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"Harry Potter et l'enfant maudit" : crise d'ado chez les sorciers

NOUS L'AVONS LU - La version française de "Harry Potter et l'enfant maudit", qui se déroule 19 ans après la fin du 7e tome, débarque en librairies le 14 octobre. Pas d'enchantement au rendez-vous cette fois.

Dans "Harry Potter et l'Enfant maudit", Harry Potter a une relation très conflictuelle à son fils cadet, Albus
Dans "Harry Potter et l'Enfant maudit", Harry Potter a une relation très conflictuelle à son fils cadet, Albus Crédit : Warner Bros
MorganeGiuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Même plus de 10 ans après la publication du dernier tome des aventures de Harry Potter, l'univers imaginé par J.K. Rowling ne s'est pas éteint dans l'imaginaire collectif. L'auteure elle-même n'a jamais pu s'en détacher, à coup de nouvelles et tests délirants sur le site Pottermore, tout d'abord. Elle est ensuite passée à la vitesse supérieure en acceptant de signer le scénario d'une trilogie de films sur le sorcier Norbert Dragonneau, dont le premier volet sera en salles le 16 novembre. Surtout, elle a supervisé l'écriture d'une pièce de théâtre, Harry Potter et l'enfant mauditconcentrée sur Albus, le fils cadet de Harry et Ginny, jouée à Londres depuis l'été. Son script arrive en version française le 14 octobre

Ce retour certes risqué a payé pour J.K  Rowling. Harry Potter et l'enfant maudit à ne pas voir comme une suite de la saga - a battu des records de vente. Quant à la pièce, elle se joue à guichets fermés depuis son ouverture. Mais le succès est-il mérité ? Certes, on est très heureux de retrouver la saga, mais l'intrigue et la psychologie des personnages principaux n'ont rien de merveilleux. Voire, de magique. Attention, spoilers.

Une relation père-fils explosive

Albus Severus Potter, fils cadet de Harry et Ginny, est le protagoniste principal de Harry Potter et l'Enfant maudit. La pièce commence là où s'était arrêté l'épilogue du 7e tome, Les Reliques de la mort. On suit son arrivée à Poudlard, l'école qui forme les sorciers britanniques Très vite, il se lie d'amitié à Scorpius, fils de Draco Malfoy, ancien ennemi juré de Harry Potter. On pense la boucle bouclée. Sauf que la suite n'est pas un conte de fées.

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Albus et Scorpius se rapprochent justement à cause de leur statut de "fils de". Mais là où Draco est timide et bienveillant, Albus est nerveux, impulsif. À force d'être réduit à son père, il s'oppose à lui, au point de vouloir "réparer" l'une de ses erreurs passées à l'aide du Retourneur de Temps. Il pense aussi ne pas être à la hauteur de sa légende. Toute l'intrigue de Harry Potter et l'Enfant maudit démarre sur cette relation très conflictuelle entre Harry et son fils. Leurs échanges sont durs, voire, violents. Le lecteur se heurte au mur d'incompréhension érigé entre eux.

La situation paraît désespérante et frustrante. Harry n'a pas eu de père, son oncle Vernon le détestait, et Dumbledore a été un bien piètre père de substitution, le poussant à se mettre en danger en permanence, et n'ayant que peu de réponses à ses questions. Le sorcier multiplie les maladresses envers son fils. Sans qu'on comprenne pourquoi, il est soutenu coûte que coûte par une Ginny effacée et disons-le, inutile à l'intrigue.

Harry n'a jamais été un personnage idéal. Il a de nombreux défauts et n'aurait pu s'en sortir sans l'aide de ses amis. Mais on ne s'attendait pas à le voir si incapable de mener une relation saine avec son fils. Il en devient alors... désespérément à côté de la plaque. On finit par être agacé par le sorcier qui a bercé notre adolescence.

Un monde magique aseptisé

On ne nous arrache pas uniquement l'Harry Potter tel qu'on l'a connu, mais aussi, tout le monde des sorciers. Se sentant stigmatisé à Poudlard, Albus déteste l'école où son père a passé ses meilleures années. Et celle que des millions de lecteurs à travers le monde rêvent de rejoindre... On ne bénéficie donc pas des yeux émerveillés d'un narrateur découvrant en même temps que nous le monde la magie. Poudlard n'est plus le paradis étrange décrit par J.K. Rowling au fil de sept ouvrages, mais un lieu froid, sans surprise. Tout juste vibre-t-on lors d'une course-poursuite dans la forêt interdite, à la lisière de l'établissement. Albus est aussi peu doué pour lancer des sortilèges, et doit souvent s'en remettre à Scorpius ou Rose, fille de Ron et Hermione, pour l'aider dans des situations périlleuses.

On ne croise pas de troll, d'elfe de maison ou de loup-garou. Les voyages dans le temps se succèdent à une telle vitesse, et dans des réalités parallèles si angoissantes, qu'on a plus l'impression d'un cauchemar que d'une trame narrative. 

Cela reflète la vie aseptisée que mènent Harry, Ron et Hermione. Alors qu'ils ont tous la quarantaine, la menace de Voldemort est bien loin. Le premier dirige le département de police et de justice du Ministère de la Magie. Il s'ennuie dans ce poste très administratif, tandis qu'Hermione excelle en Ministre de la Magie procédurière. De son côté, Ron a repris le magasin de farces et attrapes fondé par ses frères Fred et George. En tant que fidèle de la saga, il y a de quoi être déçu par leur quotidien peu palpitant, presque banal. Et quoi de pire pour un sorcier ?

Des personnages agaçants

Si on l'aimait en madame-je-sais-tout au grand cœur dans les livres de J.K. Rowling, Hermione est cette fois irritante de froideur. Concentrée sur son devoir, elle ne fait preuve d'aucune émotion. Le couple qu'elle forme avec Ron met aussi mal à l'aise. Elle passe son temps à le rabaisser, alors que celui-ci enchaîne les preuves d'amour à son égard. Il ne semble y avoir aucune étincelle entre eux, et on finit presque par prendre Ron en pitié. Sans le sens du récit, de la description et de l'introspection de J.K. Rowling, les personnages perdent en profondeur et deviennent caricaturaux. Scorpius sauve la mise, étant le seul à apporter de la légerété à une atmosphère très pesante.

Bref, on n'est pas émerveillé à la lecture de Harry Potter et l'Enfant maudit. L'ambiance est étouffante du début jusqu'à la fin, les personnages inutilement agaçants et en manque d'empathie. Le récit est suffisamment séquencé pour donner envie de découvrir ce qu'il se passe à chaque page, mais on a un sentiment d'inachevé en le refermant. Mieux vaut, sans doute, assister à la pièce, pour espérer y déceler de la magie.

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2016-10-13 12:36:00
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