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Un festival. (Illustration)
Crédit : Pixabay
Des milliers de festivaliers sur le carreau. En raison de la canicule, puis des orages, plusieurs festivals de musique et concerts en plein air ont vu leur saison se terminer brutalement. La 29ᵉ édition de Solidays, organisée sur l'hippodrome de Paris-Longchamp, a été annulée par le préfet de Paris quelques heures à peine avant son lancement, vendredi 26 juin.
Une décision prise pour éviter de saturer davantage les hôpitaux durant les fortes chaleurs. Le lundi suivant, Luc Barruet, directeur des Solidays et fondateur de l'association Solidarité Sida, a évoqué une perte de "trois millions d'euros de résultats" sur RTL. Ce qui n'est pas sans conséquence : les recettes de l'événement représentant 70% du budget de Solidarité Sida.
D'autres festivals ont également été victimes des aléas climatiques. C'est le cas de Garorock à Marmande, dans le Lot-et-Garonne. La première journée du jeudi 25 juin a été annulée en raison d'une vigilance rouge canicule. Hormis la journée du vendredi qui a pu être maintenue, les dernières dates ont été annulées à cause des orages.
Le festival Europavox dans le Puy-de-Dôme et le Chambord Live dans le Loir-et-Cher ont connu des scénarios similaires. Le premier a été touché par les orages et le second victime de la canicule. En cas de retour des fortes chaleurs durant le mois de juillet, d'autres rendez-vous de l'été vont-ils être contraints d'annuler ou de s'adapter ?
Les organisateurs des festivals à venir au mois restent vigilants. "Actuellement, on est plutôt rassuré par les prévisions météorologiques, explique Laura Jolys, coordinatrice générale de La Nuit de l'Erdre, près de Nantes, qui se tiendra du 2 au 5 juillet 2026, à RTL.fr. On reste toutefois extrêmement prudents."
Même son de cloche du côté de Belfort. Jean-Paul Roland, directeur général du festival Les Eurockéennes (également prévu du 2 au 5 juillet 2026), a assuré suivre de très près la météo, via le prévisionniste attitré du festival, indique-t-il à RTL.fr.
En Bretagne, Jérôme Tréhorel, directeur général des Vieilles Charrues, affirme à RTL.fr rester également "vigilant" sur l'évolution des conditions météorologiques avec une pointe d'"inquiétude".
Pour pallier ces épisodes caniculaires, chaque organisateur prend des précautions. "On n'a pas attendu les festivaliers pour s'organiser autour des conditions météorologiques, martèle Laura Jolys. Dès le début du montage, on a adapté les horaires de travail, que ce soit pour les professionnels comme pour les bénévoles." La coordinatrice générale du festival La Nuit de l'Erdre assure à RTL.fr que "des brumisateurs et des espaces fraîcheurs pour faire redescendre la température corporelle ont été installés pour les bénévoles" en amont des festivités.
Les Eurockéennes ont dû adapter les conditions de travail sur le site de la presqu'île du Malsaucy. "On construit l'équivalent d'une ville pendant un mois. Avec la canicule, on a aménagé les temps de travail. Il y a une équipe de nuit de 22 heures à 4 heures du matin et les autres travaillent tôt le matin de six heures à midi pour éviter de s'exposer aux fortes chaleurs de l'après-midi", indique Jean-Paul Roland, directeur général des Eurockéennes à RTL.fr.
Les Vieilles Charrues ont également adapté les horaires des bénévoles durant le mois du montage. "On a mis en place des mesures adaptées pour les équipes pendant ces fortes chaleurs avec notamment la distribution d'eau, l'installation de brumisateurs sur le site, ou encore des climatiseurs dans les bureaux", affirme le directeur général. Les horaires de travail ont été ajustés, privilégiant les matinées (de six heures à 13 heures). Et, d'ajouter : "On a aussi adapté les menus dans le restaurant des équipes avec beaucoup de fruits, de salades, etc".
