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"Il n'y a aucune meilleure équipe que nous" : comment le PSG s’est forgé un mental à toute épreuve en Ligue des champions avant le choc étoilé contre le Bayern Munich

Pour sa troisième demi-finale de Ligue des champions de rang depuis l'arrivée de Luis Enrique, le club de la capitale s'avance conquérant mardi 28 avril avant la manche aller au Parc des Princes, face au champion d'Allemagne récemment titré.

Le coach du PSG Luis Enrique en conférence de presse avant la demi-finale aller de Ligue des champions contre le Bayern Munich, le 27 avril 2026.

Crédit : FRANCK FIFE / AFP

Gabriel Joly

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Le Paris Saint-Germain va-t-il réenclencher le mode insubmersible ? Le club de la capitale défie le Bayern Munich dans un choc des titans en demi-finale aller de la Ligue des champions mardi 28 avril, au Parc des Princes. Cette "finale avant l'heure", entre les deux équipes les plus impressionnantes du continent cette saison, s'annonce bouillante. Mais le PSG aborde ce duel face à Michael Olise, Harry Kane et consorts avec une certaine froideur, sa nouvelle doxa dans les joutes européennes de haut vol.

"On est prêt, nous sommes les champions en titre, et on veut le rester", a lancé samedi soir Luis Enrique après le succès facile de ses remplaçants à Angers (3-0), permettant aux siens de faire un pas quasi décisif pour le gain de la Ligue 1. "En termes de régularité, le Bayern est peut-être un peu devant nous parce qu'ils n'ont perdu que deux matchs. Mais par rapport à ce qu'on montre, on est au-dessus. Il n'y a aucune meilleure équipe que nous", a-t-il encore jugé lundi en conférence de presse de veille de match, sûr de la force des siens.

L'entraîneur espagnol est le garant de cette confiance à toute épreuve, qui habite les Parisiens depuis une grosse année, avec le déclic de la séance de tirs au but victorieuse contre Liverpool en huitièmes de finale. Celui qui est arrivé au club à l'été 2023 a, pour cela, créé en amont un climat plus apaisé, via sa communication, défendant de façon invétérée ses joueurs face aux journalistes et dégonflant l'enjeu d'un premier sacre en Ligue des champions.

"Quand un club ou quelqu’un est obsédé par quelque chose, ce n’est jamais bon signe. Il faut avoir des espoirs, de l’ambition, mais l’obsession ne marche jamais. Dans aucun domaine de la vie", avait-il ainsi expliqué en septembre 2023, au moment où l'idée d'une nouvelle politique sportive s'imposait après les départs des superstars Lionel Messi et Neymar, bientôt suivies par Kylian Mbappé. Un changement majeur - même s'il ne s'agissait sûrement que d'une façade - pour une formation s'étant donnée cinq ans pour être sacrée championne d'Europe, après le rachat par QSI en 2011.

"Une meilleure maitrise émotionnelle face à la pression"

Depuis, les humiliations successives, souvent teintées de ridicule entre la remontada du Barça de... Luis Enrique en 2017 ou bien le camouflet de Manchester United deux ans plus tard, ne collent plus à la peau de ce PSG, pourtant toujours guidé par Marquinhos. "Il y a eu un vrai changement de posture sur l'aspect mental : le PSG a intégré le fait que cela se prépare autant que la tactique ou que le physique", explique à RTL Grégory Boulicaut, préparateur mental dans le sport, qui insiste sur la notion de résilience inculquée par Luis Enrique à son groupe, dont il ne veut pas brider l'initiative.

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"Sur l'aspect collectif, il récolte les fruits d'un effectif qui n'a quasiment pas bougé depuis 10-15 mois. On le voit dans leur manière de jouer : très peu de Parisiens pètent un câble, ce qui arrivait il y a encore quelques années avec certains gros caractères. Je trouve qu'ils ont une meilleure maîtrise émotionnelle face à la pression. Ce n'est pas le fruit du hasard, je suis convaincu qu'il y a une vraie démarche individuelle aussi de la part des joueurs", poursuit-il.

Résultat ? "La confiance que les supporters ont est positive", comme l'a relevé l'entraîneur lundi, et elle s'accompagne d'une forme de réussite. Y compris lorsque l'équipe est menée dans le money time, en témoignent les buts tardifs contre Tottenham en Supercoupe d'Europe (2-2, t.a.b. 4-3), Barcelone en C1 (2-1), à Lyon en championnat (3-2) et Marseille au Trophée des champions (2-2, t.a.b. 4-1). "Ils sont rentrés dans la tête de leurs adversaires : ils les craignent car le PSG est bien armé", résume pour RTL Luis Fernandez, champion de France avec le PSG comme joueur en 1986, puis de la Coupe des Coupes dix ans plus tard en tant que coach.

Pour cette troisième demi-finale européenne d'affilée sous les ordres de Luis Enrique (du jamais vu pour un club français en C1), les Parisiens veulent continuer de marquer l'histoire, en tentant de marcher sur les pas du Real Madrid de Zinédine Zidane, dernière équipe à avoir réalisé le "back to back" (2016, 2017, 2018). "On prend du plaisir et je pense que c'est très mérité sur ces trois dernières années. Ici, il y a besoin d'être très ambitieux, on l'est et on veut aller un peu plus loin", a martelé face à la presse Luis Enrique, en fin connaisseur.

