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Philippe Bouvard, animateur historique des "Grosses Têtes", est mort

Grand nom et figure incontournable de RTL, le journaliste et animateur est décédé à l'âge de 96 ans. Il rêvait d’être un pianiste virtuose ou un cuisinier étoilé, mais il voulait surtout être écrivain. Finalement, il aura été un touche-à-tout tout au long de sa carrière.

Philippe Bouvard le 22 mars 2017

Crédit : Camille Kaelblen / RTLnet

Laurent Marsick

Son talent pour l'animation et sa plume de génie auront marqué l'histoire de la télévision et de la presse française : Philippe Bouvard, figure historique de RTL, est mort à l'âge de 96 ans à son domicile de Cannes, ce lundi 24 août, a annoncé son épouse à RTL. Auteur de théâtre, dialoguiste de cinéma, journaliste chevronné, amuseur indompté, il fut le premier animateur des Grosses Têtes en 1977 sur RTL, et aux commandes de l'émission de télévision Le Théâtre de Bouvard sur Antenne 2, révélant une génération d'humoristes. 

Mais si Philippe Bouvard, né en 1929 à Coulommiers, devait avant tout sa notoriété à la radio et à la télévision, c'est pourtant la presse écrite, qu'il aimait par-dessus tout. Une passion conçue tout petit grâce à un oncle imprimeur, qui lui donnera le goût du papier. 

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À la tête de son premier journal au lycée, il intègre le Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris en 1948, puis entre au Figaro comme coursier au service photo, avant d'en gravir tous les échelons, embauché grâce à Sacha Guitry, racontait-il, et une première impertinence. Il passera par quelques grandes rédactions, dont celles de L'Express en 1977, de Paris Match, du Point et de France-Soir, dont il deviendra successivement, de 1973 à 1998, le rédacteur en chef, le directeur, et enfin, éditorialiste. 

L'écriture, son oxygène

Et pourtant, pour le jeune Philippe Bouvard, les choses avaient plutôt mal commencé : par trois fois candidat malheureux au bac, il sera viré au bout de 6 mois de l'école de journalisme. D'ailleurs, il gardera précieusement sur son bureau le billet signé du directeur de l'école : "n'est pas doué pour le journalisme, mais réussira dans les professions commerciales".

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L'écriture est pourtant son oxygène. L'auteur écrit partout, dans son bain, dans sa voiture-bureau connectée, et conjure l'angoisse de la page blanche en utilisant du papier rose. Il signera plus d'une cinquantaine d'ouvrages, des pièces de théâtre, des milliers de billets et de chroniques. Philippe Bouvard est un mordu de travail en état perpétuel d'ébriété intellectuelle.

Les "Grosses Têtes", une aventure transgénérationnelle

En 1977, lorsque Jean Farran, à l'époque patron de RTL, l'appelle pour animer une émission de divertissement quotidien baptisée Les Grosses Têtes, une demi-heure sur le temps du déjeuner, Philippe Bouvard œuvre déjà sur RTL depuis plus de 10 ans. Et au début, il ne croit pas au concept d'un talk-show culturel. 

Les premières "Grosses Têtes" n'ont d'ailleurs rien de drôles. La première est enregistrée dans un petit studio : une table, quatre micros, pas de public - faute de place - et des questions austères. Autour de cette table, les pères fondateurs des Grosses Têtes : Jean Dutourd, Jacques Balutin, Roger Pierre et Jean Lefebvre. Malgré tout, l'aventure se poursuit et les audiences commencent à monter. En septembre de cette même année, les Grosses Têtes s'installent dans le grand studio et en public.

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Au fil du temps, la bande s'étoffe : Thierry Le Luron, Alice Sapritch, Léon Zitrone, Kersauson, Jean Yanne, Jacques Martin rejoignent les Grosses Têtes, tout comme Philippe Castelli, dont Bouvard avait remarqué l'irrésistible mollesse dans une pub pour un slip. L'audience décolle vraiment lorsque Philippe Bouvard et sa bande de potaches découvrent les trois premières lettres du mot culture.

Chaque après-midi, plus de 2 millions et demi d'auditeurs l'écoutent avec ferveur, jusqu'à ce coup de tonnerre de juin 2000. Après 23 ans de bons et joyeux services, l'animateur est évincé par la nouvelle direction, qui veut rajeunir son auditoire. La France de Madame Belle Paire de loches est orpheline. Bouvard reviendra 9 mois plus tard et récupérera les auditeurs perdus. 

Jamais je n'aurais imaginé que les 'Grosses têtes' survivent aux modes, aux générations.

Philippe Bouvard

"Jamais je n'aurais imaginé que les Grosses têtes survivent aux modes, aux générations. Notre principale qualité, disait-il, c'est précisément de ne pas avoir la grosse tête". En 2014, après 37 années de Grosses têtes, Philippe Bouvard s'installe le week-end, et c'est l'un de ses plus grands fans, Laurent Ruquier, qui prendra la suite de cette émission unique dans l'histoire de la radio, de par son succès et sa longévité.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a confié Laurent Ruquier sur RTL. L'animateur se dit aujourd'hui "très fier d'avoir continué à faire vivre ce bébé que Philippe Bouvard a tenu dans ses bras pendant 37 ans. 

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Avec Les Grosses Têtes, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a déclaré Jean-Pierre Foucault sur RTL, en saluant "notre maître à tous". Olivier de Kersauson, Gérard Jugnot, Michèle Bernier ou encore Bernard Mabille, les sociétaires ont rendu un vibrant hommage au roi de la répartie ce lundi 24 août dans le cadre d'une émission exceptionnelle.

Une passion vécue "jusqu'au bout"

L'animateur, journaliste, écrivain et dialoguiste était un homme de paradoxes. Ses voitures de luxe, il les laissait au garage. Propriétaire dans le Midi d'une villa avec piscine, il n'a jamais voulu apprendre à nager. Passionné de tapis vert, il s'était fait interdire de casino, mais cela c'était pour une bonne raison. 

Avec son visage rond et son œil qui frisait à la promesse d'un bon mot, Bouvard disait incarner les qualités et les défauts du Français moyen, surtout les défauts d'ailleurs. L'animateur déclarait en janvier 2019 dans Paris-Match se regarder vieillir "avec curiosité", convaincu que "la vie vaut d’être vécue jusqu’au bout". 

Fin 2024, sur RTL, il avait évoqué sa relation avec ses auditeurs. "J'aimerais leur dire que j'ai eu avec eux des liens privilégiés, (...) des liens que crée la voix et que ne crée pas toujours la lecture. Parce que le fait de parler aux gens, ça signifie qu'on leur donne une partie de soi-même, qu'on se rapproche d'eux".

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