L'organisation prend "très au sérieux" la sécurité des festivaliers. Sur quatre jours, La Nuit de l'Erdre s'apprête à accueillir plus de 100.000 personnes et assure suivre les directives de la préfecture. "On a déjà des dispositifs qui sont extrêmement conséquents, rassure Laura Jolys. On va arroser le public, de nombreux brumisateurs ont été installés aussi bien du côté du public que des bénévoles, et on a mis une vingtaine de fontaines à eau qui sont accessibles aux festivaliers."
Celle-ci indique également que les gourdes vides seront acceptées dans l'enceinte du festival et pourront être remplies à l'intérieur. "Sur le festival, on a la distribution de boissons soft et les stocks nécessaires pour subvenir à l'ensemble de nos besoins".
De son côté, Jean-Paul Roland, directeur général du festival Les Eurockéennes qui s'apprête à accueillir en moyenne 120.000 personnes sur quatre jours, assure à RTL.fr qu'"il y a plus de tout" pour assurer la sécurité des festivaliers : "Plus de brumisateurs", "plus de fontaines à eau (56 points d'eau sur l'ensemble de l'événement)", "plus de messages de prévention"... "Il y a quatre bars à eau avec de vrais serveurs sur le site, indique le directeur général. L'organisation, quant à elle, est davantage sensible à ces sujets et tente de rendre les festivaliers également plus réceptifs. On tente aussi de les alerter sur les conséquences d'une exposition trop forte au soleil."
L'organisation des Vieilles Charrues, qui va accueillir 70.000 festivaliers du 16 au 19 juillet 2026, est prête à adapter son dispositif anticanicule en fonction "des températures". "On a plusieurs niveaux de graduations, de solutions à apporter pour faire en sorte que le festival puisse se tenir, jusqu'à une certaine limite", tempère Jérôme Tréhorel. "En 2022, il y avait une chaleur importante. Lors de cette édition, les pompiers étaient venus arroser le public le dimanche après-midi. Par conséquent, plusieurs solutions sont prévues en cas de besoin."
Le directeur général du festival breton précise également à RTL.fr qu'une "dizaine de points d'eau" sont présents sur le site et qu'"un kilomètre de bars et de restaurants sont installés dans le festival". "En période de fortes chaleurs, on demande aux bénévoles qui sont dans les bars de proposer aux festivaliers un verre d'eau avant qu'ils prennent leur consommation."
Depuis les fortes chaleurs de l'année dernière, l'organisation autorise d'ailleurs les visiteurs à venir avec des gourdes de moins de 75 cl. "En revanche, elles doivent être vides. On ne veut pas avoir de problème avec des festivaliers qui auraient mis de l'alcool fort à l'intérieur, qui est d'ailleurs interdit dans l'enceinte de l'événement."
Plus de secouristes et de bénévoles ? La coordinatrice générale de La Nuit de l'Erdre souligne également "qu'une centaine de secouristes sont présents sur place", en plus "d'une cinquantaine de bénévoles à la prévention maraude". "200 agents de sécurité en fixe et en vélo veilleront aussi au bien-être de nos festivaliers", affirme-t-elle.
On a des médecins ou encore des infirmiers présents 24h/24 au camping
Jean-Paul Roland, directeur général du festival Les Eurockéennes
À Belfort, on a vu les choses en grand. Pour éviter de saturer les services d'urgence aux alentours, "le festival possède un hôpital décentralisé dans l'enceinte de l'événement", précise Jean-Paul Roland. "On a des médecins ou encore des infirmiers présents 24h/24 au camping. En cas de problème, on peut soigner sur place plutôt que de devoir évacuer", indique-t-il.
En cas d'annulation, Jean-Paul Roland estime une perte de "deux à trois millions d'euros" pour "une journée" de festival. "Une telle décision pourrait mettre en péril l'édition suivante", alerte-t-il.
