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Vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés : c'est quoi ce nouveau projet de la Fifa qui agite le football mondial ?

Gianni Infantino souhaite permettre à des investisseurs privés d'acheter des parts de la Coupe du monde, dans l'idée de rapporter plusieurs milliards de dollars à l'institution... mais aussi d'augmenter ses revenus personnels.

Le président américain Donald Trump et Gianni Infantino, président de la FIFA, le 28 août 2018

Crédit : MANDEL NGAN / AFP

Alexis Lalemant & AFP

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Pour Gianni Infantino, l'argent fait très probablement le bonheur. Comme révélé par le média The Times mardi 28 juillet, le président de la Fifa veut continuer de "libérer le potentiel commercial" de la Coupe du monde en proposant une nouvelle piste explosive pour décupler les revenus du Mondial. 

Dans une information dévoilée mardi 28 juillet et, depuis, confirmée par la publication d'un communiqué de presse, la Fifa, association privée à but non lucratif selon le droit suisse, explique ainsi vouloir créer une structure qui lui permette de rassembler et de gérer l'intégralité de ses activités commerciales.

"L'administration de la Fifa explore l'idée de réunir tous les droits commerciaux - la diffusion, le sponsoring, la billetterie, l'octroi de licences - avec la mise en oeuvre opérationnelle de ses tournois à travers la création de la Fifa Forward Enterprise (FFE)."

La Fifa, dans un communiqué de presse du mardi 28 juillet

Mais pour permettre à la Fifa d'engranger davantage de revenus, l'organisatrice du Mondial des Nations mais aussi du Mondial des clubs, entre autres, "invitera des tiers à réaliser des investissements minoritaires, et sans contrôle". 

Traduction : la Fifa vendrait des parts de sa société gestionnaire des droits commerciaux, environ 20% selon plusieurs médias, à des investisseurs privés qui, en contrepartie, accepteraient de participer à une levée de fonds permettant d'amasser "4,2 milliards de dollars" à partir de cette année et, à terme, en intégrant l'ensemble des programmes de financement déjà existants, 10 milliards (contre 2,7 initialement prévus entre 2027 et 2030) sur les quatre prochaines années.

Trump-Infantino : une amitié qui rapporte

Si le projet doit encore être entériné par les 37 membres du conseil de la Fifa, cette dernière indique dans son communiqué que le fonds d'investissement Thrive Eternal "devrait prendre la tête du groupe d'investisseurs potentiels pour la FFE".

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Ce fonds d'investissement a été créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump. D'après le journal britannique, qui s'est fait l'écho de ce projet avant son officialisation, Gianni Infantino, qui a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain, pourrait à terme devenir directeur général de la FFE, avec à la clé des revenus personnels qui pourraient être décuplés.

À écouter

Kevin Veyssière, expert en géopolitique du sport : "La FIFA est très complaisante, en la personne de Gianni Infantino vis-à-vis de Donald Trump"

00:09:32

De son côté, la Fifa assure que les "bénéfices nets" issus des fonds levés par la FFE "seront réinvestis dans le football", et que de nouvelles retombées économiques se dirigeront dans les caisses de ses membres via un nouveau mécanisme de financement, le Fifa Fast Forward Programme (FFFP). Sur la plage 2027-2030, ces retombées s'élèveraient à 20 millions d'euros annuels pour chaque fédération, contre un montant actuel de huit millions. 

L'Union européenne s'en mêle, les opposants sont légion

Très rapidement, les révélations de ce projet extravagant n'ont pas manqué de provoquer l'ire d'un grand nombre d'acteurs du football et même au-delà. Ce mercredi 29 juillet en fin de matinée, l'Union européenne a dénoncé les plans de privatisation d'une partie de la Coupe du monde, estimant que "la commercialisation effrénée du football était devenue nocive". 

"Pas touche à notre sport", a ainsi commenté le commissaire à l'équité intergénérationnelle, à la jeunesse, à la culture et au sport européen Glenn Micallef sur X, en lançant que le football "n'est pas du baseball", et que "ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence".

Du côté de l'instance dirigeante du football européen, l'Uefa, le ton est similaire. "L'âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à marchander, surtout sans aucune transparence quant aux bénéficiaires financiers.", souligne-t-elle dans un communiqué, avant de poursuivre : "Le football n'appartient à personne. La Fifa n'a pas le droit de le vendre."

Une réunion d'urgence des fédérations européennes

En réponse à la manoeuvre de l'instance du foot mondial, une réunion d'urgence doit se tenir en visioconférence ce mercredi 29 juillet, sous l'égide de l'Uefa. Les différentes fédérations composant le football européen doivent y participer. Sur X, la ministre des Sports Marina Ferrari a d'ailleurs dit "prendre acte" de la tenue de cet échange entre les institutions, assurant que "la France sera particulièrement vigilante".  

Parmi ces fédérations, la FFF, instance du football français, par la voix de son président Philippe Diallo, assure avoir "découvert à travers un communiqué de presse un projet très important sur lequel nous n'avons aucun détail et qui, par rapport à son orientation - c'est-à-dire faire rentrer des fonds d'investissement dans le cadre d'une société commerciale à côté de la FIFA - soulève beaucoup d'interrogations". 

D'autres institutions ont fait part de leurs doutes, à commencer par la fédération anglaise de football (FA) qui se dit "profondément préoccupée" par la situation. Même son de cloche au sein de la Concacaf, la confédération d'Amérique du nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, qui assure qu'elle n'était pas non plus au courant des agissements de Gianni Infantino. La Conmebol, instance dirigeante du football sud-américain qui milite d'ailleurs pour une Coupe du monde à 64 équipes, l'un des principaux chevaux de bataille du président de la Fifa, n'a pour le moment pas réagi.

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