3 min de lecture Cinéma

Pourquoi Louis de Funès est antidépresseur idéal pour supporter le confinement

Les chaînes de télévision ont bien compris comment alléger l'atmosphère avec le roi du rire français. "Le gendarme se marie" est diffusé lundi 6 avril sur M6.

Louis de Funès dans "Le gendarme et les extra-terrestres"
Louis de Funès dans "Le gendarme et les extra-terrestres" Crédit : Sipa
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
et AFP

Monument populaire et cathodique, Louis de Funès ne cesse de faire l'unanimité autour de lui, 37 ans après sa mort. Grâce à des rediffusions à la pelle, le génie comique français s'impose plus que jamais comme une valeur-refuge, en temps de confinement.

"Quand tout va mal, il reste Louis", estime l'internaute caché derrière le compte JustdeFunes, qui commente l'actualité avec des extraits de films et mimiques de l'acteur. Beaucoup disent "qu'en regardant un de ses films, tu oublies tes soucis, au moins pendant 90 minutes. Ça peut paraître idiot mais très peu d'acteurs ont ce pouvoir", poursuit l'internaute.

De Funès est une valeur-refuge par "la certitude que l'on a de toucher tous les publics avec ses films : les bourgeois, les prolétaires, les immigrés, les gens de droite, de gauche, les très très à droite, les très très à gauche et toutes les générations", renchérit le journaliste Bertrand Dicale, fan et auteur d'un dictionnaire consacré à l'acteur.

Après avoir réuni 5 millions de spectateurs en plein après-midi devant La grande vadrouille - longtemps film roi du box-office en France avec 17 millions d'entrées, France 2 a récidivé en programmant dimanche Les aventures de Rabbi Jacob, qui ont fait rire près de 4 millions de confinés, avant La folie des grandeurs et Hibernatus attendus dans les jours prochains. 

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Pas en reste, M6 déroule le tapis rouge le lundi soir, en première et deuxième partie de soirée, au gendarme Ludovic Cruchot. Ce lundi 6 avril, Le gendarme se marie et Le gendarme à New York occuperont les meilleures places de la programmation de la chaîne. 

Enfin, Canal+ promet à ses abonnés "un marathon du rire" en avril via une chaîne digitale éphémère baptisée Ciné+ De Funès. L'occasion de revoir des films comme Oscar ou Le grand restaurant et d'écouter des fans comme Alain Chabat partager leur passion.

Un Louis de Funès pour chacun

"Dans l'esprit de programmateurs, revoir des Louis de Funès c'est un peu des Madeleines de Proust", souligne Jean-Christophe Mikhaïloff de la Cinémathèque. "C'est clairement un antidépresseur !". La Cinémathèque avait prévu une grande exposition consacrée à l'acteur début avril. "Sa filmographie correspond à un âge d'or de l'histoire de France, les 30 Glorieuses (1945-1975). C'est un peu le synonyme d'une France bienheureuse, du plein emploi, où on avait foi dans le progrès (ses films sont d'ailleurs remplis de gadgets, comme la Citroën DS volante de Fantômas), développe le cinéphile.

Ce succès inoxydable doit évidemment au jeu tout en grimaces et mimiques de celui qui fut, pendant les années 60-70, l'acteur numéro un du box-office, malgré le dédain d'une grande partie de la critique. S'il a aujourd'hui les honneurs de la Cinémathèque et depuis l'été dernier, un musée à son nom à Saint-Raphaël, dans le Var, il n'aura eu qu'un seul César (honorifique), en 1980, trois ans avant de décéder.

"C'est un mime, c'est un peu notre Charlie Chaplin", estime Jean-Christophe Mikhaïloff. "Vous coupez le son et il se passe quelque chose" à l'écran. Ce qui fascine plutôt Bertrand Dicale, c'est le corps de l'acteur, "lancé en permanence à pleine vitesse" et qui danse souvent devant la caméra. "C'est un enfant dans un corps de papy, et ça les enfants le repèrent tout de suite. C'est l'un des leurs", abonde l'internaute caché derrière le compte JustdeFunes.

Et de Ludovic Cruchot à Victor Pivert, de Funès incarne également un même personnage, simultanément irascible, couard, égoïste, obséquieux et même raciste, comme dans Rabbi Jacob. "C'est un archétype, c'est Polichinelle, soit un personnage mal intentionné, dont les projets malfaisants sont toujours contredits. Il nous donne à voir un homme qui échoue et ça nous émeut", analyse Bertrand Dicale. 

Un personnage universel, à rebours des théories sur son caractère franchouillard. "Tout le monde a un Louis de Funès autour de soi ou se reconnait en lui", souligne Jean-Christophe Mikhaïloff. Et de rappeler son immense succès en dehors des frontières hexagonales, de l'Allemagne à l'ex-URSS en passant par l'Afrique francophone.

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