6 min de lecture Ski freeride

Richard Permin : "Aujourd'hui plus personne ne dirige mes images"

PORTRAIT / INTERVIEW - Le skieur français a présenté le film "The Masquerade" au High Five, le festival du film de ski d'Annecy.

Richard Permin à la Swatch Skiers Cup 2015
Richard Permin à la Swatch Skiers Cup 2015 Crédit : Jérémy Bernard
Océane Ciuni
Océane Ciuni
Journaliste - Chef de service de la rédaction numérique RTL

Richard Permin a 30 ans. Originaire de Lyon, il excelle en ski freeride backcountry, méritant sa place dans l'élite des vingt meilleurs mondiaux de sa discipline. Si certains ne vivront jamais de leur passion, lui a toujours su où il voulait aller : "Ce que j'aime par dessus tout, c'est l'aventure partagée avec un groupe de passionnés. Jeune j'ai eu une bonne hygiène de vie, ce qui m'a permis de ne pas trop me blesser. J'ai toujours été conscient de ce que je voulais faire". Humble, il dit devoir beaucoup à la détermination, non sans ce qui pourrait passer pour des sacrifices aux yeux de certains. Trois mois, c'est le temps maximum qu'il passe chez lui. Si parfois les heures s'écoulent moins vite, il ne nie pas sa chance. 

Au début, que des personnes extérieures gèrent la logistique a quelque chose de rassurant, mais aujourd'hui plus personne ne bloque ni ne dirige mes images

Richard Permin
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Le High Five Festival, qui propose une sélection de plus de 55 films, est l'occasion pour l'ensemble des acteurs de l'industrie de projeter sur grand écran le travail d'une ou de plusieurs années. Cadreurs, photographes, réalisateurs et riders sont fiers de montrer, pour la plupart, des images inédites devant un public hétéroclite. L'évolution du monde de l'image et le développement des vidéos en ligne ont bouleversé la rentabilité des productions de ski ou de snowboard. Richard Permin, conscient des changements et des enjeux, a décidé de monter sa propre boîte de production, Super proof, avec des athlètes ayant la même vision de sa discipline que lui. "Au début, que des personnes extérieures gèrent la logistique a quelque chose de rassurant, mais aujourd'hui plus personne ne bloque ni ne dirige mes images, j'ai les pleins pouvoirs sur mon travail". 

L'importance de l'image

Afin de réaliser The Mascarade, chaque membre de l'équipe a investi dans le projet avec ses moyens personnels. "J'ai filmé pendant 6 ans pour une grosse boîte de production. J'arrivais au ciné et je ne savais même pas quelles images allaient être sélectionnées. J'ai souvent été déçu. Sean Pettit et moi avons l'habitude de skier ensemble, on se complète assez bien et on se fait confiance, c'est ce qui nous a donné envie de travailler sur ce film". Peu réputés pour leurs scénarios, les films de ski sont habituellement l'illustration de performances sportives qui demandent une grande gestion logistique. Les acteurs de The Mascarade se plaisent à dire que c'est un thriller dans lequel les cinq riders se mettent en scène. "Pour résumer, c'est un voleur qui se fait voler. L'idée était tellement décalée que les marques n'ont pas suivi", explique Richard Permin. Mark Abma, Callum Pettit, Torin Yatter-Wallace, Sean Pettit, Joe Schuster et Noah Bowman viennent compléter un casting hétéroclite et engagé. Sauts de barres rocheuses, freestyle ou grosses lignes freeride, chacun donne dans sa spécialité. 

