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"Le Petit Journal" : l'émission qui a dépoussiéré la politique

Jeudi 23 juin, "Le Petit Journal" signe sa dernière émission. Retour sur l'émission culte de Canal+ qui a rendu la politique attrayante, notamment aux yeux des jeunes.

Yann Barthès a présenté Le Petit Journal depuis 2004
Yann Barthès a présenté Le Petit Journal depuis 2004 Crédit : LIONEL BONAVENTURE / POOL / AFP
Micro RTL (illustration)
Caroline Brenière

Le 9 mai dernier, on apprenait que Yann Barthès claquait la porte du Petit Journal. Ce jeudi 23 juin, c'est la dernière. Si les fans se sont inquiétés dans un premier temps, il ont été rassurés : l'animateur s'en va sur TF1 et TMC, pour présenter de nouvelles émissions qui manieront humour et impertinence. Certains, comme Libération, y voient déjà un "Petit Journal réchauffé". Et qu'arrivera-t-il à l'émission satirique culte de Canal+ ? Cyrille Eldin, l'agitateur des politiques, devrait en reprendre les rennes. 

Et la politique, Le Petit Journal en a fait son cœur de contenu. La petite chronique de Yann Barthès, présentée de 2004 à 2007 dans le Grand Journal en voix-off a depuis bien grandi. Et les agissements des politiques en sont pour quelque chose. Aujourd'hui, ils sont une dizaine, chroniqueurs, humoristes et envoyés spéciaux, à décortiquer l'actualité et la politique. Ce qui fait leur succès ? Leur franchise, impertinence et côté décalé, qui plaît tant aux jeunes générations, leur cible d'audience principale. 

Faire dans l'absurdité pour asseoir sa popularité

La première fois que Le Petit Journal s'est fait remarquer et a convaincu les jeunes remonte à 2008, lors de l'élection présidentielle américaine. L'équipe du Petit Journal avait brandi une imposante pancarte "cassoulet" sur Times Square, à New York, qui a été diffusée pendant la soirée électorale de ABC, devant 13 millions de téléspectateurs. "Sur les blogs, ça les a rendus fous : pourquoi/qui/qu'est ce que ce cassoulet ?", explique Yann Barthès à l'époque. 

Le site du magazine Time en a parlé, le Dallas Morning News avouait que c'était "la pancarte la plus étrange qu'on n'ai jamais vue". Et "cassoulet" a été le 62e mot le plus recherché de Google, au lendemain de la soirée électorale, le 5 novembre. Une anecdote des débuts qui résume parfaitement le phénomène Petit Journal : de l'humour, une touche d'absurdité et surtout, un engouement multimédia important. Mais Le Petit Journal, ce n'est pas que ça. Les équipes de Yann Barthès sont aussi connues pour leurs fact-checkings des discours de politiques, dont un a même fait la une du plus grand quotidien de France. Casseroles et mensonges des politiques font partie des matières premières du Petit Journal.

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Cassoulet et Obama

Le "fact-checking", au cœur de l'identité du Petit Journal

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Si le fact-checking des discours politiques a permis de confirmer cet air de "déjà-vu" dans le discours sur l'agriculture de Nicolas Sarkozy, prononcé le 27 octobre 2009, et a fait la une du Monde, cela a surtout permis au Petit Journal de marquer son identité en matière de couverture de l'actualité politique. Le Petit Journal cherche la petite bête pour rendre la politique drôle, et surtout attrayante et accessible à un public plus jeune. Fini le côté ennuyeux des longs discours des politiques. 

L'émission reprendra souvent ce format de petit reportage, pour décrypter, analyser et moquer les politiques pendant leurs discours. Un moyen efficace de prouver qu'ils ne sont pas intouchables. De manière générale, l'émission satirique s'efforce de dénoncer les fameuses "stratégies de com"' qui se cachent derrière les actions des politiques. Pas plus tard que le mois dernier, l'équipe de Yann Barthès démontrait l'utilisation d'images provenant d'une banque d'images étrangère dans la vidéo du mouvement "En Marche !" d'Emmanuel Macron. Aucun Français ne figure sur ces images. Un véritable problème dans un clip mettant à l'honneur la diversité et les paysages français. 

Mettre en dérision le président de la République

Ce qui fait le succès du Petit Journal, c'est aussi, et avant tout, de rire des politiques, sans forcément toucher au fond de leur propos. On se souvient de la fois où le Petit Journal s'en est pris à la sénatrice Laurence Rossignol, pendant un débat sur le mariage pour tous. Prise sur le fait en train de jouer à Ruzzle, les équipes se créent un compte, ajoutent la sénatrice, qui accepte, et jouent une partie avec cette dernière. Un pari osé, mais réussi, qui parle tout de suite à la génération connectée. On se souvient également de la fois où Manuels Valls semblait légèrement ivre au salon de l'agriculture, où lorsque Nicolas Sarkozy s'est lancé, à plusieurs reprises, dans des tirades incompréhensibles.

Et au sommet de la politique française, le président de la République. Une rubrique entière lui est même consacré : L'instant Président, dérivée en L'instant je veux (re)devenir Président, pour les candidats à la primaire de la droite les plus médiatisés. Allant chercher la petite anecdote préférée du Président qu'il répétera plus de 10 fois, la blague qui ne fait pas rire, le moment gênant, le Petit Journal réussit à donner un ton léger à la politique. 

Mêler people et politique

Le Petit Journal abandonne parfois totalement l'analyse pour se concentrer sur l'entertainment. Lorsqu'il présentait seul sa chronique, Yann Barthès s'amusait déjà à comparer politiques et personnalités. Et forcément, ce n'était jamais flatteur. Plus tard, Catherine et Liliane font perdurer la tradition dans leur célèbre Revue de presse, où, en épluchant les Closers, Gala et Paris Match, arrivent toujours à confondre le double, loin d'être attirant, d'un ministre ou député, ou à trouver des jeux de mots virulents, comme le "Je suis venu, j'ai vu, j'ai rien foutu", repris de la déclaration de Zlatan Ibrahimovic et transposé au mandat de François Hollande. 

Jacques et Bernadette Chirac, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Ou plutôt Chichi et Bernadette et Sarko et Carla, pour rester dans le ton de l'émission, sont de parfaits exemples de ce désir de lier politique et people. Lorsque Jacques Chirac est surpris en train de "draguer" Sophie Dessus pendant un discours de sa femme, l'équipe de Yann Barthès traite "l'affaire" à la sauce série dramatique américaine. Évidemment, l'ex-président et sa femme mannequin y ont eu le droit aussi. Et si certains politiques n'apprécient pas, Nicolas Sarkozy, entre autres, en a ri, notamment lorsque Yann Barthès a ressorti la blague qu'il a faite à plusieurs reprises concernant sa femme : "et dire que Carla pense que je travaille". 

À démonter le fond et rire de la forme, Le Petit Journal a réussi à "décoincer la politique", à la rendre plus facile d'accès. Un format inédit qui a notamment plu aux jeunes français en leur offrant une ouverture sur la politique, sur le mode de la dérision. Parmi les 2 millions de personnes qui suivent l'émission, la plupart sont étudiantes ou lycéennes. Et au-delà du contenu, c'est le ton qui plaît. Un ton dynamique qui accompagne le pensée des jeunes et se pose en adéquation avec leur vision de la politique.

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