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Quand André Malraux a été condamné pour le vol d'un temple cambodgien

C'est une histoire rocambolesque, dont peu de personnes sont au courant : l'ancien ministre de la Culture, André Malraux, a été condamné pour avoir volé un temple cambodgien dans les années 20.

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Quand André Malraux a été condamné pour le vol d'un temple cambodgien Crédit Image : UPI / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par Marie Gingault

Quelque part entre Arsène Lupin et Indiana Jones. Cette histoire nous emmène au Cambodge, plus précisément à Siem Reap, au nord-ouest de Phnom Penh. C’est la ville la plus proche du parc archéologique d’Angkor, la capitale des rois khmers pendant plusieurs siècles. À l'entrée du temple de Banteay Srei, il y a un petit panneau : "Découvert en 1914. C’est seulement après le vol des bas-reliefs en 1923 que le dégagement du site commença". Ce que le panneau ne dit pas, c’est que le voleur, c’était André Malraux. On peut lire ça dans le Figaro Histoire

L’aventure commence par une histoire d’amour dans le Paris des années 20. Malraux a quitté l'épicerie familiale de Bondy pour Paris. Il est éditeur, un peu dandy, chouchou de l'avant-garde intellectuelle. Un jour il rencontre Clara, une Allemande naturalisée française. Elle est aussi rationnelle et rigoureuse qu’il est rêveur et fantasque, c'est le coup de foudre. Ils se marient, ils voyagent, mènent une vie de bohème. Mais André Malraux a placé les économies de Clara dans des actions mexicaines qui ne valent plus rien, les voilà donc ruinés.

Que faire ? "Vous ne pensez tout de même pas que je vais travailler !", dit Malraux. C'est alors qu’il tombe sur un bulletin de l’École Française d’Extrême Orient, qui décrit un temple oublié et perdu dans la jungle. Le monument n’est pas encore classé, et le couple a besoin d’argent et envie d’aventure. C’est décidé, tous deux montent une expédition. 

Un plan bien ficelé

Grâce à ses relations, Malraux obtient un ordre de mission pour des études archéologiques au Cambodge. Ils embarquent alors à Marseille, le 13 octobre 1923, avec dans leurs bagages, une douzaine de scies égoïnes. Le couple retrouve un vieil ami de Malraux, Louis Chevasson, à Saïgon. Pour ne pas se faire prendre, les apprentis pilleurs imaginent une ruse : après l’opération, Clara et André reviendront seuls et les mains vides à Phnom Penh, et c’est Chevasson qui repartira avec le butin. S’il est découvert, André Malraux saura bien le faire libérer.

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Ils embarquent donc sur le Mékong. À Siem Reap, on leur fait la leçon : interdiction formelle de toucher aux vieilles pierres, classées ou pas. "Oui oui".  Dix jours plus tard, la chasse au trésor est lancée. Ils avancent lentement, au rythme des chars à bœufs qui doivent ramener le butin. Les guides jouent du coupe-coupe dans les lianes parcourues par d’énormes araignées :  la phobie de Malraux. Et puis soudain, le temple apparaît : "C’était une sorte de petit Trianon de la forêt, racontera Clara, petit mais d’une forme parfaite, d’une beauté suffocante".

Les deux hommes se mettent au boulot, ils scient, ils découpent les bas-reliefs, ils les chargent sur les chars. Pendant ce temps-là, Clara fait le guet. "Ma première impression, dit-elle, c’est que nous l’avions mérité, que ce n’était pas un vol. À l'époque, il n’y avait pas un fonctionnaire français qui ne possédât une statue khmère", se souvient-elle.  

Réduction de peine pour Malraux

Le plan se déroule comme prévu : le couple rentre de son côté et Chevasson deux jours plus tard, avec quatre énormes malles. Des malles saisies par la police dès son arrivée à Phnom Penh. Les pilleurs se retrouvent donc tous les trois en résidence surveillée, où ils resteront durant 7 mois. 

Clara bénéficie d’un non-lieu pour raison de santé, mais les deux hommes sont jugés. Verdict : 3 ans ferme pour Malraux et 18 mois pour Chevasson. À Paris, Clara fait circuler une pétition, signée par Aragon, Gallimard, Gide ou encore Mauriac. La peine est réduite à un an avec sursis. 

Enfin, Malraux, culotté jusqu'au bout, va se pourvoir en cassation pour tenter de récupérer les bas-reliefs, sans succès. À son retour, il signe pour trois livres chez Grasset. Il va devenir écrivain, puis ministre, et personne ne lui posera jamais de question sur cette expédition loufoque. Toutefois, quand Charles De Gaulle se rendra au Cambodge en 1966, celui qu’il appelait “mon ami génial” jugera plus sage de ne pas l’accompagner. 

Malraux, pilleur d’Angkor, un récit passionnant à lire dans le Figaro Histoire. 

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