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Emmy Awards 2020 : "Watchmen", le chef-d’œuvre d’Alan Moore rencontre "Black Lives Matter"

NOUS L'AVONS VU - Les grands fans d'Alan Moore seront peut-être décontenancés par l'adaptation de sa BD culte mais HBO fait le choix de l'originalité et de l'actualité.

Regina King dans le rôle de Sister Night
Regina King dans le rôle de Sister Night Crédit : HBO
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Parmi les grands gagnants de cette singulière cérémonie des Emmy Awards 2020, on compte la série de HBO, Watchmen. L’actrice Regina King a reçu le prix de la Meilleure actrice dans une mini-série face à des monuments comme Cate Blanchett, Octavia Spencer ou Kerry Washington. Même sort pour son camarade de jeu Yahya Abdul-Mateen II qui était en concurrence avec Jim Parsons, Tituss Burgess ou Dylan McDermott. La série a aussi remporté les prix du Meilleur scénario et le plus prestigieux de la catégorie : Meilleure mini-série. 

Les cérémonies et les récompenses permettent au public de découvrir des séries moins connues ou de vous donner envie de consacrer quelques heures à cette série que vous avez vu sur mon application OCS sans jamais lui donner une chance. Maintenant que vous savez qu’elle est de qualité, nous vous proposons de redécouvrir notre critique de cette réinterprétation audacieuse d’un des comics les plus révérés du siècle.

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Watchmen - Bande-annonce

Si vous aimez les super-héros mais que les aventures des personnages de Marvel ou DC vous semblent trop éloignés de la réalité, vous êtes peut-être déjà des connaisseurs de l'oeuvre d'Alan Moore, Watchmen.

Comic-book classique parmi les classiques, il offre aux lecteurs un monde rude, brutal et parfois déprimant, une aventure qui pose la question existentielle : Quis custodiet ipsos custodes ? ("Qui gardera les gardiens ?" ou "watchmen" en anglais). Une locution latine qui depuis des siècles pose la question de la corruption de la police, de la politique ou de la justice et la nécessité de contre-pouvoir, voire, la légitimation de la rébellion en cas d’oppressions liberticides. Une phrase qui est au cœur de l'histoire des Watchmen, un monde dans lequel les super-héros ne sont pas si nobles et dans lequel ordre et rébellion maintiennent un équilibre précaire.

Le grand public connaît peut-être la bande-dessinée de DC Comics éditée à la fin des années 80. Il raconte une uchronie américaine, une nouvelle Histoire modifiée à l'apparition du Dr Manhattan, un être omnipotent né lors d'un accident nucléaire dans les années 60. La guerre du Vietnam a été remportée par les États-Unis grâce à ses pouvoirs et une Guerre Froide terrible s'est abattue sur le monde. Cette trame a été portée à l'écran une première fois dans le film de Zach Snyder sorti en 2009. Dix ans plus tard, HBO entend raconter à nouveau le monde des Watchmen, mais la série fait un pas de côté très audacieux.

Bienvenue à Tulsa en Oklahoma

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Pour ne pas spoiler cette première saison de Watchmen, nous allons seulement nous concentrer sur les événements de l'épisode pilot qui vient d'être diffusé en France via OCS sans entrer dans les détails de l'intrigue. Vous pouvez donc continuer la lectures sans crainte.

La série de HBO ne raconte pas les aventures de Dr. Manhattan, du Comédien ou d'Ozymandias. Bien sûr, nous sommes dans le même monde et ces personnages principaux existent mais ils sont relégués au simple rang de figurants. C'est le destin d'Angela Abar alias Sister Night qui est le fil conducteur de la série. Justicière masquée, elle opère dans l'ombre avec des méthodes bien à elle.

C'est la talentueuse Regina King (The Leftovers, Si Beale Street pouvait parler) qui incarne ce personnage. À travers elle, c'est une nouvelle bataille entre l'Amérique blanche ultra-conservatrice et les Afro-Américains et les progressistes qui est explorée. Un thème d'actualité compte tenu de la résurgence de mouvements suprémacistes aux Etats-Unis.

Le décor de la série est la ville de Tulsa en Oklahoma, des décennies après la fin des éventements des comics et du film de 2009. Le président Robert Redford a mis en place une réforme afin d'éponger une partie de la dette que l'État devait aux minorités victimes de violences. Cette politique a réparé un déséquilibre social et économique mais a aussi provoqué une grande amertume dans l'esprit d'une frange raciste de la population américaine.

Politique alternative et racisme immuable

Des extrémistes blancs attaquent alors la police devenue le symbole de l'État et il en résulte un esprit de révolte et des mesures spectaculaires. Les policiers sont désormais tenus à un grand secret concernant leur profession, un peu comme des agents secrets. Ils doivent porter des masques mais ne peuvent pas utiliser leurs armes comme bon leur semble.

Une myriade de régulations nouvelles ont été mises en place pour éviter les errements du passé (et d'aujourd'hui dans la vraie vie). Des régulations qui sont comme autant d'appels du pied des scénaristes pour parler de la question des armes, des violences policières et des tensions qui dominent l'Amérique de Trump et de ses prédécesseurs. Angela Abar fait parti de ces anciens flics devenus des nouveaux justiciers.

Rébellions, tensions raciales, politiques alternatives, super-héros lointains et justiciers masqués gravitent autour de ce conflit qui met le feu aux États-Unis. Watchmen parvient à développer cet univers avec une grande maîtrise et n'oublie pas d'offrir la bonne dose de noirceur et de violence brute qui sont les signatures de l'œuvre d'Alan Moore. La première saison compte neuf épisodes et des acteurs comme Don Johnson (Deux flics à Miami), Tim Blake Nelson (originaire de la vraie ville de Tulsa), Yahya Abdul-Mateen II (David Kane / Black Manta dans Aquaman) ou encore Jeremy Irons apportent tous leurs talents à cette innovante adaptation.

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