "bouché" de nos jours. "Cela les oblige à se mettre sur d'autres créneaux. Quand on l'accepte, on devient aussi plus adaptable et on s'accommode de travailler dans des conditions pas toujours extrêmement bonnes, ce qui offre un certain nombre d'avantages à l'international", affirme celui qui a aussi mené le Japon lors du Mondial 2002 à domicile, toujours auprès de RTL.fr.

Pas de barrière de la langue

De fait, Sébastien Migné et Sébastien Desabre ont tous les deux connu des parcours de "baroudeurs", ce qui les a mené assez rapidement vers l'Afrique, à laquelle Sabri Lamouchi et Emerse Faé sont intimement liés par leurs origines. Preuve que la maîtrise de la langue est un plus, ce qui s'applique également pour Rudi Garcia chez nos voisins belges. "Si vous voulez un entraîneur brésilien pour la sélection d'Haïti ou de la RD Congo, vous allez être confronté au problème de la langue", illustre Philippe Troussier.

Sans la barrière linguistique, la communication est logiquement plus facile à établir avec la direction et les joueurs pour transmettre ses projets de groupe et de jeu. Idem pour tenter de convaincre certains binationaux de représenter le pays, plutôt qu'un autre. Un élément décisif pour toutes les sélections, qui cherchent à subtiliser de jeunes talents à la concurrence, ce pourquoi les profils d'éducateurs formés en France - particulièrement attentifs à la jeunesse - ont souvent des qualités.

De la même manière, l'approche culturelle des coachs tricolores vis-à-vis notamment de l'histoire des pays qui viennent les chercher sont d'autres atouts. "Être sensible aux contextes nationaux, ça m'a rendu des services énormes. J'ai toujours pensé qu'il fallait connaître la culture de ces pays, leur histoire, toutes les périodes importantes du colonialisme pour pouvoir savoir exactement où je mettais les pieds", confie à ce titre Claude Le Roy, surnommé le "Sorcier blanc" sur le continent africain.

Bien souvent, les carrières des sélectionneurs français passés par l'Afrique témoignent aussi d'une véritable affaire de transmission On peut notamment citer Patrice Beaumelle, ex-sélectionneur de la Côte d'Ivoire et de l'Angola, qui a d'abord appris le métier auprès de Hervé Renard. Lui même second au Ghana de Claude Le Roy, qui a ensuite été le mentor de Sébastien Migné à Oman, en RDC, au Congo et au Togo.


"Il faut y voir dans la candidature d'un Français aussi la notion de staff qui est importante pour assurer tous les services de pointe qui font qu'aujourd'hui le football a une lecture moderne", confirme Phillipe Troussier, pour qui engager un ex-adjoint passé par une sélection A est un gage d'expérience.

"Un Français, c'est aussi une question d'image"

Mais la mode du coaching français à l'étranger dépend aussi de facteurs conjoncturels. Si la France et l'Argentine sont les deux contingents les plus représentés parmi les entraîneurs à la Coupe du monde 2026, ce n'est évidemment pas un hasard, après l'incroyable finale au Qatar (3-3, 2-4 t.a.b.). "Pour les fédérations, recruter un Français, c'est aussi une question d'image", abonde Philippe Troussier, qui a justement été choisi par le Japon quand les Bleus étaient intouchables après leurs victoires en 1998 et à l'Euro 2000.

"Les Japonais sont très sensibles à l'actualité et à la dynamique du moment. Le fait que la France soit championne du monde, ça avait été un élément avantageux", explique-t-il, soulignant tout de même qu'il a profité lui aussi de bonnes relations, notamment Arsène Wenger, futur manager d'Arsenal qui avait laissé une bonne image après son passage à Nagoya (1994-1996).

"Si le football français marque des points au niveau international, cela rejaillit forcément sur tous les entraîneurs français", complète Claude Le Roy, membre du Comité directeur de l'Unecatef, le syndicat des entraîneurs. "Même si le PSG est entraîné par un exceptionnel entraîneur espagnol avec Luis Enrique, il y a quand même beaucoup de jeunes joueurs qui ont démarré leur carrière ailleurs en France dans l'équipe. Ce sont des produits de la formation française et bien évidemment, ça valorise tous les éducateurs", ajoute-t-il, mentionnant par exemple la réussite de Bradley Barcola à l'académie lyonnaise. 

Autrement dit, quand Désiré Doué, meilleur espoir de Ligue 1, félicite son partenaire parisien Ousmane Dembélé pour le trophée UNFP de joueur de l'année, en glissant un mot pour l'ETP Odorico, l'école du centre de formation du Stade rennais qu'ils ont tous les deux connus... Voilà de quoi continuer de donner des idées à quelques sélections, qui risquent de se pencher sur le vivier de formateurs bleu-blanc-rouge pour quelques années encore.

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