6 min de lecture Coaching

Pourquoi les femmes entraîneures professionnelles sont si rares

ÉCLAIRAGE - Les femmes à la tête d'équipes professionnelles sont très rares du fait d'un métier certes difficiles, mais aussi par manque de candidates, pour le moment.

Valérie Garnier, entraîneure de Bourges et de l'équipe de France de basket
Valérie Garnier, entraîneure de Bourges et de l'équipe de France de basket
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

Le 21 juillet 2015, l'équipe de Summer League des San Antonio Spurs remportait le tournoi estival de Las Vegas. Une ligue d'été comme il en existe beaucoup aux États-Unis et qui servent à jauger les possibles recrues et les "rookies", les joueurs nouvellement arrivés en NBA, le championnat américain de basket-ball. Un événement a priori sans grande importance mais, pour la première fois en NBA, une femme était installée en tant qu'entraîneure principale d'une équipe masculine.

Becky Hammon, ancienne grande joueuse, internationale russe par le jeu des passeports sportifs, s'est vue confier par la direction des Spurs les commandes du groupe de Summer league. En temps normal, elle est déjà l'assistante de l'entraîneur, Greg Popovich. Si l’événement fait tant de bruit dans le basket et le monde du sport en général, c'est parce qu'il est encore très rare qu'une femme se voie confier une équipe professionnelle ou une sélection. Qu'elle soit en catégories de jeunes ou en seniors.

En France, il semble illusoire d'imaginer une femme intégrer le staff d'une équipe professionnelle masculine en tant qu'assistante et encore moins en tant qu'entraîneure en chef. En Ligue féminine, première division professionnelle française, 3 femmes sont à la tête d'une équipe sur 14 clubs, dont Bourges la meilleure équipe des 15 dernières années avec Valérie Garnier sur le banc. Cette dernière est d'ailleurs une double exception dans la mesure où elle est aussi la coache de l'équipe de France féminine seniors. 

Trop peu de candidates aux diplômes d'entraîneurs

Une situation rare même dans le sport féminin, Magali Magail étant l'autre femme à la tête d'une sélection A, en volley-ball. "Concernant les sélections de jeunes, seuls les entraîneurs nationaux sont à la tête des équipes, il n'y a donc que Cathy Melain sur les U16", explique Guillaume Cormont, conseiller technique fédéral basket en Midi-Pyrénées et assistant en équipe de France U20 féminines. Formateur de cadres pour les diplômes fédéraux, le technicien explique qu'il y a globalement peu de candidates lors des sessions de formation

Un effort est néanmoins fait pour intégrer au maximum des femmes dans l'encadrement des jeunes sur les équipes de sélections départementales et régionales. "Nous avons mis deux filles à la tête des U13 féminines", confirme Guillaume. Des assistantes sont aussi installées dans les autres catégories. La volonté de féminisation est donc bien présente mais il manque parfois des candidates. Une pénurie qui se répercute automatiquement au haut niveau. "Depuis la nuit des temps, l'engagement tourne autour de 1 à 3%" des personnes engagées dans le processus de formation au diplôme d'entraîneur de haut niveau, confie Ivano Ballarini, chargé de la formation des techniciens à la direction technique nationale du basket français. Avec la réforme de la formation, le chiffre est monté artificiellement à 10 ou 20% car "sur une dizaine de personnes il y a une ou deux femmes", explique Ivano Ballarini.

S'il n'y a pas beaucoup de femmes sur les bancs, c'est donc en partie à cause du manque de candidates. À quoi est-ce dû ? Pourquoi les femmes ne vont-elles pas au bout du processus de formation, jusqu'à la qualification pour pouvoir entraîner en professionnel ? "Plus le niveau monte, moins il y a de femmes, détaille le membre de la DTN. Elles ont toujours un emploi du temps qui rend la chose difficile". Il est en effet compliqué de mener de front une vie de famille et une formation ou une carrière d'entraîneur à plein temps. Ce métier sacerdotal ne laisse le temps à rien d'autre. Si les femmes qui s'engagent dans le métier sont toutes d'anciennes joueuses professionnelles, elles ne sont que 4 anciennes championnes à avoir entamé la formation au Diplôme d'État supérieur depuis la réforme.

Une profession précaire, un choix de vie peu envisagé

Juin 2014, Claude Michy le président de Clermont Foot, nomme une femme à la tête de son équipe professionnelle qui évolue en Ligue 2. Corinne Diacre, ancienne capitaine des Bleues, suscite alors la curiosité des médias. Un an plus tard, le pari est une réussite. Un maintien tranquillement assuré et une 12e place au final, objectifs atteints. Un exemple qui donnera des idées aux autres présidents de clubs ? "Les présidents sont trop frileux. En 2014 c'était encore impensable", estime Sonia Souid, agent de joueurs de football qui s'occupe de Corinne Diacre. "Il n'y a que Claude Michy qui a osé", complète-t-elle. Mais tout comme le basket, le sport-roi souffre lui aussi d'un manque de candidates et de détentrices du précieux Diplôme d'entraîneur professionnel de football  (DEPF).

