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VIDÉOS - Fauve : "Ce disque est à l'image de ce qu'on a vécu"

RENCONTRE - Des membres du collectif Fauve nous expliquent en quoi "Vieux Frères : Partie 2", leur nouvel album sorti ce 16 février, symbolise leur nouvelle vie.

Fauve au festival des Eurockéennes, en 2013
Fauve au festival des Eurockéennes, en 2013
Crédit : AFP PHOTO / SEBASTIEN BOZON
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani

"On a croisé Hélène Ségara ici, une fois", plaisante l'un des membres de Fauve, quand on les informe que Gérald de Palmas a utilisé avant eux le studio où ils répètent, dans le sud-ouest de Paris. Ce collectif parisien composé d'une trentaine d'anonymes, aussi bien musical que visuel et philosophique, sort ce lundi Vieux Frères : Partie 2, son deuxième album.

Trois garçons aux cheveux en bataille, la petite trentaine, mangent tranquillement des sandwiches achetés dans un fast-food, autour d'une table basse. Ils jouent au sein du groupe de musique issu du Fauve CORP, terme inventé pour renvoyer à l'idée de clan. Son pendant musical a été projeté sur le devant de la scène depuis son EP Blizzard, sorti en décembre 2013. Leur mélange de rock et de samples urbains, avec des textes parlés et parfois scandés avec fureur, leur permet de remplir les salles et les champs des festivals.

Au moment de l'interview, la sortie de Vieux Frères : Partie 2 n'est éloignée que de deux semaines. Pourtant, les garçons ne laissent transparaître aucun signe de stress. Ils apparaissent détendus, presque soulagés, et concèdent du bout des lèvres que cette perspective est "plutôt excitante" : "Cet album, on l'a travaillé en amont. On avait pris trois semaines à Compiègne pour le finir. On a écrit les parties instrumentales ensemble", détaille le chanteur, dont le tempérament calme tranche avec ses prestations scéniques enflammées.

Il a le sentiment d'un travail bien fait, d'une "étape intermédiaire" achevée : "On avait des envies avant même que la première note soit enregistrée. On avait des sons, des couleurs, une narration en tête. On a ensuite rempli les cases."

Être autonome a un côté rassurant, ça fout moins la pression

Fauve
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Plutôt que louer un studio, ils se sont enfermés dans la maison de famille d'un proche, pendant quelques semaines. Ils en parlent comme d'un "cocon" : "Être autonome a un côté rassurant, ça fout moins la pression."

Un album "plus apaisé"

Pour eux, Vieux Frères : Partie 2 est dans la continuité de leur premier album, Vieux Frères : Partie 1, sorti il y a un an : "Le message du premier disque est qu'il ne faut rien lâcher, ne pas abandonner. Avec ce deuxième album, on a voulu montrer que c'est possible, qu'on a goûté aux Hautes Lumières, à l'euphorie", explique le guitariste, caché derrière de grandes lunettes rondes. Les Hautes Lumières, qui clôt l'album, en est l'un des titres les plus étonnants, très éloigné de leurs précédents morceaux, fiévreux, comme Voyou ou Sainte Anne. Même la composition n'a rien à voir : un arpège transporte l'auditeur jusqu'à la fin du disque. "On voulait plus de jeu, d'aspérités et de surprises", expliquent-ils. 

Malgré cette éclaircie, le groupe ne trouve pas ce nouveau disque "lumineux" : "Ce n'est pas le terme le plus adapté pour qualifier l'album. Disons qu'il est plus apaisé", estime le guitariste. "Plus adulte, peut-être, moins adolescent. Mais ce n'est pas forcément à nous de le dire", nuance le chanteur, qui entrecoupe ses réponses de pauses cigarettes. 

