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"Nous n'en pouvons plus de nous taire" : les footballeuses françaises réclament toujours la mise en place d'une convention collective pour un "meilleur traitement"

Depuis trois saisons, les joueuses de Première et Seconde Ligue attendent une avancée majeure avec le lancement d'une convention collective pour encadrer et protéger leur statut. Cette semaine, elles tapent conjointement du poing sur la table, déplorant que "les sections féminines sont trop souvent l'une des premières variables d'ajustement" des clubs professionnels.

La capitaine du PSG Sakina Karchaoui face au PFC, le 20 décembre 2025.

Crédit : Julie SEBADELHA / AFP

Gabriel Joly & AFP

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"Aujourd'hui, nous n'en pouvons plus de nous taire". Cette fois, les actrices du football féminin tapent du poing sur la table : les capitaines des équipes de Première et Seconde Ligue, les championnats de France féminin des deux premières divisions, dénoncent l'absence d'avancée dans les négociations sur la convention collective des footballeuses professionnelles, espérée depuis déjà trois saisons.

Les différentes parties - le syndicat des joueuses UNFP (Union nationale des footballeurs professionnels), et Foot Unis, qui représente les clubs - se renvoient la responsabilité de cet échec, malgré la création de la Ligue féminine de football professionnel (LFFP) en juillet 2024, censée donner un cadre plus stable à l'exercice de la profession.

Depuis cette date, le statut de la joueuse professionnelle en France n'a pas avancé, alors même que les clubs avaient adopté une recommandation patronale octroyant une protection en matière de maternité, faisant espérer une signature peu de temps après.

"Il manque l'essentiel"

"Des efforts ont été réalisés depuis la création de la LFFP, nous le reconnaissons. Mais il manque l'essentiel : une convention collective", ont martelé mardi les capitaines dans une tribune à L'Equipe, dénonçant la "précarité structurelle" induite par l'absence de cet accord de base pour "protéger la santé, encadrer les conditions de travail, sécuriser les carrière et faire vivre un véritable dialogue social".

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Cette tribune intervient dans un contexte compliqué pour les équipes féminines en France, plombées par la crise économique que traverse les clubs masculins à cause de l'effondrement des droits TV. L'exemple le plus emblématique est le cas de Dijon, dont sa section féminine (actuellement cinquième de première division) pourrait être contrainte d'abandonner le professionnalisme et repartir à un échelon inférieur si le club ne trouve pas de repreneur.


"Dans le football professionnel français, les sections féminines sont trop souvent l'une des premières variables d'ajustement. Pendant que le football masculin avance, on nous demande de patienter. Ce n'est pas une question de priorité, c'est une question de choix", rappellent les joueuses dans L'Equipe, citant les exemples passés des disparitions de Soyaux et Bordeaux, deux formations emblématiques du début de siècle chez les femmes.

Le Sommer, Karchaoui, Mbock... Une demande unanime et légitime

"En 2026, les joueuses professionnelles n'en disposent toujours pas [de convention collective]. Nous pratiquons le même sport. Nous nous entraînons avec la même exigence. Nous faisons face aux mêmes contraintes physiques et aux mêmes risques. Et pourtant, nous ne bénéficions pas des mêmes protections", ajoutent-elles. "Ce décalage interroge. Il n'est plus acceptable".

Légende absolue de la sélection tricolore (200 capes, 94 buts), Eugénie Le Sommer, membre du comité directeur de l'UNFP souligne que les joueuses "méritent un meilleur traitement avec un socle de protection commun". "On ne peut plus accepter que l'engagement des joueuses ne soit pas reconnu à sa juste valeur", appuie de son côté Sakina Karchaoui, capitaine du PSG.

L'UNFP regrette que cela fasse "trois ans que les négociations n'aboutissent pas". "Ce n'est plus compréhensible" et "une convention collective doit être signée avant la prochaine saison", répète le syndicat. Néanmoins, la mise en place d'une telle mesure pour septembre prochain semble improbable. Début avril, la capitaine de l'équipe de France Griedge Mbock avait regretté auprès de l'AFP cette situation "handicapante", d'autant plus que les autres championnats étrangers avancent.

Blessures et droit à l'image

Depuis de longs mois, plusieurs points de blocage existaient mais un seul persiste aujourd'hui : le droit à l'image, a indiqué à l'AFP Vincent Ponsot, président du collège du football féminin chez Foot Unis. Sur ce sujet, l'UNFP souhaite pouvoir commercialiser l'image des joueuses, pour qu'elles en tirent profit, en utilisant le logo des clubs, ce que son interlocuteur refuse.

Pour le reste - c'est à dire le pécule de fin de carrière, la durée horaire minimum des contrats fédéraux à mi-temps, le maintien du salaire en cas de blessure ou encore la gestion des "lofts", pratique utilisée par les clubs pour se défaire des indésirables -, les discussions ont été fructueuses, affirme Foot Unis. Mardi, L'Equipe faisait néanmoins état d'accrochage sur la question de la couverture en cas de blessures.

"Je ne suis pas surpris que les joueuses s'impatientent car cette situation est inadmissible", affirme Vincent Ponsot également directeur général de l'OL Lyonnes, estimant que l'UNFP est "le principal responsable" du dernier point d'achoppement. Selon lui, une dernière version amendée a été envoyée il y a plusieurs semaines à l'UNFP, qui n'a pas répondu.

"Incapable de dire une date"

Interrogé par l'AFP, le syndicat des joueuses déplore cette situation, soulignant que trois organisations représentatives sur quatre (sans Foot Unis) ont trouvé un accord sur une convention collective pour la future Ligue 3 masculine en quelques mois. Preuve d'un décalage de traitement. "Nous souhaitons qu'un effet miroir de cette convention s'exerce pour les joueuses", a déclaré à l'AFP Fabien Safanjon, vice-président de l'UNFP.

"Une convention collective, c’est un socle qui va garantir à chaque joueuse des droits fondamentaux : minima salariaux, encadrement des contrats, protection en cas de blessure, droit à l’image. Sans elle, les joueuses évoluent dans un cadre juridique flou, exposées à des situations d’inégalité et de précarité que leur statut devrait pourtant éviter. Cette absence de cadre protecteur n’est plus acceptable", détaille-t-il encore dans L'Equipe.

De son côté, Paul-Hervé Douillard, directeur général de la LFFP, espère auprès de l'AFP une convention "au plus vite" car ce sera un "marqueur important pour la structuration de la ligue", tout en se disant "incapable de dire une date" mais, c'est certain, "elle verra le jour". La LFFP, qui n'est pas décisionnaire, souhaite réunir de nouveau toutes les parties prenantes.

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