"Peu de femmes ont le DEPF. Seules Elisabeth Loisel et Corinne Diacre l'ont. Et Sarah Mbarek, de Guingamp en D1 (la première division féminine, ndlr), le passe", détaille Sonia Souid. Ainsi même en première division féminine il n'y a qu'une seule femme entraîneure en chef. Pour l'agent, les origines de cette pénurie sont aussi à rechercher dans les conditions compliquées du métier. "C'est très difficile en tant que femme, explique Sonia Souid. Le métier d'entraîneur est très précaire et aucune joueuse ne peut être à l'abri financièrement à la fin de sa carrière".

Entraîneur n'est donc pas la voie la plus sûre. D'ailleurs certaines joueuses s'engagent dans les formations mais pas forcément pour s’asseoir sur un banc ensuite. "Amandine Henry a commencé mais ne souhaite pas forcément être entraîneure, elle voudrait être manager", explique Sonia Souid. D'autant qu'un autre projet leur tient à cœur : la maternité. "Aucune d'entre elles n'est maman et elles attendent la fin de leur carrière", selon Sonia Souid. Un projet difficile à mener à bien lorsque l'on dirige une équipe professionnelle de sport collectif. 

Malgré tout, la féminisation du football est en marche, comme le prouve le succès populaire et médiatique de l'équipe de France. Cette dernière est d'ailleurs composée aujourd'hui de joueuses dont le parcours est professionnel, les amenant à concevoir de rester dans le monde du football après la fin de leur carrière de joueuses. "À ce jour nous avons Camille Abily et Gaëtane Thiney qui ont le Diplôme d'entraîneur de football, Sonia Bompastor, a le DEF et passe le certificat de formateur. Trois autres internationales ont le certificat de formateur", confie Brigitte Henriques, secrétaire générale de la FFF.

Un plan fédéral de féminisation, qui a pour objectif de former 5000 éducatrices

Brigitte Henriques
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Des joueuses accompagnées en ce sens dès leur entrée dans le haut niveau. "Nous dispensons également les premières formations dans nos 7 pôles de formation (joueuse Elite) pour l’ensemble des joueuses sur leur trois années de formation de joueuses de haut niveau, pour qu’elles préparent aussi un projet professionnel", indique Brigitte Henriques. Il y a donc un soin particulier apporté aux joueuses de l'élite mais pas seulement. C'est toute la filière féminine qui est développée au sein de la fédération.

"Toutes ces orientations font partie du plan fédéral de féminisation qui a pour objectif de former 5.000 éducatrices d’ici fin 2016 et d’augmenter le réservoir de femmes entraîneures avec le plus haut diplôme", confirme la secrétaire générale. Et si sur l'élite de la catégorie seniors il n'y a qu'une seule femme à la tête d'une équipe (Guingamp), la formation fédérale est encadrée par des femmes. "Les responsables de pôles sont toutes d'anciennes internationales et à la tête de nos sélections nationales jeunes aussi à l’instar de Sandrine Soubeyrand, manager de toutes les sélections nationales et sélectionneuse des U16F, Cécile Locatelli U17F, Sandrine Ringler U19F en adjointe", détaille Brigitte Henriques.

Un projet ambitieux est donc en marche dans le premier sport de France. Aujourd'hui, 40 éducatrices seulement sont à ce jour salariées d'un club professionnel. Dans le giron fédéral, 42 éducatrices sont bénévoles ou salariées au sein de la FFF, d'une ligue ou d'un district. Au total, la FFF a recensé 914 éducatrices licenciées.

Toutes ont sans doute en tête l'exemple de Corinne Diacre, pour que les sports collectifs fassent preuve de plus de parité, à l'image du tennis. Amélie Mauresmo mène de front sa carrière d'entraîneure d'Andy Murray et de capitaine de l'équipe de France de Fed Cup, alors qu'elle attend un enfant. En Coupe Davis, c'est l'Espagne qui donne l'exemple, avec Conchita Martinez à la tête de la bande à Nadal. Certes l'implication n'est pas quotidienne mais il semble bien qu'il y ait un frémissement. Il ne restera alors plus qu'à réchauffer les présidents frileux, qui auront le choix parmi un nombre plus important de candidates... et plus vraiment d'excuses.

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