Comme le font les Eurockéennes, les Vieilles Charrues disposent aussi d'un "hôpital décentralisé" et d'une équipe médicale renforcée. "On a une soixantaine de personnels médicaux constituant sept hôpitaux de campagne, mais également 250 secouristes répartis sur une demi-douzaine de postes de secours, des équipes en maraude, et 800 agents de sûreté", énumère-t-il. Et, d'ajouter : "On a aussi des solutions de réhydratation en nombre important pour prendre en charge les personnes victimes d'un coup de chaud."
Si le festival devait tout de même être annulé sur décision de la préfecture, les pertes seraient conséquentes. "En 2026, le budget est de 20 à 21 millions d'euros, sachant que c'est un festival 100% associatif qui n'a pas de subvention", souligne Jérôme Tréhorel à RTL.fr.
Avoir plus de brumisateurs ou plus de fontaines à eau ne suffit pas forcément à assurer l'ouverture des événements. Solidays et Garorock avaient également mis en place un dispositif renforcé quasiment comparable à ceux élaborés par les deux festivals prévus durant le premier week-end de ce mois de juillet.
Sur ses réseaux sociaux, Solidays promettait des points d'eau supplémentaires, des brumisateurs additionnels ou encore des arrosages réguliers du public. Cependant, le festival organisé en région parisienne n'a pas réussi à convaincre les autorités. "Elle [cette annulation] s'impose comme nécessaire face à la canicule et la très forte pression qui pèse sur les soignants et le système hospitalier", a écrit l'organisation des Solidays sur Instagram le 26 juin.
Idem pour Garorock. Ce festival situé dans le Sud-Ouest de la France a aussi été annulé alors que l'organisation avait mis en place un large dispositif anticanicule. Certains concerts avaient été déplacés dans des endroits "offrant de l'ombrage", la consommation d'alcool interdite jusqu'à 22 heures, ou encore la présence de mineurs déconseillée.
Le gouvernement doit-il réagir ? "Il y a une précaution accrue des autorités, mais il y a des choses qu'on comprend moins bien, dénonce Jean-Paul Roland sur RTL.fr. Selon les autorités, cela pourrait encombrer les services d'urgence qui sont déjà saturés. Le problème étant en réalité qu'il n'y a pas assez d'hôpitaux, et si, dans un monde meilleur, il y en avait assez, peut-être qu'on aurait moins la pression."
"Est-il préférable de laisser les jeunes enfermés sous 45 degrés dans leur chambre ?, questionne-t-il. Ou alors de les laisser venir dans des endroits où il y a des brumisateurs, des fontaines à eau, et des coins ombragés ?" Des discussions qu'il est urgent d'avoir avec les autorités et les assurances, affirme-t-il.
Jean-Paul Roland, qui fait également partie du premier syndicat des producteurs du spectacle vivant (Ekhoscènes), assure que de nombreuses questions doivent être posées prochainement. "Comment faire face, nous, festivals en plein air, au dérèglement climatique ? On va baisser le pavillon ? Il faut qu'on s'adapte. Parce que ces problématiques qui concernent les festivals risquent de s'élargir à chacun. Faudra-t-il bientôt interdire les mariages en été, par exemple ?", questionne-t-il.
Pour Jérôme Tréhorel, l'avenir des festivals d'été n'est pas menacé. "On a toujours réussi à s'adapter, martèle-t-il. Ce n'est pas la mort des festivals en été. Je pense qu'il faut accélérer la transition écologique dans nos événements et accentuer la mise en électrification des réseaux pour atteindre la sobriété énergétique. Il faut surtout faire des travaux d'aménagement sur le site pour permettre de faire baisser le bilan carbone, ne serait-ce que sur la phase de montage."
Et, de conclure : "À partir du moment où les équipes et les festivaliers sont en sécurité, il n'y a aucune raison d'arrêter. Sinon, il y a beaucoup de choses qu'on ne pourra plus faire".
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