4 min de lecture L'Heure du Jazz

Guilhem Flouzat, batteur et compositeur : interview pour L'Heure du Jazz

A l'occasion de la publication de son deuxième album intitulé "Portraits", le batteur et compositeur Guilhem Flouzat nous aide à mieux dresser le sien. Interview pour L'Heure du jazz.

L'heure du jazz avant un concert au Grand Studio RTL de la rue Bayard
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Serge Mariani
Serge Mariani

Fin de week-end rythmée le dimanche sur RTL. C’est un voyage à la rencontre du jazz que Jean-Yves Chaperon nous propose. De ses racines à l’électro, en passant par le blues, le funk ou les sonorités brésiliennes, on découvre le jazz dans tous ses états, de 23h à minuit.

Guilhem Flouzat : l'interview

L'album Portraits, de Guilhem Flouzat
L'album Portraits, de Guilhem Flouzat

L'heure du jazz : C'est à New-York que vous vous êtes installé. Une capitale du jazz s'il en est. Vous y résidez depuis longtemps ?

Guilhem Flouzat : Depuis août 2009, en effet. Il y a ici un grand perfectionnisme technique qui attire tout d'abord. Mais surtout, c'est la volonté d'aller au bout de ses capacités propres et de ses projets qui est une grande émulation dans cette ville. Les artistes que l'on serait tenté d'imiter sont là et bien là, alors ça ne servirait à rien de les imiter. Il faut donner ce que l'on a à donner. C'est l'épreuve du feu en quelque sorte.

HDJ : Se mettre en danger ?

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GF : Plutôt savoir se considérer soi-même avec le plus d'honnêteté possible.

HDJ : Portraits est votre deuxième album. Le premier est intitulé One way or another. Cela illustre bien ce que vous venez de dire, il faut choisir le bon chemin.

GF : Oui et ça correspond aussi à la façon dont la musique de jazz se développe, dans l'improvisation, où il faut sans cesse être créatif et attentif au chemin à prendre.

HDJ : Dans le premier album, vous avez enregistré avec un certain nombre de musiciens dont le pianiste Tigran Hamasyan. C'était une volonté arrêtée ou le fruit d'une rencontre ?

GF : J'ai rencontré Tigran très jeune, il avait 14 ans, à l'occasion d'un stage en France. Le vrai petit prodige ! A ce moment, oui, il s'agissait du hasard d'une rencontre. Pour ce premier album, je lui ai demandé de me rejoindre sur le projet. Même chose avec Ben Wendel. J'aimais déjà beaucoup sa formation Kneebody, ce qui se dégageait de sa musique. Travailler avec eux était un moyen évident de tirer la musique vers le haut. Depuis, nous sommes devenus amis.

HDJ : L'album Portraits traduit bien cet attachement aux musiciens avec lesquels vous travaillez.

GF : Chacune de ces personnes est devenue une ou un ami. Nous avons désormais des relations privilégiées qui vont au-delà du simple rapport entre musiciens qui travaillent, composent et jouent ensemble. C'est aussi ma façon de concevoir la musique. Et de traduire en elle tout mon univers new-yorkais, avec une grande part d'émotionnel. Ces personnes me guident dans mon avancée d'homme aussi.

HDJ : Vous êtes compositeur et batteur. Est-ce qu'il y a aujourd'hui davantage de batteurs qui sont au cœur de la création musicale et du jazz en particulier ?

GF : La spécificité de cette musique, le jazz, c'est quand même avant tout le rythme. Alors bien entendu, on peut avoir la connaissance du rythme sans être soi-même batteur, heureusement ! Des musiciens tesl que Miles Davis, ou plus récemment Miguel Zenon, Steve Coleman, Becca Stevens, ont tous une grande connaissance du rythme. La spécificité du batteur, c'est surtout d'avoir une grande autorité sur ce qui va être joué et comment, fort, doucement, vite ou pas... La dimension orchestrale et la puissance sonore de la batterie confèrent un grand pouvoir. Mais c'est dans l'exécution plus que dans la conception.

HDJ : Vous aimeriez bien vieillir comme Roy Haynes, a-t-on pu lire quelque part. Comme lui aussi, vous pensez important de jouer avec le maximum d'autres musiciens ?

GF : Ah oui ! D'ailleurs l'essentiel de mon activité ici à New-York, c'est l'accompagnement. Mon rôle de leader est plus épisodique. J'accompagne les projets des musiciens qui sont sur mon album.

HDJ : Jouer ou développer un projet avec Herbie Hancock, cela vous tenterait ?

GF : Evidemment ! D'autant plus que c'est après avoir découvert son album Head Hunters que je suis vraiment entré dans le jazz. Je suis resté un fan enragé de Herbie Hancock !

HDJ : Comment s'est passée la rencontre avec Becca Stevens, que vous avez invitée sur des enregistrements de l'album Portraits ?

GF : Dans le microcosme du jazz new-yorkais, on n'est jamais qu'à une ou deux personnes de celles qu'on admire. Et nous avions quelques amis communs. Quand j'ai décidé de mettre des chansons sur l'album, j'ai tout de suite pensé à elle. J'appréciais déjà son univers. Les amis ont facilité la rencontre. Et j'ai été bouleversé par le niveau de ses interprétations. Elle a une maîtrise musicale vraiment exceptionnelle.

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Guilhem Flouzat - Portraits "Where We Should Go"

HDJ : Est-ce que, comme Becca Stevens, vous aimeriez aller dans des directions musicales multiples, différentes, par exemple du folk à des formes plus classiques ?

GF : Oui, mais le jazz intègre et assimile déjà très bien tous les genres musicaux. On s'en rend compte avec Ibrahim Maalouf pour la musique orientale, avec Robert Glasper pour le hip-hop. La dimension improvisée et le rôle donné aux personnes qui accompagnent, ainsi qu' à l'écoute, c'est ce qui donne au jazz toute sa richesse. Et c'est cette musique qui me permet personnellement d'exprimer le mieux mon univers.

HDJ : Il y a un des chapitres de l'autobiographie du batteur Aldo Romano, Ne joue pas fort, joue loin qui est intitulé: "Le jazz, c'est ce qui rend la musique plus intéressante que la musique". Vous souscrivez ?

GF : Oui, on peut dire ça, mais malgré tout le jazz n'est pas l'unique medium en matière de musique. Le meilleur du folk ou du hip-hop ont tout autant de force et de valeur.

HDJ : Le lancement officiel de Portraits a été repoussé au printemps 2016. Vous le jouez sur scène depuis plusieurs mois maintenant...

GF : Oui et nous allons à nouveau jouer ses titres avec le quartet. C'est une expérience passionnante de porter sa musique devant le public.

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