Cure de jouvence

Cet apaisement, Fauve le doit à son existence même. Avant de faire partie de ce collectif, chacun d'entre eux était enfermé dans un métier qui ne lui plaisait pas : "C'est un sentiment qu'on partage tous. Pendant des années, on a été dans d'autres circuits et on pensait que c'était tracé. Certains ont eu l'impression de s'encroûter, de vieillir. C'est comme si Fauve nous a fait rajeunir. C'est quand même fou, quand on y pense", résume le chanteur d'une voix songeuse. Il révèle que cet état d'esprit se trouve dans la chanson Juillet (1998), qui ouvre l'album : 

Vieux Frères : Partie 2 a donc été pour eux l'occasion de faire le point sur les changements apportés par leur succès : "Ce disque est à l'image de ce qu'on a vécu. On imaginait que Fauve allait nous sortir de plein de situations, et ça a été en partie le cas. On savait que ça ne changeait pas tout. On a eu des moments difficiles et des doutes, parce que c'était la première fois qu'on faisait un disque. On se demandait si on allait dans la bonne direction. On se posait aussi des questions sur la vie, sur ce qu'on allait faire après ce projet", expliquent les garçons à tour de rôle, se coupant parfois la parole. 

Accros à la scène

La suite ? Les membres de Fauve y pensent, mais en se posant beaucoup de questions. "Au début, on n'était pas sûrs que le projet continue après la sortie du deuxième album. Puis on a pensé que ce serait dommage de ne pas le défendre sur scène", raconte le chanteur. "On s'est rendu compte petit à petit que le live est une façon de présenter le projet qui a beaucoup de sens. C'est presque devenu une drogue. Tout est là : tu vis dans l'instant, tu ne réfléchis plus, il se passe un truc assez mystique."  
Fauve a une dizaine de dates prévues à Paris au printemps, dans un lieu différent chaque soir, avec un passage par l'Olympia le 13 mars. Une salle "symbolique" pour les garçons. Cette tournée sera cependant plus courte que la précédente : "On a un peu ramassé l'année dernière, avec presque 130 concerts entre septembre 2013 et décembre 2014", avoue le batteur. Un rythme pas facile à concilier avec leur vie privée.  

Le live est une façon de présenter le projet qui a beaucoup de sens. C'est presque devenu une drogue.

Fauve

La fin d'un cycle

Que se passera-t-il après cette tournée ? Les membres de Fauve n'ont pas encore la réponse. En tout cas, ils affirment en cœur que Vieux Frères : Partie 2 marque "la fin d'un cycle, d'un premier bouquin" : "Fauve est comme un coffre dont on sort des trucs petit à petit. Là, on est contents de le refermer. Peut-être qu'il débordera à nouveau", explique le beatmaker. En charge de créer le rythme des chansons du groupe, il est surnommé "le grand chef" par ses camarades. 

Les membres actuels de Fauve ne se sentent pas indispensables à la survie du projet : "C'est Fauve qui retient toute l'attention, pas nous", affirme le guitariste. Ce sentiment découle de leur choix de rester anonymes : "Ça crée une distance", se réjouit-il. 

Ce disque ne va pas nous ouvrir des portes.

Fauve

Ce sentiment de distance est tel que Fauve ne craint pas de décevoir ses fans avec cet album plus apaisé et différent : "Ce disque n'a aucun single. Il est plus complexe, car on avait cette envie de plus expérimenter. [...] Non seulement je pense qu'on ne va pas gagner de public, mais je pense qu'on va peut-être même perdre une partie du public", reconnaît calmement le chanteur. "Ce disque ne va pas nous ouvrir des portes, il sera très peu diffusé en radio. Mais ce n'est pas grave, parce qu'on est fiers de ce qu'on a fait, et ça se rapproche pas mal de l'idée qu'on s'en faisait."

Fauve garde également ses distances avec l'industrie du disque, et l'a à nouveau montré en refusant d'être nommé aux Victoires de la Musique : "On n'a pas de label, donc on trouvait bizarre de se retrouver au milieu de représentants de maisons de disque", expliquent-ils simplement. Fauve montre qu'il est possible d'être dans la lumière, même en restant tapis dans l'ombre.

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