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LOSC : après l'interdiction de recrutement, vers une catastrophe "sans limite" ?

ÉCLAIRAGE - Englué en bas du classement, et dorénavant interdit de recrutement, Lille traverse une crise profonde qui pourrait mettre en péril son modèle économique, le "LOSC Unlimited", mis en place par le nouveau propriétaire.

Gérard Lopez, le dirigeant du LOSC
Gérard Lopez, le dirigeant du LOSC Crédit : FRANCOIS LO PRESTI / AFP
Nicolas Skopinski

Et si le "LOSC Unlimited" devenait le plus gros plantage financier de ces dernières années ? L'hypothèse a en tout cas de quoi ne pas être balayée d'un revers de main. Cela fait des mois qu'un flou entoure le rachat du club lillois par Gérard Lopez. Et l'interdiction de recrutement, prononcée par la DNCG mardi 12 décembre, n'est pas là pour rassurer.

Le modèle économique est simple en apparence. Faire émerger de très jeunes joueurs recrutés aux quatre coins du monde contre de petites sommes. Les revendre à prix d'or, et se servir de la plus-value pour rembourser l'argent emprunté massivement pour racheter le club. Car il paraît acquis que, contrairement à ses déclarations du début d'année, Gérard Lopez n'a pas acheté le club sur ses fonds propres, mais a emprunté, sur cinq ans, à des fonds américains.

Selon France Football, il s'agirait de Manchester Securities et Elliot Management, contrôlés par le redouté Paul Singer. Ces fonds ont acquis le surnom de "fonds vautour", pour leur intransigeance envers certains États tels que l'Argentine.

Une chaîne de propriété opaque

La chaîne de propriété du LOSC est un véritable jeu de poupées russes, dans lesquelles s'emboîtent plusieurs sociétés basées dans des paradis fiscaux. On en compte quatre, et il faut s'accrocher. La première, est L Holding (une holding est une société détenant des actions dans plusieurs sociétés pour y obtenir une unité de direction). L Holding possède 95 % du LOSC. Mais cette société, servant à faciliter les relations avec les instances dirigeantes françaises n'est qu'un relais. Elle appartient à la société Lux Royalty, basée au Luxembourg. Deuxième poupée russe. Cette société luxembourgeoise appartient à une autre société, Victory Soccer, basée au Royaume-Uni. Troisième poupée. Elle s'emboîte dans une quatrième, Chimera Consulting, basée à Hong Kong. Chimera Consulting, qui appartient à Gérard Lopez.

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Ce petit tour du monde d'écritures vise à permettre à d'autres investisseurs de se joindre à la fête. Une brochure vantant le projet a même été imprimée et distribuée dans plusieurs langues pour attirer de nouveaux fonds. On y parle de rentabilité, de projection économique, de développement de la marque en Asie. Un "cercle vertueux", initié par le sportif.

Désastre sportif, sur lequel le financier est basé

Le sportif, justement, voici le problème. Sportivement, le LOSC est très loin de ses ambitions. La direction, Marc Ingla et Gérard Lopez en tête, annonçait le top 5. Après 17 journées de Ligue 1 Conforama, les Lillois pointent à la 18e position, soit la place de barragistes.

La tête de gondole du projet, le célèbre entraîneur argentin Marcelo Bielsa, mis en avant dans les brochures distribuées aux investisseurs, a été démis de ses fonctions pour faute grave. Ce qu'il conteste auprès de la Ligue de Football Professionnel. Des sources indiquent que fin octobre, il aurait refusé une indemnité de sept millions d'euros pour quitter son poste. Si la faute grave n'était pas avérée, c'est près de dix millions d'euros que le club pourrait devoir lui verser.

Dans le même temps, la valeur marchande des joueurs, pilier financier du projet, n'a pas conséquemment augmenté, bien au contraire. Thiago Maia, acheté 15 millions d'euros, est transparent depuis le début de saison. Yves Bissouma, pour qui Monaco avait offert 25 millions d'euros, n'a joué que 800 minutes cette saison, dont seulement quelques-unes à son poste de milieu de terrain.

Autre limite à cette mise en vitrine des joueurs, l'attente de la jurisprudence du Milan AC. Les Rossoneri ont adopté depuis l'été dernier le même modèle économique, empruntant aux mêmes fonds d'investissement. Or, l'UEFA statuera mi-décembre sur la conformité des investissements du club lombards sur le marché des transferts dans le cadre du Fair-Play financier. Le club risque d'être exclu des compétitions européennes. Pas d'Europe, moins d'argent et moins de visibilité.

Le LOSC interdit de recrutement

Pire, lundi 27 décembre, Canal + révélait qu'une banque, le Crédit du Nord, aurait "dénoncé les lignes de crédits accordées au club", soit le découvert, et s'apprêterait à clôturer l'un des comptes en banque. Si le club a démenti un quelconque problème, le compte ne concernant que la structure amateur du club à laquelle le Crédit du Nord ne souhaite plus être en lien, le doute s'est malgré tout installé. Un doute d'autant plus grand que la Banque de France aurait classé le LOSC comme "entreprise à faible capacité de remboursement", toujours selon les informations de la chaîne cryptée. 

Un timing qui tombe mal puisque les dirigeants ont promis à leurs supporteurs d'investir à nouveau sur le marché des transferts (Lille a recruté 20 joueurs depuis janvier dernier). Ils ne pourront donc pas. Mardi 12 décembre, le couperet est tombé. La Direction nationale du contrôle de gestion, redoutée gendarme financier du football français, a tranché dans le vif en interdisant le club de recruter.

Une énième mauvaise nouvelle pour les Dogues tant les besoins de renforts semblent aujourd'hui être vitaux pour le club. La cellule technique chargée de remplacer Marcelo Bielsa serait tombée sur un champ de ruines, révèle dans son édition du 29 novembre L'Équipe. Joueurs en condition athlétique désastreuse, et psychologiquement atteints occuperaient un vestiaire en autogestion depuis plusieurs mois.

Plusieurs candidats seraient malgré tout près à tenter de redresser la situation d'un club à la dérive. Christophe Galtier, entraîneur de Saint-Étienne et ancien joueur du LOSC, s'est montré intéressé. Et Franck Passi aussi. "El Local", ancien adjoint de Bielsa à l'OM, avait sauvé le club la saison dernière. Sven Goran-Eriksson, ancien sélectionneur de l'Angleterre aurait soumis sa candidature. Reste à voir s'ils arriveront à relancer le projet "LOSC Unlimited". Car en cas de relégation, ce sont les ambitions qui pourraient tomber dans un puits sans fonds. 

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2017-12-14 11:29:00
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