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"Ils sont un peu plus calculateurs" : lever le pied avant une Coupe du monde, est-ce devenu inévitable pour les joueurs ?

De Lamine Yamal à Kylian Mbappé, différents protagonistes attendus en Amérique du Nord ont connu des pépins à quelques semaines du Mondial (11 juin-19 juillet). Pour éviter de rater ce rendez-vous, les joueurs se retrouvent contraints de compter leurs efforts en raison des calendriers bien chargés.

Kylian Mbappé lors d'un match entre le Real Madrid et le RCD Mallorca à Palma de Majorque (Espagne), le 4 avril 2026.

Crédit : JAIME REINA / AFP

Gabriel Joly

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Hugo Ekitike forfait avec la FranceRodrygo absent côté Brésil, Lamine Yamal pas à 100% au début du Mondial pour l'Espagne... Comme avant chaque grand tournoi, la liste des pépins physiques s'allonge parmi les stars à l'approche de la Coupe du monde, disputée au Mexique, au Canada et aux États-Unis (11 juin-19 juillet). Aussi, face à la peur des blessures, l'habituelle mélodie sur les joueurs suspectés de s'économiser avec leurs clubs refait surface à quelques semaines de l'événement.

Dernier exemple en date avec Kylian Mbappé, pris à partie par les supporters du Real Madrid, qui lui reprochent ses vacances en compagnie de l'actrice Ester Expósito, alors qu'il soigne actuellement sa cuisse.

Certains fustigent une prétendue blessure diplomatique mais surtout un manque d'implication, ce que l'entourage du capitaine des Bleus dément fermement. Reste que son équipe n'a plus grand chose à jouer et le dernier grand frisson de sa saison est incontestablement le Mondial. Mais les footballeurs lèvent-ils vraiment le pied avant une compétition ?

Ne pas se blesser avant les "grosses échéances"

Pour David Terrier, président de l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), le syndicat des joueurs français, "évidemment que ça arrive", quand bien même "tous sont des compétiteurs, qui ont envie de jouer tous les matchs pour des raisons de statistiques, de performance ou de concurrence". Lorsque l'on regarde la prestation du FC Lorient, qui n'a plus d'enjeu en Ligue 1 et compte au moins trois Mondialistes en puissance dans son effectif, face au Paris Saint-Germain le week-end dernier (2-2), on serait pourtant tenté de croire à la thèse d'une absence de relâchement.

Néanmoins, le gardien suisse Yvon Mvogo, battu sur un but gag de l'international sénégalais Ibrahim Mbaye, a reconnu avoir "essayé de [se] retenir au maximum" pour éviter un contact violent avec son vis-à-vis. "Je vais sur le ballon et je vois un Parisien, j'aurais pu encore plus lui faire mal mais dans cette fin de saison, cela ne sert à rien de blesser les adversaires, surtout qu'ils ont encore de grosses échéances", a-t-il assuré sur beIN Sports, conscient que participer à une Coupe du monde est le graal pour chaque professionnel.

Des saisons "sans temps de vacances" pour certains joueurs

Avant des rendez-vous majeurs, la peur des blessures a toujours existé : "À mon époque, certains ne trichaient pas mais d'autres avaient cette appréhension, on sentait une certaine retenue peut-être de manière inconsciente", nous confie un ex-médecin de Clairefontaine. La crainte s'est encore accrue ces dernières années, la surcharge des calendriers étant devenu un sujet de fronde récurrent au sein de la cohorte. Et ce, au moment où les instances pensent plus aux intérêts financiers qu'à l'intégrité des artistes.

Conséquence de l'ajout d'un Mondial des clubs à 32 équipes l'été dernier, "cette Coupe du monde va arriver au bout d'un cycle de trois saisons sans temps de vacances pour certains joueurs", souligne à RTL David Terrier. En août, le rapport de la Fifpro, le syndicat international des footballeurs professionnels, sur la santé des joueurs et l'impact sur leurs performances - établi avec 70 experts médicaux et spécialistes de la performance - préconisait "28 jours de repos" dans une saison et "une période de préparation équivalente" avant d''attaquer la suivante pour prévenir au mieux les blessures.

"De plus en plus de joueurs se disent en incapacité d'être à 100%"

Loin d'être un cas isolé en Europe, le PSG n'a cependant eu que 22 jours entre la finale de la Coupe du monde des clubs (victoire 3-0 de Chelsea) et le lancement de l'exercice 2025-26, avec seulement une semaine d'entraînement en amont du premier match. L'exemple le plus frappant est d'ailleurs celui du latéral marocain Achraf Hakimi, qui a disputé les Jeux olympiques un an plus tôt et totalisait 69 rencontres jouées en 2024-25. Malgré la rotation mise en place par son entraîneur Luis Enrique, il peine logiquement à enchaîner depuis novembre dernier, entre une entorse à la cheville qui l'a contraint à un retour express pour la CAN puis, une lésion à l'ischio-jambier survenue en demi-finale aller de Ligue des champions face au Bayern Munich la semaine passée (5-4).

"Entre 2001 et 2021, le nombre de blessures était relativement stable, hormis pour celles aux ischios-jambiers qui ont doublé. Depuis, les tendances sont à peu près les mêmes", note justement pour RTL le professeur Vincent Gouttebarge, directeur médical de la Fifpro. Selon lui, ce type de lésion est "surtout lié à l'accumulation de fatigue". "Dans ce contexte, on a de plus en plus de joueurs qui nous disent qu'ils sont en incapacité d'être à 100% de leur potentiel. Dans un même match, ils gèrent les temps où ils se donnent à 100%, et des temps où ils sont un peu plus calculateurs sur la façon de défendre, de se replier, de faire des courses à haute intensité", pointe David Terrier, également responsable de la Fifpro Europe, qui a déposé deux plaintes liées aux cadences effrénées contre la Fifa devant la Cour européenne de justice (CJUE) et la Commission européenne.

Derrière le physique, un besoin de déconnexion

À cette problématique s'ajoute par ailleurs une donnée psychologique. "Les joueurs actuels nous parlent tous d'un besoin de déconnexion. Ils sont davantage sous pression que par le passé avec les réseaux sociaux et les outils de communication d'aujourd'hui. Ils veulent un temps de repos sans programmes d'entraînement, sans être bloqués sur le fait de continuer à être performant, y compris pendant les vacances", ajoute le patron de l'UJSF.


"Dans le sport, les meilleurs ont intégré à leur routine des moments où ils arrivent à couper. Le mental, c'est un peu comme la batterie d'un téléphone : quand vous le rechargez alors qu'il reste 6%, ça ira vite pour remonter à 20%. Mais s'il s'éteint complètement, ça va prendre quasiment deux fois plus de temps pour atteindre ces 20%", schématise Grégory Boulicaut, préparateur mental auprès de sportifs professionnels, à RTL. "Quand bien même il n'y a pas de mauvaise foi dans l'approche, l'inconscient vient protéger le conscient".

Raison pour laquelle, au-delà de l'image renvoyée, voir Kylian Mbappé prendre du bon temps en Sardaigne n'était pas forcément si anormale, sachant que le Real Madrid avait également autorisé ses autres blessés comme Thibaut Courtois et Arda Güler à prendre des jours de repos. "Si des joueurs choisissent de lever le pied en fin de saison, c'est bien sûr un réflexe logique : ces rythmes auront forcément un impact sur le spectacle offert", se projette Vincent Gouttebarge, alors que les facteurs de chaleur et les contraintes de déplacements dans toute l'Amérique risquent d'encore mettre les organismes à rude épreuve durant la Coupe du monde.

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