Le début de l'hiver 2014 n'a pas connu les conditions nécessaires d'enneigement pour l'exercice du freeride backcountry. Comme de nombreux pro, Richard Permin est parti se réfugier au Japon en début de saison. Il se définit plus comme un skieur freeride, soit moins axé sur la réalisation de figures qu'un skieur freestyle. "J'ai des figures mais bien moins que d'autres, de qui c'est plus la spécialité lors de certaines compétitions". Lors des rares auxquelles il participe, il essaie de faire des choses plus simples, mais d'aller plus gros que les autres. "Je ne participe qu'au Red Bull Linecatcher et à la Swatch Skiers Cup, deux compétitions dont j'aime le format. J'apprécie bien les skieurs qui viennent sur ces deux événements car ce sont des gens qui ne sont pas des compétiteurs dans l'âme. Ils tournent des films comme moi, l'ambiance est détendue et les occasions de se voir sont rares. On s'est tellement battus pour notre discipline que l'on se doit de participer au Red Bull Linecatcher, la seule compétition de backcountry que l'on a en France". 

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"On a aussi rarement l'occasion de promouvoir notre sport au grand public, mais gagner ou perdre lors de ces compétitions ne change pas ce que tu es toi en tant que skieur. Il y a de bons comme de mauvais jours. Par le passé je me suis beaucoup mis la pression dans des moments comme ça, alors que seul en montagne avec mon équipe, je suis capable de donner totalement autre chose", explique le skieur. 

On est en 2015, l'image de cascadeur ça suffit

Richard Permin
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"Au final, dans notre sport, le mental compte beaucoup. On peut rester bloqués 15 jours sans pouvoir skier, en pleine tempête ou avec de mauvaises conditions sans pour autant avoir le luxe de ne pas être en forme le moment venu". Endurance et tonicité sont les maîtres-mots de la préparation physique. Une forme qu'il entretien l'été en faisant du surf, une pratique qui lui permet de laisser ses "genoux tranquilles", tout en musclant son dos. Côté relaxation, inutile de chercher, un passage par le yoga bikram dans une salle sur chauffée, lui a fait passer l'envie de prolonger l'expérience : "Ça m'a détruit et j'ai la chance d'être assez souple pour ne pas trop m'embêter avec ça, à choisir, je préfère vraiment la boxe", explique-t-il en souriant. 

Une histoire de limites

Dans le film Days of My Youth, projet sur lequel il a travaillé pendant deux ans, les limites sont sans cesse repoussées."Je me suis fait embarqué dans une avalanche lors de ce tournage. Depuis je me concentre plus et je calcule plus mes trajectoires avec les guides avant de partir. Le ski est une niche, et nous sommes seulement une vingtaine à accéder en hélicoptère sur les pentes de l'Alaska. Le sport évolue, les plus jeunes profitent de notre expérience, les mentalités changent et tu n'apprends pas les mêmes choses". À la question "jusqu'où peut-on aller ?", Richard Permin refuse de voir sa discipline sous cet angle et explique que l'on vient "skier un terrain, sur lequel on essaie de trouver des lignes en faisant une performance sur un moment donné". Selon lui, l'évolution serait d'arriver avec un ski plus rapide, plus propre et des figures plus engagées. La confiance en soi, la chance, la technique surtout. "Si aujourd'hui nous en sommes à monter dans des hélicoptères, réfléchir nos projets bien en avance, c'est une sorte de professionnalisme. On est en 2015, l'image de cascadeur ça suffit". 

Vivre en réalisant des films de ski nécessite d'appréhender la dimension visuelle, mais n'est pas synonyme de risques inutiles selon lui. Sans cesse en évolution, "on peut grandir avec ce sport" "commencer par le freestyle, aller vers le freeride et finir par descendre des pentes raides". "Est-ce que je prends plus de risques qu'un mec qui fait de la Formule 1 ? C'est simplement que les gens conduisent tous les jours leurs voitures, ils arrivent à imaginer ce qu'il se passe". 

L'an prochain, Richard sera la doublure de Jean Dujardin dans le dernier Brice de Nice : "Je fais une descente en freeride en ski et Victor De Le Rue se chargera de celle de snowboard !". Le film commence en montagne, il sera tourné en janvier : "J'aime bien le côté Dujardin qui revient aux sources, après la carrière qu'il a aujourd'hui". Un autre projet est prévu, qui va lui prendre tout l'hiver, mais qui est encore secret. Très graphique et facile à appréhender par le grand public, le Français y croit, "C'est un gros coup", dira-t-il avant de s'échapper.   

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