La recette ? "C'est la magie de la Ligue des champions qui donne de l'énergie spéciale aux joueurs et tout le monde veut profiter de ce type de matchs. Quand tu joues une demi-finale de Ligue des champions, il ne faut pas s'entraîner. Je peux rentrer à la maison, tout le monde est prêt, tout le monde sait ce qu'on doit faire. Ce sont les matchs les plus faciles à gérer en tant qu'entraîneur : il ne faut pas motiver, c'est tout le contraire, il faut calmer, voir ce qu'on fait bien. C'est un équilibre".

"La star de l'équipe, c'est le collectif"

"Il faut souffrir pour aller au bout", lançait Ousmane Dembélé après la qualification acquise à Anfield au tour précédent (2-0, 2-0), avec son aura de leader d'attaque et un langage corporel déterminé. Preuve qu'il est parfaitement concentré sur sa mission, animé par la soif de la gagne. Si la confiance et l'énergie animent également le Bayern de Vincent Kompany, encore auteur d'un renversement fou samedi à Mayence malgré trois buts de retard à la pause (victoire 4-3), c'est de nouveau la force mentale du PSG qui lui a permis, à l'expérience, de tenir la guerre des nerfs pour successivement venir à bout de Monaco (5-4 cumulé) et Chelsea (8-2 cumulé) sur sa route vers le dernier carré.

Aidés par un grand Matveï Safonov dans les buts et libérés par Ousmane Dembélé, ultra efficace pour retrouver sa version Ballon d'Or, les Parisiens ont montré qu'ils pouvaient répondre à un grand défi, capables de résister aux vagues en défendant ensemble. "Techniquement, j'étais aussi bon à Naples mais je me suis beaucoup amélioré défensivement avec Luis, il m'a vraiment poussé. Avec ce coach, on doit défendre comme des défenseurs", a d'ailleurs apprécié l'ailier Géorgien Khvicha Kvaratskhelia lundi.

Le jeu habituel des Rouge et Bleu est d'ailleurs de nouveau au point depuis plusieurs semaines, avec un véritable rouleau compresseur incarné par une attaque bien huilée, et capable de se sublimer dans les grands rendez-vous, à l'image de "Kvara" (8 buts en 13 matchs de Coupe d'Europe, contre 7 réalisations en 25 rencontres de Ligue 1 cette saison).

Khvicha Kvaratskhelia lros de PSG-Liverpool en Ligue des champions, le 8 avril 2026 au Parc des Princes.

Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP

"La star de l'équipe, c'est le collectif. Tout le monde est au diapason, tout le monde fait des efforts pour les uns et pour les autres car il ne faut pas lâcher le groupe. On sent que cette équipe est bien dans sa tête, qu'elle a la tête sur ses épaules. Quand les joueurs ont cette particularité de courir, de se repositionner, de presser… On voit que personne n'est à l'arrêt. D'ailleurs, l'entraîneur met la pêche qu'il faut pour leur parler et les mettre dans les bonnes dispositions", note également Luis Fernandez.

La gestion des temps de jeu, un enjeu physique et mental

In fine, la seule interrogation avant cette immense affiche réside dans la forme physique de certains incontournables. Vitinha est touché par une inflammation du talon et n'a plus joué depuis une semaine, Achraf Hakimi est sorti à la mi-temps samedi visiblement marqué, Fabian Ruiz n'est de retour que depuis peu après trois mois hors des terrains pour soigner son genou et Nuno Mendes souffre de douleurs chroniques à une cuisse. "Ce n'est pas le moment de donner des informations au Bayern Munich, tout le monde est prêt. Les blessés ? Tout va bien ! Pas de souci", a balayé Luis Enrique au micro de Ligue 1+ samedi.

Alors info ou intox ? La question reste entière, même s'ils se sont tous entrainés lundi dans la matinée et que la tendance était à une titularisation, a minima pour les latéraux. Reste que pour la première fois cette saison, le staff parisien devrait compter sur l'ensemble de son effectif. Et ce, grâce à une méticuleuse gestion des temps de jeu.

"Pour les joueurs qui jouent 2-3 fois par semaine, c'est important d'avoir des moments de relâche mentale, en plus du physique. Même pour un cadre, rentrer au Parc des Princes quand il est plein à craquer ou rester sur le banc, ça ne coûte pas autant. Sur les matchs précédents, Luis Enrique a fait des choix que le supporter lambda peut ne pas comprendre mais il joue, un peu comme aux échecs, avec plusieurs coups d'avance. Force est de constater que ça marche plutôt bien."

Grégory Boulicaut, préparateur mental dans le sport, à RTL

"Quand il y a des problèmes, vous les cherchez sur l’aspect physique mais le mental est plus important pour moi", disait le coach espagnol début mars et il n'est pas du genre à se dédire. De bon augure, alors que son équipe n'aura cette fois pas une semaine de repos entre les deux manches, étant amenée à recevoir Lorient le week-end prochain. En attendant, son PSG serait bien inspiré de prendre de l'avance contre de redoutables Bavarois.

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