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Mercato : l’intrigant virage du projet de l'AS Monaco

DÉCRYPTAGE - L'AS Monaco est le club le plus actif sur le marché des transferts, avec énormément d'achats et de ventes de jeunes joueurs. Le symbole de la nouvelle stratégie du club.

Vadim Vasilyev et Dimitri Rybolovlev ont changé de politique pour l'AS monaco
Vadim Vasilyev et Dimitri Rybolovlev ont changé de politique pour l'AS monaco
Crédit : VALERY HACHE / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani

Été 2013, l'AS Monaco est un promu pas comme les autres en Ligue 1. Tout d'abord parce que l'équipe du Rocher a 8 titres de champion de France et des épopées européennes historiques, mais cette fois-ci c'est surtout le recrutement des Monégasques qui en faisait l'attraction estivale. Radamel Falcao (60 millions), James Rodriguez (45 millions), Joao Moutinho (45 millions) ou encore Jérémy Toulalan ou Ricardo carvalho sont autant de stars qui viennent jouer en Ligue 1 grâce aux chéquier grand ouvert du magnat russe Dimitri Rybolovlev. 

Deux ans plus tard, et malgré un quart de finale de Ligue des champions, l'ASM n'a plus grand chose de "bling bling". James enchante Bernabeu sous le maillot du Real après avoir rapporté 80 millions, et Falcao est à la recherche de son meilleur niveau entre son prêt à Manchester United et prochainement à Chelsea. Le but ne semble plus d'être un prétendant déclaré à la victoire en C1, désormais Monaco joue les centres de post-formation de luxe en développant de jeunes talents qui iront ensuite dans des clubs plus huppés contre de fortes sommes. Un virage à 180 degrés, qui garde néanmoins quelques ambitions sportives. 

Une vitrine d'exposition pour faire de grosses plus-value

Le 22 juin 2015, l'Inter de Milan et l'AS Monaco officialisaient le transfert de Geoffrey Kondogbia pour 40 millions d'euros. Un départ demi-surprise pour une somme inconcevable, le double de son prix d'achat deux saisons plus tôt. L'international tricolore va donc partir en Italie à une année de l'Euro 2016, où il ne jouera pas la Ligue des champions. Quelques semaines plus tard, Yannick Ferreira-Carrasco signe à l'Atletico de Madrid pour 20 millions d'euros après deux saisons prometteuses mais sinusoïdales du côté de Louis II. 

Avec le départ en fin de contrat de Dimitar Berbatov, ce sont les trois buteurs de l'exploit à Arsenal qui ont fait leurs valises. Une photographie qui illustre à merveille la nouvelle politique monégasque où les joueurs sont désormais de passage pour montrer leur talent, faire gagner l'équipe, et ensuite remplir les caisses du club. Pour le moment, le club en est à environ 70 millions de ventes pour 45 millions d'achat. 

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Une balance largement excédentaire qui pourrait bouger avec l'arrivée annoncée de Stephan El Shaarawy, autre gros prospect en perte de vitesse au Milan AC qui devrait venir donner du fil à retordre à Anthony Martial en attaque. Tout ça sans exclure un départ d'Aymen Abdennour en cas d'offre exceptionnelle (au moins 30 millions). 

Toujours anticiper les départs

Pour remplacer les partants, l'ASM a un coup d'avance. Contrairement aux autres clubs de Ligue 1 qui souvent se font "piller", en vendant souvent assez mal, Monaco semble avoir préparé les départs en amont. Déjà en fin de saison passée Bernardo Silva avait montré qu'il sera plus qu'un espoir dès la saison suivante. En attaque, après une première moitié de saison plutôt bonne, Berbatov avait vu Martial enfin se mettre au niveau et achever la saison en trombe. Deux espoirs à très fort potentiel mais que Monaco a acheté au prix fort. 

Inconnu du grand public, Anthony Martial avait été acheté 5 millions d'euros à Lyon alors qu'il n'avait joué aucun match en professionnel. Silva de son côté a vu son option d'achat levée, et le Benfica a reçu la coquette somme de 15 millions de la part de l'ASM. Monaco se positionne donc comme un centre de post-formation. Les joueurs viennent entre 17 et 20 ans et se forgent au haut niveau en jouant le podium en Ligue 1 et les phases finales en Coupe d'Europe. Le continent qui reste l'exposition la plus valorisante afin de faire briller "la marchandise". Pour garder ce standing, le club de la Principauté doit donc investir parfois beaucoup d'argent sur des joueurs à fort potentiel. 

Cet été, Ivan Cavaleiro a été acheté 15 millions à Benfica. Il est censé être numériquement le remplaçant de Yannick Ferreira-Carrasco. Adama Traoré a lui coûté 14 millions en provenance de Lille et Guido Carillo est arrivé d'Estudiantes (Argentine) contre 8.8 millions d'euros. Monaco s'active, dépense, mais sait aussi vendre grâce à sa compétitivité et à des finances assez solides, qui ne l'obligent pas à brader ses talents. À contrario, Marseille a d'emblée annoncé qu'il lui fallait vendre pour équilibrer ses comptes, ce qui a sans doute coûté quelques millions lors des ventes de Dimitri Payet et Gianelli Imbula. Les Phocéens n'avaient pas le rapport de force en leur faveur lors des négociations.

Adopter une stratégie "à la portugaise"

Toute cette nouvelle politique a vu sa genèse en deux temps. Premièrement, le divorce de Dimitri Ribolovlev lui a coûté la moitié de sa fortune, soit quelques 3 milliards d'euros. Un coup de serpe dans le budget qui fait refermer le chéquier pour la "danseuse" du Russe, en l'occurrence son club de football. Ensuite, le fair-play financier de l'UEFA a aussi frappé le club monégasque. En participant à la Coupe d'Europe, Monaco a dû se conformer à la règle: ne dépenser que l'argent que le club pourrait générer. Or, en s'apercevant que le stade ne se remplissait pas et que l'attraction de l'ASM ne suffisait pas à voir affluer les sponsors, il fallait bien trouver d'autres sources de recettes. Et pour ce faire, le vice-président Vadim Vasilyev a adopté un modèle bien connu en Europe, celui du Portugal. 

Et pour faire comme les Portugais, quoi de mieux que de faire appel à des Portugais ? Leonardo Jardim, inconnu à son arrivée à l'été 2014, était débauché du Sporting Lisbonne. Fin tacticien et capable de donner leur chance aux jeunes tout en maintenant des résultats satisfaisants, il a été une recrue majeure du club. Mais pour aller chercher les pépites à travers le monde, il faut un fin connaisseur avec des réseaux importants. Là encore, c'est un lusitanien qui brille en coulisses, Luis Campos. Directeur sportif du club, lié au plus grand agent du monde Jorge Mendes (Cristiano Ronaldo, Falcao, Fabinho), il a structuré l'ASM pour qu'elle ait des données sur tous les meilleurs jeunes à travers le globe. 

Aujourd'hui il semble être le cerveau de la politique sportive du club, travaillant de concert avec les dirigeants et l'entraîneur. Ce dernier semble d'ailleurs s'être accommodé du nouveau projet, moins brillant, conscient aussi que s'il s'illustre au sein de la Principauté, notamment sur les près européens, il aura un jour lui aussi droit à son strapontin vers des clubs plus clinquants, et des championnats plus huppés. Quant à Campos, il se murmure qu'il rêve lui aussi d'avoir un poste au sein d'une structure plus fortunées, en particulier le PSG. Car à Monaco, à tous les étages, les bords de la méditerranée servent à se faire un joli teint mais aussi à se bâtir un CV avant d'aller sous d'autres cieux

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