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Le défenseur de l'Ouzbékistan Abdukodir Khusanov face à la Colombie à la Coupe du monde, le 18 juin 2026 à Mexico.
Crédit : Alfredo ESTRELLA / AFP
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Le Portugal a des raisons de s'inquiéter. Après son surprenant match nul inaugural contre la République démocratique du Congo (1-1), la Seleçao doit à tout prix se relancer face à l'Ouzbékistan, mais pourrait bien tomber sur un os, mardi 23 juin à Houston. Si les Loups blancs ont été défaits par la Colombie pour leur tout premier match dans une Coupe du monde (1-3), ils comptent bien miser sur leurs qualités défensives, eux qui ont signé 10 clean-sheets sur 16 rencontres de qualifications et s'appuient sur leur star Abdukodir Khusanov, devenu indiscutable en charnière avec Manchester City.
À 22 ans, le natif de Tachkent a connu une ascension supersonique depuis qu'il a signé chez les professionnels en 2022, du côté du championnat biélorusse à l'Enegetik Minsk, après sa formation au pays avec le FK Bunyodkor, qui a des liens avec le FC Barcelone. Si sa taille ne lui a pas permis de percer sur les terres où son père Hikmat Hashimov - également défenseur - a laissé une belle trace, il s'est très rapidement révélé, grâce à la victoire des jeunes ouzbeks à la Coupe d'Asie U20 en mars 2023. À l'époque, l'Observatoire du football CIES classait même Khusanov parmi les centraux les plus prometteurs du monde.
C'est ainsi qu'il a tapé dans l'oeil du RC Lens, où il a débarqué comme un parfait inconnu l'été suivant pour seulement 100.000 euros. Ses performances impressionnent : en un an, "Kodir" bouscule la hiérarchie au sein de la défense à trois Jonathan Gradit-Kevin Danso-Facundo Medina qui a pourtant mené les Sang et Or en Ligue des champions, profitant notamment du vrai faux départ de l'axial autrichien à la Roma pour devenir titulaire sous Will Still.
Ses qualités sur le pré ? Son sens du placement certes, mais surtout son physique. "En Ouzbékistan, on dit qu’être percuté par un train ou par Abdukodir, c’est la même chose", selon le journaliste ouzbék Narzulla Saydullaev, du média Championat.asia, auprès de SoFoot en 2024. Un caméraman placé en bord-terrain en a d'ailleurs fait les frais la semaine passée à Mexico lors de la défaite de l'Ouzbékistan face aux Colombiens, durant laquelle Khusanov a bondi sur Luis Diaz le long de la ligne de touche, blessant le technicien dans son élan.
S'il a toujours été décrit comme un grand taiseux dans ses vestiaires, conséquence logique de la barrière de la langue, son passage dans l'Artois a été écourté, car le grand Manchester City de Pep Guardiola l'a réclamé à l'hiver 2025. Pour Lens, l'opportunité était trop belle : le revendre 500 fois plus cher que son prix d'achat. Transféré pour 50 millions d'euros, le prodige doit à l'époque participer à stabiliser une défense des Sky Blues à l'agonie. Le genre de contexte difficile à supporter, à 21 printemps et dans un univers aussi intimidant.
Pour son premier match, Khusanov se manque totalement, offrant un but à Chelsea, sur une passe en retrait ratée après deux minutes de jeu. "Ce n’est pas facile pour lui. Il s’entraîne une fois et ensuite joue contre Jackson, Palmer, Madueke et Sancho... C’est un processus quand on achète un joueur aussi jeune. Il apprendra. Il ne parle pas anglais donc je ne lui ai pas parlé mais il ira bien", tempère alors Guardiola après le match. À raison. Au fil des rencontres et des mois, le défenseur a pris confiance. Au point de s'affirmer un indéboulonnable du club lors de la dernière moitié de saison, conclue avec une deuxième de Premier League et deux Coupes nationales remportées.
"Chaque fois que je vois Khusa sur le terrain d’entraînement ou en salle, je le trouve si rapide ! Mais il est calme aussi. Il progresse et il doit s’assurer de continuer à s’améliorer. C’est un jeune joueur qui a beaucoup de potentiel", saluait d'ailleurs Pep Lijnders, entraîneur adjoint à City en avril. "J’ai vu Khusanov jouer quelques minutes au poste d’arrière droit. C’était le style de Kyle Walker à son apogée", louait juste avant Guardiola, en référence à la pointure anglaise du poste de ces dernières années.
Un niveau qui lui vaut d'être largement soutenu à distance par ses compatriotes, dont il est la coqueluche car l'un des seuls à jouer dans une ligue majeure en Europe avec l'ailier Abbosbek Fayzullaev et le capitaine-buteur Eldor Shomurodov, qui évoluent à Istanbul Basaksehir. Depuis le début de sa jeune carrière, il n'est justement pas rare de voir pulluler des drapeaux bleu-blanc-vert à chaque photo du prodige postée sur les réseaux sociaux de ses différents clubs.
Fin mai, environ trente mille spectateurs massés dans le stade national à Tachkent l'ont acclamé avec ses partenaires de la sélection - 50e à la Fifa avant le Mondial - lors d'un match de gala avant leur départ en Amérique du Nord. Le succès récent du football local va de pair avec le projet de "Nouvel Ouzbékistan" du président Chavkat Mirzioïev, dont les réformes doivent libéraliser, développer et faire connaître cette ex-république soviétique aux accents toujours autoritaires, dont un tiers des 37 millions d'habitants a moins de 20 ans. Une stratégie gouvernementale a été initiée en ce sens il y a une dizaine d'années pour développer ce sport via la formation des jeunes, dont Khusanov est une figure de proue.
Dans la même veine, c'est le champion du monde italien Fabio Cannavaro, qui a été attiré pour être sélectionneur national. Autrement dit, "Kodir" a de qui s'inspirer avec le défenseur et Ballon d'or 2006. "Khusanov ? C'est un garçon intelligent, qui sait comment gérer les situations, contrôler la pression. Il a une famille derrière lui qui peut l’aider, j’ai beaucoup parlé avec lui. Il est vraiment très bon", a rappelé le Transalpin en conférence de presse au début de la Coupe du monde.
En plein doute après leur entrée en lice ratée contre la RDC, les Portugais feraient bien de mettre les bouchées doubles pour tenter de faire vaciller leurs adversaires néophytes, car la faible production offensive après le but de Joao Neves, avec seulement de timides tentatives d'un Cristiano Ronaldo peu mobile et toujours aussi critiqué, risque de ne pas suffire si le patron Abdukodir Khusanov est dans un grand jour.
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